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.. L'homme perdu dans le brouillard

Couverture du livre L'homme perdu dans le brouillard

Auteur : Matthieu Berthod | Charles-Ferdinand Ramuz

Date de saisie : 17/04/2011

Genre : Bandes dessinées

Editeur : les Impressions nouvelles, Bruxelles, Belgique

Collection : Traverses

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782874491115

GENCOD : 9782874491115

Sorti le : 08/04/2011

  • Les présentations des éditeurs : 17/04/2011

Bloqué depuis quelques jours dans le chalet familial, lors d'un hiver particulièrement rigoureux, Matthieu Berthod est à la recherche de nouvelles lectures dans la bibliothèque du feu grand-père ; il y a là une partie de l'intégrale des oeuvres de C. F. Ramuz dans une reliure en moleskine jaune pâle, qui attend depuis des lustres d'être retirée de son rayon.

Il choisit le volume «Nouvelles et Morceaux» et le voilà plongé avec émerveillement dans une lecture ininterrompue. De ce recueil d'histoires courtes, proches du conte, traitant de thèmes universels, au style inimitable et extrêmement visuel, naît petit à petit un projet de mise en image. Matthieu Berthod choisit d'adapter quatre nouvelles. Quatre nouvelles inscrites dans un microcosme montagnard et campagnard suisse romand, dans un monde rural vivant en quasi-autarcie, disparu un siècle plus tôt, mais qu'il connaît bien pour avoir entendu les vieux de sa région le raconter en long et en large.

Ici, un vieillard se souvient et raconte : jeune adulte, il se perd en montagne, et, sentant sa fin imminente, ne doit son salut qu'à l'amour qu'il porte à ses proches («L'homme perdu dans le brouillard»). Là, la parole est donnée à «La grande Alice», la «putain de village» (ainsi Ramuz la nomme-t-il dans une de ses lettres) se gardant bien de juger selon les normes de la morale courante. «Le tout-vieux» emprunte au fantastique et relate les dernières heures d'un paysan qui se croit possédé. Enfin, on passe le seuil du merveilleux dans la rêverie du paradis possible que dessine «La paix du ciel». Les émotions qui traversent ces récits, les points de vue qu'ils développent, les atmosphères qu'ils dégagent tendent au lecteur du début du XXIe siècle un miroir inattendu, dans lequel il se reconnaît. Cette sensation de ressemblance a guidé le travail de Matthieu Berthod. Il a cherché à la capter par le dessin, se réappropriant ces textes, faisant fi des codes classiques de la bande dessinée en se mettant entièrement au service de la littérature.

Les auteurs

Charles-Ferdinand Ramuz

«Je suis né en 1878, mais ne le dites pas.
Je suis né en Suisse, mais ne le dites pas.
Dites que je suis né dans le Pays-de-Vaud, qui est un vieux pays Savoyard, c'est-à-dire de langue d'oc, c'est-à-dire français et des Bords du Rhône, non loin de sa source. Je suis licencié-ès-lettres classiques, ne le dites pas.
Dites que je me suis appliqué à ne pas être licencié-ès-lettres classiques, ce que je ne suis pas au fond, mais bien un petit-fils de vignerons et de paysans que j'aurais voulu exprimer. Mais exprimer, c'est agrandir. Mon vrai besoin, c'est d'agrandir...» (Lettre à Henry Poulaille, mai 1924)

Matthieu Berthod

Né en 1970 en Suisse, dans un canton du coeur des Alpes, le Valais.
Formé à l'illustration à l'École des Arts décoratifs de Genève puis au design graphique à la Schule fur Gestaltung de Berne, il partage son temps entre la ville et la montagne, le graphisme et le dessin, tant en Suisse qu'à l'étranger.


