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Auteur : Xavier Houssin
Date de saisie : 22/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 9782234063815
GENCOD : 9782234063815
Sorti le : 04/05/2011
Dans ce nouveau texte, l'auteur, en miroir de son jeune narrateur, nous conduit dans les années 60, les années «primaire» en compagnie de Régis, l'un de ses rares amis, sa mère et Mickie, son chien. Une famille attentive, un père lointain, absent. Quotidien solitaire partagé entre les balades sensibles dans la campagne et la littérature. Entrée en 6ème, un collège religieux strict où il est difficile de trouver sa place. Il s'agit de grandir, de se confronter aux autres, s'endurcir et passer la porte de l'enfance.
Un très beau roman, délicat comme un coquelicot, porté par l'émotion et le subtil parfum des souvenirs.
Dans les années soixante un petit garçon entre en sixième au collège religieux de Senlis. Au moment des adieux à son meilleur ami, il se raconte le temps qui est déjà passé, la classe et les copains, les promenades en forêt, la pêche à la rivière. Le chien Mickie. Les oncles et les tantes, les grands-parents du Nord, les vieilles demoiselles, collègues de sa mère. Et les livres aussi. Ceux qu'il peut feuilleter dans la bibliothèque de la propriétaire du manoir d'à côté. Ceux de Mme Fiévet, la libraire. Il n'y a pas d'âge pour avoir des souvenirs.
La rentrée scolaire va tout jeter à bas. Le monde où pénètre ne veut pas des rêveurs, ni des doux. Au collège, il devoir apprendre à être différent, à endurcir son coeur. Heureusement, il suffit parfois d'un poème, de quelques me d'un livre pour que reviennent les émotions. Et pour qu'on soit sauvé.
Xavier Houssin est journaliste littéraire. Il a publié trois romans : La Ballade de Lola, 16 rue d'Avelghem, Le premier pas suffit, et un récit : La mort de ma mère. Écrivain hanté par la disparition, il est aussi poète. Son dernier texte, Montée des cendres, a paru en 2010 chez Caractères, la maison où il avait publié un tout premier recueil à l'âge de dix-sept ans.
La Fausse Porte est l'histoire d'une émancipation, l'évocation de ce moment ténu entre l'enfance et l'adolescence, de cette douleur de se sentir grandir, malgré soi, malgré le vertige et l'appel de l'inconnu qui attend derrière cette symbolique porte. Il y a beaucoup de nostalgie dans ce livre, celle de l'adulte qui se souvient avec émotion (et avec une acuité formidable), et celle de l'enfant lui-même à l'époque, qui voudrait peut-être un peu rester encore dans l'insouciance...
Les souvenirs de Xavier Houssin sont les cristaux brillants et diffractants d'une roche : on pourrait les croire fragiles, mais ils sont solides comme cette vie constituée année après année, joie après déception. L'auteur a le don des histoires simple et une attention délicate aux gens de peu, à commencer par les siens.
Xavier Houssin a-t-il vraiment 55 ans ? On en doute. Sa faculté est si grande à raconter, au présent de l'indicatif, les émotions qui le saisissent et se bousculent au moment du fatidique passage en 6e qu'on a l'impression troublante d'ouvrir un cahier d'écolier rédigé avec un porte-plume et retrouvé, intact, au fond d'un placard. Miracle de la littérature, lorsqu'elle se retient d'en faire : «la Fausse Porte» n'est pas un vieux livre de souvenirs, c'est le journal intouché d'un enfant.
Il voudrait retourner en enfance comme on rentre le soir à la maison...
Comme dans 16, rue d'Avelghem, Xavier Houssin brasse ici un concentré d'émotions, une nostalgie active. Ses phrases courtes, ses dialogues indirects épousent ce sentiment d'urgence et de fugacité.
Alors comme ça, on ne se verra plus... Régis soupire. Il est triste. Je n'en mène pas large non plus. J'ai compris d'un coup que le temps a passé. Ses parents quittent Senlis. Moi, je rentre au collège. Je vais à Saint-Vincent. Sixième chez les curés. Je suis le seul de l'école du Val-d'Aunette. Les copains... D'ailleurs, est-ce que j'en ai beaucoup ? Dujardin, Bettendorf, Chauvassagne, Cagnat, Aubert. Je ne sais pas où ils vont. Sans doute à Bonsecours, à Creil, à Chantilly. Tout va changer pour nous. Ce n'est pas seulement une autre année ou même une autre école. On n'en a pas parlé. On ne se parle pas beaucoup. Régis, ce n'est pas pareil. Lui, je l'appelle par son prénom. Et il le fait aussi. Ça ne nous semble pas bizarre pour autant. J'ai sorti du pain avec une barre de chocolat fourré à la fraise. Tu en veux un bout ? C'est la récréation de dix heures. Bimont cherche des histoires à un petit qui pleure. Il en a après ses gâteaux. Donne je te dis ! Les autres sont loin. Ils jouent au gendarme et au voleur. À la balle au prisonnier. Ça hurle, mais nous, on n'entend rien. Nous sommes assis sur le muret du fond, les jambes ballantes. À hésiter. Qu'est-ce qu'on peut bien se dire encore. Régis fait un effort. On se connaît depuis combien déjà ? Ses mains tremblent un peu. Il n'y a pas d'âge pour avoir des souvenirs. Ça a commencé au CEI de la rue Saint-Péravi, chez Mme Verchuren. J'avais sauté une classe. Je savais déjà lire. J'avais appris sans que je me rende compte. Je connaissais par coeur le livre que m'avait offert le cousin André. J'ai cinquante francs, à moi pour de bon. Avec cet argent, j'achèterai des bonbons. À force de me répéter l'histoire, page après page, j'ai vu les mots écrits. Je ne l'ai pas dit tout de suite. Je n'aimais pas beaucoup être à la maternelle. Je laissais s'écrouler les cubes. Je ratais les ballons. Je n'arrivais pas à faire avancer les autos à pédales. Un jour, un magicien était venu. Il sortait des foulards de ses manches. Une ribambelle de toutes les couleurs. Ça n'en finissait pas. Il faisait disparaître des oeufs qu'il retrouvait sous nos bras ou derrière nos oreilles. C'était drôle. À la fin, il nous avait montré plusieurs anneaux brillants. Il les avait accrochés juste en les appuyant les uns contre les autres. Les avait séparés de la même manière, en tirant doucement. Dehors. Dedans. Dedans. Dehors. À vous maintenant. Ce n'est pas difficile. Je vais vous expliquer. Tous avaient réussi. Sauf moi.
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