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Auteur : Julia Latynina
Traducteur : Yves Gauthier
Date de saisie : 25/04/2011
Genre : Policiers
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Actes noirs
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 9782742794775
GENCOD : 9782742794775
Sorti le : 04/04/2011
Quand son frère a sauté sur une bombe, il n'a pas quitté la mosquée avant la fin de la prière. Quand le président de la République est venu lui présenter ses condoléances, il lui a dit : "Barre-toi ou je tire.". Niyazbek ne veut d'arrangement avec personne. Niyazbek n'écoute que sa conscience.
La russe Julia Latynina s'est faite connaître avec «La chasse au renne de Sibérie» chez «Actes Noirs». Journaliste née à Moscou, elle est extrêmement critique vis à vis des pouvoirs politiques en place en Russie. Et cela se ressent à la lecture du premier volet de sa «Trilogie du Caucase» : «Caucase Circus».
Ce qui frappe dès le début de ce roman (sans mauvais jeu de mots), c'est la violence inouïe dans laquelle le lecteur est plongé. Le décor est planté, glauque. Au bout de quelques pages, il reste quelques survivants mais déjà, les guerres qui opposent dignitaires ou ressortissants russes et chefs de bandes Tchétchènes font de nombreuses victimes. Scènes de guerre, tortures, tous les ingrédients qui vont composer ce thriller complexe apparaissent.
Cependant, même si le vocabulaire est souvent direct, voire cru, la trame des aventures de Vladislav Pankov nous prend dès le début. Sorte de thriller "géopolitico-financier", «Caucase Circus» évoque une petite république coincée entre la Tchétchénie et la mer Caspienne. Là-bas, les enjeux sont importants. Neuf ans après des aventures qui lui coûteront un doigt ( !) Vladislav se retrouvera pris entre plusieurs feux : un pouvoir local léonin, des gangsters qui travaillent avec les services secrets russes, des terroristes intégristes Tchétchènes et même le Kremlin, qui se rétro-commissionne sur les milliards censés être alloués au Caucase !
Affublé d'un étrange acolyte répondant au nom de Niyazbek, Pankov arrivera-t-il à survivre dans le Caucase ?
Accrochez-vous aux premières pages car la «Trilogie du Caucase» s'annonce vraiment bien ! Vous serez plongé dans des univers tous plus étranges et tous plus noirs les uns que les autres. Vous rencontrerez des personnages pour le moins singuliers.
Tout est parfaitement dosé dans ce roman noir qui renouvelle habilement le genre. Après Stieg Larsson et Camilla Läckberg, Actes Sud prouve une nouvelle fois son aptitude à dénicher de grands talents. Avis aux amateurs !
Vladislav Pankov, un jeune Moscovite de bonne famille, frais émoulu de Harvard, est la proie d'un chef de bande tchétchène nommé Arzo qui l'enlève, le met aux fers et l'oblige à jeter aux chiens les cadavres de ses compagnons de captivité russes. Il doit son salut à un chef rival de l'ethnie caucasienne des Avars, Niyazbek, venu libérer deux codétenus de Vladislav, les frères Aslanov, au nom de liens familiaux sacrés dans le Caucase, en usant de méthodes à la fois chevaleresques et crapuleuses. Neuf ans plus tard, Vladislav Pankov a fait carrière au sein de l'élite russe. Il est nommé ambassadeur du Kremlin dans une République caucasienne subordonnée à l'autorité fédérale de Moscou, et qui porte le nom imaginaire d'Avarie-Dargo-Nord, entre la Tchétchénie et la mer Caspienne. Pankov a été initié au Caucase par Ibrahim, enfant du pays entré dans l'establishment moscovite, qui s'avère être le frère de Niyazbek, et qui meurt dans un attentat à la bombe dès qu'il remet le pied dans sa région natale. La recherche du coupable va servir de catalyseur à la guerre des clans qui s'engage. Sont visés tour à tour les frères Aslanov, dont le père est entre-temps devenu le président de la république régionale et qui cultivent le népotisme grâce à l'argent de Moscou ; le Tchétchène Arzo, qui incarne autant le banditisme que la compromission avec les services secrets fédéraux (on ne sait plus trop qui sont les kagébistes et qui sont les terroristes) ; le Tchétchène Wahha, personnification d'un terrorisme extrémiste fondé sur une interprétation fanatique de la charia. Tous sont dans la même mesure intéressés au maintien du couple sang-argent qui est le moteur de l'économie caucasienne. Étrange justicier constamment sollicité par le peuple du Caucase, Niyazbek arbitre avec ses propres moyens : un courage physique sans limite, le respect du droit coutumier, la foi islamique et une morale à la Robin des Bois, qui le conduiront jusqu'à la prise du palais gouvernemental. Mais les ficelles de cette guerre sont tirées de plus haut, c'est-à-dire du Kremlin qui se rétro-commissionne sur les milliards qu'il alloue lui-même au Caucase. Impuissant devant ce cercle vicieux, Pankov laisse définitivement tomber la vertu.
