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Auteur : Caroline Deyns
Date de saisie : 18/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 9782848761855
GENCOD : 9782848761855
Sorti le : 05/05/2011
Si vous poussez la porte de la librairie de Monsieur H., vous le trouverez, derrière son comptoir, cachant sa frustration sous un sourire affable. Car Monsieur H., grand amateur de littérature, se désespère de ne pouvoir lui-même écrire une oeuvre. Après quarante années de vains efforts, il semble cependant prêt à déposer les armes - son stylo-plume en l'occurrence -et à se consacrer à ses clients.
Un jour, une jeune fille, Isis, entre dans là boutique pour demander son chemin, griffonne un plan, et, cédant à la tentation, dérobe le stylo du libraire. L'objet passera alors de main en main, pour nous entraîner dans une étonnante ronde de personnages : lsis elle-même, fragile adolescente aux journaux intimes peu communs ; Paul, jeune homme faussement ordinaire, s'égarant de soirées arrosées en nuits décousues; Sybille, «bibliovore» obèse, qui s'est volontairement ensevelie sous la graisse au fil des ans; Emma, trentenaire rangée dont la soudaine déraison ravive une ancienne fêlure ; Roman Hipser, écrivain reconnu...
Ainsi se déroule avec brio un récit dévoilant les failles de chacun, jusqu'à un surprenant final. C'est seulement alors que se révèle le sens du roman, de ce Tour de plume à la saveur douce-amère qui sait si bien tisser des liens entre l'amour des livres et les blessures des hommes.
Caroline Deyns vit et travaille en Franche-Comté. Tour de plume est son premier roman.
L'Amateur
Tintement courroucé du carillon tiré de sa somnolence. Le nouveau venu referme avec une brusquerie qui se veut aimable la porte soufflée par le vent, d'une main expédie son parapluie, de l'autre ébouriffe ses cheveux humides et, le temps d'un coup d'oeil, s'avance. Ou plutôt s'élance. Pas vif, sourire décidé, bonjour sonore. Aucune hésitation. Trois enjambées et le voilà déjà réceptionné au rayon «Histoire» de la librairie.
Monsieur H., rêveusement tassé derrière son comptoir, accueille son nouveau client d'un clignement de paupières. D'aucuns y verraient un signe de bienvenue. D'autres, peut-être, concluraient à un ajustement visuel de la part d'un bonhomme qui, vieux et libraire de son état, accumule les risques d'une forte myopie. Tous se trompent. C'est en réalité un malicieux clin d'oeil, disons, de for intérieur, un signe de connivence de soi à soi. Le libraire se félicite de la justesse de ses pronostics, puisque, dès l'instant où le véloce jeune homme se trouvait en suspension au-dessus du paillasson, il avait parié qu'il irait vers la section «Histoire». Gagné.
Orienter mentalement les clients vers une section de sa librairie universitaire au moment même où ils en franchissent le seuil, ou encore devancer leurs demandes sans qu'ils aient à les balbutier, telle est sa manie de boutiquier. On n'osera pas ici dévoiler les indices sur lesquels se base Monsieur H. pour étiqueter ses clients, le lecteur pourrait s'offusquer de s'y reconnaître. Lui-même n'a jamais avoué son critiquable divertissement à ses proches, un peu honteux de s'adonner à cette classification hâtive, réductrice, sans scrupule ni nuance, bâtie à même la tête de l'individu. Cependant, argumente-t-on dans son esprit partagé, cet étiquetage simpliste tient du passe-temps de l'enfance, une sorte de cousin éloigné des devinettes (un petit garçon accroupi dans une cour pavée, écoutant, tête enfouie dans les bras, les vrombissements, les crachotements, les ralentissements des moteurs de la rue, annonçant précipitamment une marque de voiture, avant que l'automobile surgisse devant ses yeux ronds d'espoir). Innocent donc. Pourrait s'apparenter, si l'on voulait bien envisager la librairie comme un plateau de jeu, à une avancée directe de la case départ à la case arrivée, par l'entremise d'un coup de dés mental. Et si ces prédictions indisposent sa moralité, elles confortent le libraire dans son professionnalisme en se révélant, la plupart du temps, justes.
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