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Auteur : Christian Felber
Traducteur : Olivier Mannoni
Date de saisie : 11/04/2011
Genre : Economie
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Questions de société
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782742796984
GENCOD : 9782742796984
Sorti le : 04/04/2011
Christian Felber, membre d'attac (Autriche) a fondé un mouvement incitant les entreprises à faire, chaque année, le bilan de leurs efforts citoyens (écologiques, sociaux, solidaires et démocratiques). Ce livre, porté par les expériences concrètes et diverses d'une centaine d'entreprises, nous apprend donc comment transformer l'économie en évitant les écueils du communisme et d'autres totalitarismes. L'économie citoyenne repose sur des valeurs susceptibles de remporter l'adhésion du plus grand nombre, puisque ce sont les mêmes que celles qui font la réussite de nos relations sociales : confiance, coopération, respect, démocratie, solidarité (selon des études scientifiques récentes, il apparaît que l'établissement de bonnes relations sociales est la plus grande source de motivation et de satisfaction de l'être humain.).
Quel est cet «intérêt général» que l'entreprise citoyenne s'engage à favoriser ? Sa définition serait établie dans le cadre d'une convention démocratique ancrée dans la Constitution. Les entreprises en rendraient compte dans un nouveau type de bilan, le «bilan citoyen», qu'elles devraient présenter chaque année, en plus du bilan financier. Y apparaîtraient seulement des critères qu'il serait possible d'évaluer concrètement selon des valeurs fondamentales : responsabilité sociale, durabilité écologique, cogestion démocratique, solidarité entre tous les acteurs concernés (les salariés, mais aussi les fournisseurs, les acheteurs, les clients.). Grâce à des «points citoyens», ce bilan rendrait compte des actions en faveur de l'intérêt général avec exactitude. Les entreprises qui, dans leur bilan citoyen, auraient cumulé le plus de «points citoyens», se verraient accorder certains avantages par la loi : réductions d'impôts et de droits de douane, crédits plus avantageux, priorité aux marchés publics et aux programmes de recherche.
Un cadre juridique devrait inciter les actions en faveur de l'intérêt général, des biens collectifs, et de la coopération. Les enjeux de la réussite au sein de l'entreprise seraient ainsi redéfinis. Jusqu'à présent perçu comme un objectif à atteindre, le capital deviendrait, dans ce nouveau modèle économique, un simple moyen. Il ne servirait plus qu'à réaliser le but que l'entreprise s'est fixé (la production de biens, de services, l'agriculture, etc.). Garantir le revenu de tous les employés serait l'un de ces buts. Dans cet esprit, un revenu maximal serait instauré (vingt fois le salaire minimum légal par exemple). Les bénéfices de l'entreprise pourraient être utilisés pour les investissements (à valeur ajoutée sociale et écologique), le remboursement des crédits, redistribués aux salariés ou utilisés pour des crédits sans intérêts aux entreprises associées. En revanche, il n'est pas prévu que les bénéfices soient distribués à des personnes qui ne travailleraient pas dans l'entreprise, ni utilisés pour l'achat hostile (opa) d'autres entreprises, ni pour l'investissement sur des marchés financiers (ces marchés n'existeraient plus). Grâce à ce modèle, les inégalités de revenus et de patrimoines seraient réduites. En même temps que le revenu, le patrimoine de chacun et la possibilité de transmettre un héritage seraient limités, sans pour autant risquer de tomber dans l'austérité communiste. Les grandes entreprises de plus de deux cent cinquante salariés deviendraient partiellement la propriété des salariés et de la communauté et, entièrement au-delà de cinq mille salariés. Les citoyens seraient représentés par les députés élus dans les «parlements économiques régionaux». Le gouvernement n'exercerait aucune mainmise sur les entreprises publiques. Ceci vaudrait également pour la troisième catégorie de propriété juridique que le modèle propose. A côté d'une grande majorité de (petites) entreprises privées et de quelques grandes entreprises de propriété mixte, il existerait des «coopératives de service public» - entreprises du domaine de l'éducation, de la santé, des affaires sociales, de la mobilité, de l'énergie et de la communication. La «banque» étant, elle aussi, une coopérative, sa gestion se ferait de manière démocratique. Elle serait aussi au service de l'intérêt général et, comme les autres coopératives de service public, serait contrôlée par la souveraineté démocratique et non par le gouvernement. Ses principaux services seraient les suivants : épargne sécurisée, crédits bons marchés, crédits à risque de caractère écologique ou social, ainsi que comptes courants gratuits. La démocratie représentative serait ainsi complétée par la démocratie directe participative. De nouvelles matières seraient étudiées à l'école pour préparer les citoyens à s'impliquer dans les affaires économiques et sociales. Vu le débat actuel - au sein du parti socialiste français, mais aussi dans d'autres mouvements et initiatives - ce livre constitue de nos jours une denrée rare, une «utopie réaliste». Basée sur des expériences authentiques, elle invite tous les acteurs de la vie économique et sociale à s'engager pour sortir de la situation catastrophique dans laquelle se trouve actuellement l'économie occidentale.
