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Auteur : Ricardo Menéndez Salmon
Traducteur : Delphine Valentin
Date de saisie : 15/04/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Jacqueline Chambon, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782742796700
GENCOD : 9782742796700
Sorti le : 04/04/2011
Un correcteur reconstruit sur le papier la journée du 11 mars 2004, au cours de laquelle l'Espagne a été touchée par des attentats sanglants. Où Ricardo Menéndez Salmón réaffirme le rôle de l'écrivain dans l'interprétation des événements du monde actuel.
Le 11 mars 2004, à Madrid, des bombes explosent dans quatre trains de banlieue qui emmènent les gens au travail. Il y aura cent quatre-vingt-onze morts et un très grand nombre de blessés. Ce matin-là, Vladimir, écrivain raté et correcteur de profession, travaille sur une traduction des Démons de Dostoïevski quand son éditeur l'appelle de Madrid pour lui annoncer ce nouvel acte de terrorisme perpétré par l'ETA.
Car personne n'en doute, ni sa mère, ni son père, ni son ami intime : il s'agit bien d'un nouvel attentat de l'ETA, ce que José Maria Aznar s'empresse de confirmer. Refusant de céder à la sidération qui semble saisir l'Espagne, le correcteur cherche un secours dans l'analyse critique, considérant l'événement sous tous ses aspects. Pour lui, il est évident que ce crime ne peut pas être attribué à l'ETA.
Les détails ne concordent pas, et un littéraire, contrairement à un politique, sait que la vérité se cache dans les détails. Pour cela, il doit commencer par lutter contre l'émotion dévastatrice par laquelle «cinquante millions d'Africains mourant du sida nous font soupirer mais cent quatre-vingt-onze morts espagnols nous touchent autant que s'ils étaient allongés là, dans le salon». Il cherche aussi à fuir la réalité en prenant exemple sur sa femme, Zoé, restauratrice d'oeuvres d'art, qui peut passer des semaines entières concentrée sur quinze centimètres carrés de peinture.
Il se réfugie ainsi dans son travail mais Stravoguine le ramène vite à l'horreur du présent. Par petites touches, le livre dessine une sorte de Weltanschauung (vision du monde) du correcteur qui sait par exemple que «dans chaque minute de la vie se cache une petite coquille qui cherche à passer inaperçue» et qu'il peut éliminer beaucoup d'erreurs mais qu'il est impuissant devant ce 11 Mars, «une erreur ineffaçable inscrite sur le livre de la réalité».
Ricardo Menéndez Salmón se plaît à mettre en avant le rôle de l'écrivain dans la société actuelle. Le charme, l'ironie, l'émotion de ses livres ne cèdent en rien à l'esprit critique. Il est de plus en plus proche d'un Villa Matas, d'un Michon ou d'un Sebald.
Ricardo Menéndez Salmón est né à Gijón en 1971, où il vit. Licencié de philosophie, il a été directeur de collection, critique littéraire, auteur de livres de voyage, de nouvelles et de romans. L'Offense, le premier livre de La Trilogie du mal, dédié à la guerre, est paru chez Actes Sud en 2009. Le Correcteur, lui, est dédié à la peur.
Quand le premier train a explosé, déversant sur nos petites vies courageuses un flot de sang, de colère et de peur, j'étais assis devant ma vieille table en frêne d'Australie et je corrigeais un jeu d'épreuves des Démons de Fedor Dostoïevski.
Je m'appelle Vladimir - jeune, mon père était passionné par la révolution russe - et je suis correcteur. Et j'oserai affirmer que Fedor Dostoïevski est mon écrivain préféré. (Peut-être que dix ans plus tôt, quand j'avais vingt-cinq ans, j'aurais affirmé que mon écrivain préféré était Albert Camus, et probablement que dans dix ans, quand j'en aurai quarante-cinq, je pencherai plutôt pour Stendhal ou Platon.)
A 7 h 37 le jeudi 11 mars 2004, je me trouvais donc, tout frais, après avoir pris mon petit-déjeuner, une belle lumière d'hiver pénétrant par la fenêtre comme un trait de givre, en train de lire un jeu d'épreuves composées en caractère typographique bembo, corps 12, au moment où Alexeï Kirilov avoue à Piotr Verhovenski que «la peur est la malédiction de l'homme», quand le premier train a explosé et que soudain nos compteurs ont été remis à zéro.
Aujourd'hui, évidemment, alors que tant de choses sont arrivées depuis et que les émotions ont été passées au tamis de la réflexion, tout apparaît de façon moins confuse, plus aisée à comprendre, mais, durant les heures que décrit cette chronique, nous tous qui étions là (et je crois que tout le monde, d'une façon ou d'une autre, était là) avons senti que les temps heureux avaient touché à leur fin.
Bien sûr, les temps heureux s'approchaient de leur fin depuis déjà pas mal de printemps, et périodiquement, comme si nous avions besoin de corroborer l'idée subtile qu'Alexeï Kirilov exposait à Piotr Verhovenski pendant que les premières bombes transformaient l'acier des trains en lave brûlante et les os des victimes en poussière ; périodiquement, donc, bien sûr, nous sentons la nécessité de nous infliger les uns aux autres de quoi nous rappeler, sans laisser de place au doute, que, un beau jour, tout foutra le camp, tout simplement.
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