  • Les courts extraits de livres : 09/04/2011

Avant-propos de Daniel Maggetti, Directeur du Centre de recherches sur les lettres romandes de l'Université de Lausanne

Connu surtout comme romancier, C. F. Ramuz (1878-1947) a également été, depuis ses débuts, un nouvelliste fécond et hors pair. En partie motivée par des raisons matérielles, dans la mesure où les textes publiés dans la presse et dans les revues garantissent à l'écrivain des revenus réguliers, cette production est aussi un véritable laboratoire esthétique, au sein duquel s'élabore une poétique originale et audacieuse. Des volumes emblématiques rythment ce parcours en contrepoint des grands moments de l'écriture romanesque de l'auteur : en 1910, Nouvelles et morceaux ; en 1921, Salutation paysanne ; en 1944, Nouvelles.

La fiction brève permet de condenser, sur quelques pages, des situations dramatiques, en se concentrant sur les éléments essentiels. Elle offre aussi la possibilité de tester des manières de raconter, par l'adoption de perspectives différentes, ou par la quête d'un équilibre entre le récit assumé par un narrateur omniscient et celui, confié à des personnages, reposant sur leur point de vue restreint et marqué par l'oralité. Le texte court est enfin le lieu privilégié d'une réflexion sur la relation entre la description et la narration, entre le «tableau» et l'intrigue : d'où le recours à la double appellation de «nouvelles» et de «morceaux», par laquelle Ramuz indique explicitement les deux directions que prend sa pratique du genre.

Les nouvelles que Matthieu Berthod a adaptées appartiennent à la première période de la création ramuzienne, celle qui aboutit en 1910 à la publication du recueil Nouvelles et morceaux, dans l'édition originale duquel figurent «L'homme perdu dans le brouillard» et «La grande Alice», rédigés au printemps de cette même année, ainsi que «La paix du ciel», datant de 1908. «Le tout-vieux», paru en revue en 1905, est republié en 1908 à la suite de Jean-Luc persécuté, mais Ramuz l'insérera en 1940 en tête de la reprise des Nouvelles et morceaux dans ses Oeuvres complètes, dont la version est celle que Matthieu Berthod a utilisée comme référence.

Toutes ces histoires s'inscrivent dans un microcosme montagnard et campagnard suisse romand que Ramuz explore, au fil de sa jeunesse, avec l'application d'un ethnographe attentif aux personnages typiques - bergers, faucheurs, boisseliers -, aux activités rurales, aux traditions et aux légendes. Mais ce monde clos sur lui-même, en contact étroit avec la nature et soumis à ses rythmes, n'est pas pour l'écrivain l'objet d'une curiosité de folkloriste, ou le support d'une nostalgie empreinte de passéisme. Demeuré en marge du progrès, isolé, centré sur une économie de subsistance, régi par une organisation sociale ancestrale, cet espace est propice à la mise en scène des attentes, des passions et des questionnements élémentaires, qui peuvent s'y exprimer sans fard, sans écrans et sans médiations. La peur, l'élan amoureux, la mort, le rapport aux forces obscures se manifestent dans ce contexte avec une intensité quasi instinctive, dans l'immédiateté des sentiments non réprimés par l'éducation ou par les convenances. Ramuz flirte tantôt avec le fantastique, comme dans «Le tout-vieux» ; tantôt, il passe le seuil du merveilleux, comme il le fait dans la rêverie du paradis possible que dessine «La paix du ciel». Ici, il cède la parole à «La grande Alice», la «putain de village» (ainsi la nomme-t-il dans une de ses lettres) qu'il se garde bien de juger selon les normes de la morale courante ; là, c'est au tour d'un vieillard qui a jadis frôlé la mort en s'égarant sur la montagne de restituer son souvenir («L'homme perdu dans le brouillard»).

Les émotions qui traversent ces récits, les points de vue qu'ils développent, les atmosphères qu'ils dégagent tendent au lecteur du début du XXIe siècle un miroir inattendu, dans lequel il se reconnaît. Cette sensation de ressemblance a sans doute guidé le travail de Matthieu Berthod, qui a cherché à la capter par son dessin, et qui y est parvenu avec bonheur, réalisant ainsi un livre qui, du côté de chez Ramuz, constitue une première à saluer.


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