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Qui tient le balai à la maison ? Le ménage est tout sauf une simple affaire domestique. Il exprime en concentré les inégalités sociales les plus profondes qui ont trait aux relations entre hommes et femmes, au rapport à l'emploi selon les classes sociales et au sort réservé à bon nombre d'immigré-e-s.
Le moindre paradoxe n'est pas de voir les pouvoirs publics consolider ces inégalités en soutenant les services privés à la personne. Au nom de la promotion professionnelle des femmes (aisées) et de l'emploi des femmes déqualifiées n'assisterait-on pas à un retour de la domesticité, en France, au XXIe siècle ?
Au terme de leur enquête sur les ressorts sociaux, économiques et politiques de ce qui reste encore aujourd'hui «un sale boulot», les auteurs proposent une alternative émancipatrice : elle milite pour une autre répartition des temps alloués au travail et à la vie privée et pour une révolution intime, qui forcerait les hommes à prendre leur part du fardeau domestique et à se satisfaire d'affaires à peine moins bien rangées. La longue marche vers l'égalité vaut bien quelques faux plis.
La revue de presse Anne Chemin - Le Monde du 31 mars 2011
Astiquer, briquer, nettoyer : question mineure, penseront certains avec un brin de condescendance. Question éminemment politique, rétorquent François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau dans un excellent Essai sur le ménage à domicile et le retour de la domesticité. "Le ménage est un jeu de pouvoir qui renvoie aux rapports de genre, à la définition du travail et à sa division, bref, à une véritable économie politique", affirment ces deux économistes de l'université de Lille-1. Ils le démontrent avec talent dans un petit livre intitulé malicieusement Du balai. Loin de constituer une activité anodine ou insignifiante, le ménage est, selon eux, l'une des clés des inégalités hommes-femmes...
M. Devetter et Mme Rousseau plaident également pour que la politique de soutien à l'aide à domicile, qui coûte très cher, cesse de financer des services de confort qui ne bénéficient qu'aux ménages aisés - ménage ou cours de piano. Pour s'éloigner de ce modèle inspiré de la domesticité, il vaudrait mieux, selon eux, redéployer les budgets dans des secteurs qui présentent une véritable utilité sociale, comme l'aide aux personnes âgées dépendantes ou les services de soins et d'éducation aux jeunes enfants.