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Auteur : Michael Köhlmeier
Traducteur : Stéphanie Lux
Date de saisie : 14/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782742796694
GENCOD : 9782742796694
Sorti le : 04/04/2011
Court texte très bien écrit qui relate l'histoire d'un écrivain - également narrateur - et de sa relation avec son éditeur. Lorsque celle-ci est sur le point de devenir plus intime et que l'éditeur se rend chez l'écrivain pour quelques jours, tout va changer. On apprend que l'écrivain et sa femme peinent à surmonter un deuil, alors que l'éditeur sous des airs rigides est en fait plus extravagant qu'il n'y paraît ! C'est presque la fin de l'hiver, et au cours d'une promenade, la rencontre avec un chien errant va déclencher un vrai cas de conscience.
Deux hommes se promènent le long du Rhin, plongés dans une discussion sur la littérature. L'un est écrivain, l'autre son éditeur. On est au coeur de l'hiver, l'ancien bras du fleuve est gelé, pourtant le foehn souffle, annonciateur du printemps. De loin, les promeneurs aperçoivent soudain un grand chien noir qui court à leur rencontre sur la glace, mais elle cède sous son poids et il tombe à l'eau. Pendant que son ami part chercher du secours, l'écrivain rampe jusqu'au chien qui s'agrippe à sa manche. Très vite, il comprend qu'il risque de sombrer avec lui. Pourquoi ne renonce-t-il pas, pourquoi refuse-t-il, au mépris de sa vie, de laisser le dernier mot à la mort ?
Michael Köhlmeier a perdu sa fille aînée après une chute mortelle en montagne. Comment la retrouver par l'écriture sans que sa mort devienne un objet littéraire, c'est tout l'enjeu de ce livre admirable.
Michael Köhlmeier est né en 1949 à Hard, au bord du lac de Constance, et vit aujourd'hui à Hohenems et à Vienne. Il s'est fait connaître par des récits inspirés des légendes antiques et régionales ou des textes bibliques. L'un de ses romans, Ta chambre à moi, a été publié chez Maurice Nadeau en 2000.
Seuls trois de mes livres ont été relus par mon éditeur, le Dr Beer. Il a interrompu son travail sur le quatrième - il me l'annonçait dans une lettre manuscrite - pour «raisons de santé». J'ai une meilleure explication. Il s'est senti honteux vis-à-vis de moi, à cause de ce qui s'est passé la dernière fois que nous avons travaillé ensemble, à cause de l'histoire du chien. Il est bien possible qu'il n'apprécie pas que je la raconte ici. Mais il n'a pas seulement été mon éditeur ; il a été mon professeur, et en tant que tel il a toujours affirmé qu'une oeuvre littéraire qui prenait des gants avec quoi que ce soit ou avec qui que ce soit n'avait aucune valeur.
Quelques jours à peine avant les événements en question, il m'avait offert de le tutoyer. Voilà qui m'avait véritablement pris par surprise ! Je n'aurais jamais imaginé qu'il tutoyât sa propre femme (nous nous connaissions depuis huit ans, et j'ignorais alors jusqu'à son existence). Je ne pouvais associer à cet homme les concepts de femme, d'amie, de maîtresse ou même de famille ; dans mon imagination, je ne lui attribuais même pas de parents ; de la même manière, les catégories désignant certaines phases de la vie, telles que l'enfance ou l'adolescence, se refusaient à mettre sa vie sur le même plan que, disons, la mienne. Que je sois censé, à l'avenir, l'appeler Johannes, promettait de provoquer une crispation, une crispation qui ne cesserait jamais. J'évitai bien entendu de le faire. Et lui ne parvenait pas non plus à s'habituer à mon prénom ; c'était manifeste, tellement manifeste que c'en était presque offensant.
Je n'ai prononcé son prénom qu'une seule fois. Au moment de lui présenter ma femme. «Le Johannes», avais-je dit. Dans le parler alémanique, nous ajoutons un article au nom propre, ce qu'il a certainement trouvé inélégant. Quant à moi, cela me convenait tout à fait ; l'article augmentait nettement la distance entre son corps et le mien - rétablissant un ordre qui me satisfaisait pleinement, parce qu'il avait la constance de la température des fonds marins.
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