Avec Caucase circus, Julia Latynina signe un polar géopolitique noir comme le pétrole. En cinq cents pages d'une force rare, elle réalise la prouesse de nouer une intrigue foisonnante tout en débrouillant, en coulisse, les fils d'une réalité complexe. Un roman brûlant et décapant, comme une longue rasade de vodka.
Julia Leonidovna Latynina est née en 1966. Journaliste économique (Echo de Moscou, Novaya Gazeta etTh e Moscow Times), connue pour son opposition à Poutine et son franc-parler, elle signe régulièrement des articles montrant les liens entre le crime et l'économie. Ses précédents romans sont parus en Russie sous le pseudonyme d'Evgueni Klimovitch.
Telle une corde blanche, la route sillonnait le flanc de la montagne, bordée en contrebas d'une forêt à la verdure éblouissante émaillée de rochers rouges. Un vieux Tchétchène était assis au-dessus du vide, près d'une glissière bricolée de ficelles, vêtu d'une chemise longue, la face ridée comme une noix. L'air triste, il tenait un pare-chocs entre ses mains.
Il y eut comme un grondement d'obus qui souleva une volée d'oiseaux effarouchés, puis un convoi apparut de derrière un éperon rocheux. Un véhicule blindé ouvrait la colonne, suivi de deux camions Oural, d'une citerne et d'un Geländewagen semblable à un cercueil noir. Un autre blindé fermait la marche.
Pneus bruissant, le Geländewagen s'arrêta, et le vieux Tchétchène vit sauter dans la poussière de la route un homme en treillis qui portait un pistolet-mitrailleur en bandoulière. L'homme était très jeune pour ces montagnes. Sous ses yeux noirs et vifs foisonnait une barbe noire et frisée qui allait moutonnant à ses lèvres charnues.
- Salam aleïkum, Kharon ! Tu as l'air bien triste...
- Vaaleïkum assalam, Arzo ! Ma voiture est partie sans moi, et j'avais vécu avec elle plus d'années qu'avec ma dernière femme. Il y a de quoi être triste.
- Et elle est tombée loin ? demanda Arzo.
- Tout au fond, soupira le vieux.
- C'était quoi comme voiture ? lança un troisième en sautant du blindé, tenue camo et arme à l'épaule, comme l'autre.
- Une Volga. De la belle bagnole, ça. Ta mère était encore grosse de toi, Arzo, quand ton père et moi l'avons transportée dedans jusqu'à l'hosto.
Arzo Khadjiev se mit à l'extrême bord de la route et glissa un oeil au fond du précipice comme s'il espérait y voir cette Volga vieille de trente-deux ans avec toute l'époque soviétique qu'elle avait entraînée dans sa chute... usines automobiles, champs de tabac et soviets ruraux aux bâtisses pavoisées de drapeaux rouges les jours de fête. Mais il n'y vit rien que des écheveaux de barbelés qui revêtaient la paroi rocheuse presque verticale à cet endroit, et le massif boisé qui montait du fond de l'abîme.
- Monte, dit Arzo ; si c'est à Sekhol que tu veux aller, je t'y dépose.
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