Christian FELBER
Écrivain considéré comme l'une des voix essentielles de la critique altermondialiste en Autriche et chargé de cours à l'université, Christian Felber intervient très souvent en public pour prôner un changement radical de l'économie. Récemment publié chez Actes Sud : L'Économie citoyenne (2011).
Extrait de l'avant-propos
Il y a toujours une alternative.
(A l'attention de Margaret Thatcher et de tous les néolibéraux)
Notre système économique actuel, l'économie capitaliste de marché, a créé un contexte de crise particulièrement périlleux : bulles financières, chômage, crise de la répartition, crise climatique, crise de l'énergie, crise alimentaire, crise de la consommation, crise du sens, crise de la démocratie...
Toutes ces crises sont liées les unes aux autres et ont la même racine : la structure d'incitation sur laquelle se fonde tout notre système économique actuel, c'est -à-dire la quête du profit et la concurrence. Cette motivation centrale favorise un comportement égoïste et brutal, mène les relations humaines à l'échec et menace la paix spirituelle, sociale et écologique.
Un modèle économique plus humain et plus efficace est pourtant possible ! L'économie citoyenne encourage et récompense les mêmes qualités de comportement, les mêmes valeurs qui permettent la réussite de nos relations humaines et écologiques : confiance, estime mutuelle, solidarité et partage. La recherche scientifique a montré qu'un cadre de stimulation de ce type motive plus fortement que la concurrence et l'égoïsme. Les hypothèses anthropologiques sur lesquelles repose l'économie de marché ne sont pas tenables d'un point de vue scientifique et ont été en bonne partie réfutées. J'ai présenté les bases de l'économie citoyenne dans mon avant-dernier livre, Nouvelles valeurs pour l'économie. Je les présente ici sous une forme plus développée et apurée.
Une bonne vingtaine de chefs d'entreprise membres d'Attac ont participé à son élaboration. Ce sont plusieurs centaines d'entreprises qui contribuent à porter ce projet et s'engageront désormais pour la diffusion de ces idées. Il s'agit pour nous de montrer qu'un grand nombre d'entreprises souhaitent un autre cadre pour organiser leur gestion. Il serait toutefois naïf de faire comme si cela pouvait s'opérer sans transformer les rapports de force actuels. On accordera donc ici une grande importance à la question de la propriété et de la démocratie, les grandes zones aveugles de ce que l'on appelle la «libre» économie de marché. Avec l'économie citoyenne, personne ne disposera plus d'une richesse et d'un pouvoir aussi disproportionnés qu'aujourd'hui. Mais la richesse matérielle, pouvant aller jusqu'au luxe, sera toujours possible. Cela apportera un surcroît d'égalités des chances, de qualité de vie et de démocratie : une situation «gagnant-gagnant» pour l'ensemble de la société. Un grand nombre d'entreprises et de personnes fortunées militeront par conséquent pour que ce système soit mis en place.
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