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Jordanie, première moitié du XIIe siècle. Afin de concrétiser les termes d'un accord diplomatique conclu entre Croisés et Musulmans, Renaud, jeune chevalier mandaté par Jérusalem, doit obtenir l'évacuation de Valfort, une colonie dans laquelle il avait grandi quelques années auparavant. Elle est aujourd'hui administrée par son propre frère aîné, Gilbert, lequel ne tire aucun plaisir de la visite de son cadet.
Pour le châtelain comme pour tous les habitants de la seigneurie, l'obligation de quitter leur «Terre Promise» est vécue comme une injustice car tous sont des descendants d'occidentaux, c'est-à-dire des natifs d'Orient acculturés par quelques générations passées «Outremer».
L'arrivée, sur ces entrefaites, de Guaimar, un aventurier fraîchement débarqué d'Europe à la tête d'un groupe de soudards, tous totalement étrangers aux subtilités de la réalité locale, va alors radicalement bouleverser la mission de Renaud et mettre en péril la paix dans la région.
Les courts extraits de livres : 04/04/2011
Accablée par la chaleur de juin, la petite colonne chemine sans un mot sur la piste caillouteuse. L'ébrouement des montures et le claquement de leurs sabots se répercutent de loin en loin sur un moutonnement de collines pelées, avant de se perdre dans quelques vallons desséchés. Comme le reste de la Terre d'Outre-Jourdain, et en dépit de son passé biblique, le pays de Moab n'est pas exactement la Terre Promise où coulerait le lait et le miel : c'est déjà, passé le temps de la floraison, un avant-goût du Purgatoire.
Les deux cavaliers, suivis d'une paire de dromadaires chargés de bagages, poursuivent lentement leur progression sous la surveillance d'un cercle discontinu d'oiseaux de proie. La tête enturbannée d'une étoffe blanche, à la manière des Bédouins, le chevalier de tête lève les yeux en direction des fiers volatiles. Il sait que cette noblesse ne durera pas, qu'ils seront prompts à se muer en charognards dès que l'occasion se présentera. Il faut donc tenir. Il saisit sa gourde, pendue à la selle aux côtés de son casque, et la ponctionne d'une très petite gorgée d'eau, malheureusement déjà tiède, qu'il fait tourner longuement dans sa bouche avant de déglutir. Pour s'épargner une suée supplémentaire, il ne porte pas son haubert, solide cotte de maille sanglée en travers de la selle. Se passer d'une telle protection sur une route aussi peu sécurisée est un choix discutable, mais il sait que les Bédouins de la région ne sont pas des plus belliqueux. Pour ne pas tenter le Diable, il a toutefois pris la précaution, aussi souvent que nécessaire, de faire reconnaître tel ou tel passage potentiellement dangereux. Voilà justement un petit col entre deux grosses collines, et aucune visibilité sur le revers de l'épaulement. Sur un simple regard de son maître, l'écuyer éperonne encore une fois sa monture pour partir en éclaireur. L'adolescent ne se distingue guère du chevalier : ni par son âge - tous deux sont presque glabres - ni par sa sobre tenue dont les motifs dénotent une nette influence orientale.