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.. Qui peut dire ?

Couverture du livre Qui peut dire ?

Auteur : Stéphane Millet

Date de saisie : 26/04/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : J.-P. Bayol, Alès, Gard

Collection : L'Esprit de l'Escalier

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 9782916913346

GENCOD : 9782916913346

Sorti le : 01/04/2011

  • Le courrier des auteurs : 21/04/2011

1) Qui êtes-vous ? !
«Un architecte qui tire un immense plaisir du temps dérobé à son travail au profit de l'écriture. Cette dérive étant suspecte, elle ne peut librement s'exprimer que lors de mes déplacements professionnels, c'est à dire dans les trains ce qui fait de moi un authentique écrivain de gare.»

2) Quel est le thème central de ce livre ?
«L'affection portée à une galerie de personnages cévenols, quelque peu décalés et tout à fait truculents ce qui n'est pas incompatible.»

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Qui peut dire ?»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Une polyphonie pastorale»

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
«Le bonheur des choses simples»


  • Les présentations des éditeurs : 26/04/2011

Qui peut dire ? comme on dit ici, à Pied-de-Borne ou Villefort, communes des hautes Cévennes.
Qui peut dire la rudesse et la grandeur, la solitude et la solidarité ?
Celui qui, en témoin, a voulu laisser une trace avant que la mémoire ne s'efface. Et c'est dans un style roboratif et réjouissant - il y a du Vialatte dans ces portraits toujours tendres et souvent hilarants ! - que Stéphane Millet, architecte, a édifié cette stèle en hommage au pays perdu.

Bien sûr, tous les personnages de ces portraits sont inspirés de personnes réelles. J'ai pris quelques libertés, parfois, avec les histoires qui les illustrent, mais toujours en respectant l'esprit d'exagération et d'affabulation qui fit leur gloire.
Stéphane Millet


  • Les courts extraits de livres : 26/04/2011

IL NE PASSERA PAS...

Bastier était une figure de Planchamp. Il y occupait en même temps la position de résident ordinaire et celle de représentant officiel de l'administration des postes.
Sa vie administrative déteignait en permanence sur sa vie privée et on sentait bien qu'il n'arrivait pas toujours à établir une frontière bien nette entre ces deux territoires.
Avec le temps, il avait fini par s'habiller de costumes tirant sur le bleu. Au début, nous pensions que c'était pour les harmoniser à des yeux qu'il avait très pâles d'une teinte outremer. En réalité, il continuait inconsciemment à enfiler son costume de service. Bientôt il n'y eut plus que la casquette pour différencier les deux états. Et encore le vit-on une fois arriver à la messe coiffé de son couvre-chef de postier. En temps normal, il alternait le béret avec la casquette. Quand, par accident, il apparaissait sans l'un ni l'autre, on pouvait déchiffrer sur son crâne les frontières nettement tracées des deux facettes de son existence figurées par deux ellipses au tannage plus ou moins intense, décalées comme des ombres sur un corps céleste. La casquette de service portée légèrement à gauche déterminait sur la face opposée un segment passablement buriné que balançait de manière quasi symétrique celui du béret disposé, lui, côté droit. Le recoupement des deux, parfaitement livide, exposait un crâne tendu de chair blafarde dont l'apparition fortuite provoquait un malaise, comme un sentiment d'indécence.
Par bonheur cet hémisphère n'apparaissait qu'une fois la semaine et dans la pénombre de l'église.
Il en allait de même pour ses voitures que pour ses vêtements. Il possédait à la ville la réplique de son véhicule de fonction. Seule la couleur différait. Comme il lui arrivait de rentrer à Planchamp au volant de celui-ci, la confusion des genres l'entraînait parfois à y chercher sa bêche à l'emplacement des sacs postaux.
Physiquement, il était petit avec une face de roux à peau très claire dont les traits mous reflétaient un tempérament doux et effacé. La fameuse casquette entretenait une calvitie avancée.
Sa discrétion naturelle ne s'estompait qu'occasionnellement et sous l'empire du vin. À ce propos, et de façon plus générale, parlant du métier de facteur, on ne peut qu'être frappé par le choix du mot «tournée» pour désigner l'essentiel de la mission qui s'y rattache. Cette terminologie n'est pas tout à fait innocente et son ambiguïté pèse sur la corporation comme une funeste malédiction.


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