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.. Moi

Couverture du livre Moi

Auteur : Sabina Berman

Traducteur : Claude Bleton

Date de saisie : 14/10/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre vert

Prix : 19.50 € / 127.91 F

ISBN : 9782021028393

GENCOD : 9782021028393

Sorti le : 07/03/2011

Karen - ou encore Mademoiselle capacités différentes - est l'héritière d'une importante entreprise familiale mexicaine : des bateaux de pêche de thon et une conserverie. Oui, Karen est autiste, mais elle comprend à sa manière le monde, surtout celui des thons, n'en déplaise à ses détracteurs écologistes ! Karen n'est pas une faible femme. Elle a aussi des amis et avec elle tout est possible. Une écriture tendre et poétique, ainsi qu'un humour singulier et dévastateur. A déconseiller aux partisans de Descartes !


C'est souvent un peu agaçant, comme un ami à l'affection trop démonstrative, un roman qui se veut une fable et «Moi» l'est parfois. Cette histoire d'une autiste à la fois déficiente et surdouée qui apprend à regarder le monde avec les yeux d'un thon - elle badigeonne de noir ses lunettes de plongée, ne laissant la transparence que sur les côtés- ne vous fera pas frémir d'une écaille, pensez-vous. Mais vous voilà roulé dans les vagues d'un récit haletant, aspergé par des gouttes de tendresse et d'humour et vite pris au jeu de ce regard décalé sur la folie du monde. Non à Descartes ! Oui à Darwin ! Réconcilions-nous avec la nature et la vie ! Et si les autistes patentés avaient raison contre les autistes «normaux» que nous sommes ?


  • Les présentations des éditeurs : 07/05/2011

Karen Nieto est une petite fille aux «capacités différentes», à la fois dure et étrange, drôle et géniale. Diagnostiquée autiste irrécupérable, elle a pourtant une mémoire et une appréhension de l'espace exceptionnelles. Karen est l'héritière d'une importante flotte de bateaux thoniers et de la plus grande conserverie de poissons du Mexique. Au contact des pêcheurs, elle découvre la plongée sous-marine avec délices et les massacres de thons avec horreur, et s'insurge contre l'idée cartésienne selon laquelle on pense avant d'exister. Elle sait bien, elle, qu'elle existe d'abord et que parfois, avec peine, elle pense. Aux côtés des marins et de sa tante Isabelle, elle s'investit corps et âme dans l'industrie de la pêche, sauve l'entreprise familiale de la ruine causée par l'embargo américain et attire un investisseur qui lui ouvre les portes du marché international. Jusqu'au jour où une cellule écologiste terroriste la menace de mort.

Hymne à la tolérance, magnifique fable écologique, Moi fait partie de ces romans qui laissent le lecteur émerveillé et sans voix après la dernière page.

Après des études de psychologie à l'Université Nationale Autonome du Mexique, Sabina Berman entre dans la compagnie d'Héctor Azar et publie sa première pièce de théâtre en 1976.Elle est aussi l'auteure d'un recueil de poème, d'un roman et d'une autre pièce, Entre Villa y una mujer desnuda, qu'elle a adaptée au cinéma en 1996.



  • La revue de presse Jean Soublin - Le Monde du 25 mai 2011

A Mazatlan, sur la côte occidentale du Mexique, une dame a hérité d'une pêcherie de thon, avec ses bateaux, ses usines et son marché principal : les Etats-Unis, qui viennent justement d'interdire l'importation de thon mexicain sous la pression des écologistes - une catastrophe. Mais alors que la propriétaire s'apprête à tout liquider, elle en est empêchée par sa nièce Karen. La pauvre fille est autiste, avec néanmoins une excellente capacité pour s'exprimer, choisir et s'imposer...
Menacée, Karen poursuivra sa route, tout au long de ce roman mexicain original, un peu déjanté et finalement très sympathique.


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 5 mai 2011

L'autiste, c'est un auteur : il va droit aux faits qu'il peut traiter et ne projette jamais «sa subjectivité sur les choses.» Il promène sur la route son miroir nu. Les éclats tranchent...
Née à Mexico en 1956, Sabina Berman est connue pour ses pièces de théâtre, ses poèmes, un roman qui n'a pas été traduit, la Bube (la grand-mère en yiddish local). Comme Jonathan Safran Foer dans Faut-il manger les animaux ?, elle établit un lien entre les abattoirs et l'Holocauste. Mais elle le fait sur le mode ambigu qui correspond au roman : son point de vue n'est pas celui d'un écrivain qui remplit une mission sous forme d'enquête édifiante, mais celui d'une autiste surdouée qui remplit une mission sous forme obsessionnelle. Le lecteur n'est pas sommé de suivre Karen dans tout ce qu'elle fait sous peine d'être une brute ; il est simplement conduit à l'aimer sous peine de l'oublier.


  • Les courts extraits de livres : 06/04/2011

... la mer...
... la plage de sable blanc...

La mer et ses étincelles de soleil jusqu'à l'horizon.
Ensuite, la plage blanche où la mer arrive par vagues, dissoutes en écume. Et dans le ciel un soleil d'une lumière si blanche qu'il déborde de son cercle.
J'ai soif.
J'arrête d'écrire pour aller prendre un verre d'eau.

Soudain, un jour, une fillette assise sur un tissu rouge dans le sable blanc, les genoux contre la poitrine, en socquettes et sandales, une fillette maigre et dégingandée qui se balance d'avant en arrière, murmurant :
Moi.
Inlassablement :
Moi.
Moi.
Une fillette maigre dans un large T-shirt blanc où le vent s'engouffre, les jambes repliées, les genoux contre la poitrine. Une fillette qui murmure contre le vent et la mer :
Moi.
Moi.
Alors, une vague se cabre et déferle, dans le fracas la fillette ne sait plus rien d'elle-même, disparaît à ses propres yeux, n'est plus là, où est passé ce Moi ? Cette structure fragile formée de mots s'est volatilisée et à sa place ne reste qu'un Non-Moi énorme : la mer.
Je vais chercher un autre verre d'eau.

La fille maigre et dégingandée, quelqu'un l'entraîne par la main contre le vent, son T-shirt blanc lui descend jusqu'aux cuisses, ce quelqu'un étend un tissu rouge sur le sable et y assied la fillette, et lui dit ce qu'elle doit dire. Répéter.
Moi.
Moi.
La scène se répète chaque après-midi de chaque jour. Cette image de personne assise sur le sable à se balancer et à dire Moi et cet être effacé par le rugissement de la vague qui déferle et se dissout dans l'écume éparpillée sur le sable.


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