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.. Trauma

Couverture du livre Trauma

Auteur : Patrick McGrath

Traducteur : Jocelyn Dupont

Date de saisie : 27/04/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Lettres anglo-américaines

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 9782742796250

GENCOD : 9782742796250

Sorti le : 04/04/2011

Vous êtes-vous déjà demandé comment va votre psychiatre ? Dans Trauma, Patrick McGrath met en scène Charlie Weir, un psy new-yorkais réputé. Au cours de sa carrière, Charlie a commis une erreur thérapeutique et va être rongé tout le restant de ses jours par la culpabilité. Balloté entre son ex-femme, avec qui il renoue une idylle assez particulière, une étonnante et sulfureuse jeune femme ? Nora ? et sa mère, dépressive et froide (à part avec son autre fils, Walt), Charlie va finir par se perdre lui-même.

Ce roman est le récit d'une descente aux enfers pour cet homme, qui va subir, impuissant, la lente et inexorable altération de ses propres processus mentaux. Chapitre après chapitre, Patrick McGrath met en place les pièces de ce puzzle diabolique. Charlie, bien que conscient de sa propre déchéance, a bien du mal à identifier son traumatisme personnel, qui se réactivera donc sans qu'il ne puisse rien y faire, lui qui pensait que seuls ses patients en étaient victimes.

Dès le début, le lecteur est plongé dans l'intimité des protagonistes. Une ambiance délicieusement pesante se dégage de ce récit qui vous happera pour ne plus vous laisser décrocher de ce livre avant la fin. Sorte de thriller psychologique, la force de ce roman repose sur la crédibilité de Charlie Weir, qui sait parfaitement analyser ses propres symptômes.

Les thèmes de la culpabilité, de la maladie mentale et des conflits familiaux sont traités de manière rigoureuse. La première phrase du roman est terrible : "Ma mère tomba en dépression pour la première fois quand j'avais sept ans, et j'eus le sentiment que c'était ma faute." Et la poisse ne va plus lâcher ce pauvre Charlie Weir, qui pourtant fait tout ce qu'il peut... Le récit de sa vie est dérangeant, car l'on sent bien que se révèle au fur et à mesure son propre trauma ("Telle est la nature du trauma. L'événement se produit toujours maintenant, dans l'instant présent, pour la première fois" p.142).

Pour savoir ce que Charlie "traîne" lourdement, depuis si longtemps, et s'il pourra s'en libérer, lisez vite "Trauma".


  • Les présentations des éditeurs : 21/04/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Malgré l'expérience qui est la sienne dans le traitement des traumatismes, Charlie Weir, psychiatre new-yorkais reconnu, n'a pas réussi à dépasser la culpabilité qui le ronge depuis le tragique échec thérapeutique qui l'a éloigné de sa femme et de sa fille, sept ans auparavant. Entièrement voué à son travail, Charlie n'entretient plus guère de relations qu'avec sa mère, figure dépressive et funeste dont il n'a jamais vraiment cessé de subir l'ascendant - à la différence de son frère, Walt, fringant artiste peintre à qui tout semble réussir.
L'idylle insolite que Charlie vient un jour à nouer avec la très instable et sulfureuse Nora et la relation, exclusivement sexuelle, qu'il prend le risque de recréer avec son ex-femme font progressivement remonter en lui des angoisses dont il voulait se croire à jamais débarrassé. Déchiré entre deux femmes, assiégé par les spectres d'un passé opaque, le psychiatre naguère clairvoyant assiste, impuissant, à l'altération de ses processus mentaux, peinant à identifier son traumatisme personnel jusqu'à l'explicite et cruelle réactivation de celui-ci...
Sur les tensions qui déchirent toute cellule familiale, sur les falsifications de la mémoire, sur la psyché lorsqu'elle se mue en chaos et sur le retour du refoulé jusqu'à la dépossession de soi, Patrick McGrath donne ici un puissant roman où un personnage commente lui-même, impitoyablement, sa propre destruction.

Patrick McGrath, né à Londres en 1950, a passé une partie de son enfance près de l'hôpital psychiatrique dont son père était le directeur médical. Citoyen américain depuis 2003, il partage désormais son temps entre l'Angleterre et New York. Il est l'auteur de six romans, dont quatre ont déjà été publiés en France, L'un d'entre eux, Spider (Albin Michel, 1994 ; Calmann-Lévy, 2002 ; Folio, 2002), a été adapté au cinéma par David Cronenberg en 2002.


  • Les courts extraits de livres : 11/04/2011

Ma mère tomba en dépression pour la première fois quand j'avais sept ans, et j'eus le sentiment que c'était ma faute. Que j'aurais dû l'empêcher. C'était un an environ avant que mon père ne nous quitte. Il s'appelait Fred Weir. A l'époque il savait être généreux, drôle, expansif - mon frère Walt joue parfois ce rôle -, mais les signes d'une explosion imminente étaient déjà là, perceptibles à mes yeux sinon à d'autres. Et puis il y avait eu les accès de colère, les départs furieux, les portes claquées à l'autre bout du couloir et les silences assourdissants qui suivaient. Mais j'arrivais à les contrecarrer. En faisant l'idiot ou le bébé, je cherchais à le distraire de cette vague d'ennui et de frustration qu'il devait sentir monter en lui, pris au piège dans le climat conjugal étouffant que ma mère aimait entretenir. Plus tard, lorsqu'elle commença à écrire, la seule atmosphère qu'elle parvenait encore à entretenir était baignée de respectabilité sordide, d'alcool et de noirceur. Mais mon père était alors parti depuis longtemps.
A l'époque, nous vivions dans l'inconfort d'un vaste appartement miteux de la 87e Rue, que mon frère et sa famille occupent aujourd'hui. Je n'ai jamais contesté la légitimité de Walt à s'y installer après la mort de ma mère, et j'ai même fini par accepter qu'à moi, elle ne m'ait rien laissé. En réalité, cela m'amuse que, d'outre-tombe, elle m'ait jeté cette dernière insulte au visage. Il était plus logique que Walt hérite de l'appartement, il a une famille nombreuse et je vis seul ; pourtant, en vérité, Walt n'en avait nullement besoin. Walt était un homme riche - Walter Weir, le peintre ? Mais je n'éprouve aucun ressentiment ; toutefois, ceci étant dit, ou plutôt si un de mes patients me le disait, je ne manquerais pas de déceler la colère tapie derrière ces mots. Je m'emploierais alors à extraire la vérité, la ferais remonter à la surface pour que nous puissions tous deux la regarder droit dans les yeux : Vous détestiez votre mère et vous la détestez toujours !
Vous l'aurez maintenant deviné, je suis psychiatre. J'ai fait ma profession de ce que vous faites naturellement pour ceux que vous aimez, ceux dont le bien-être vous incombe. Pendant de nombreuses années, j'avais un cabinet sur Park Avenue, ce qui, en réalité, est moins impressionnant qu'il n'y paraît. Le loyer n'était pas élevé, mes honoraires non plus. Je travaillais principalement avec des victimes de traumatismes, ceux qui, d'entre tous les déséquilibrés mentaux qui peuplent la ville de New York, ressentent de la manière la plus aiguë que nous leur sommes redevables pour les souffrances qu'ils ont endurées. Ce qui fait d'eux de mauvais payeurs. J'ai choisi cette voie à cause de ma mère, et je ne suis pas le seul. Ce sont nos mères qui poussent la grande majorité d'entre nous vers la psychiatrie, généralement parce que nous leur avons failli.


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