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Auteur : Pierre Jourde
Date de saisie : 14/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-923682-19-8
GENCOD : 9782923682198
Sorti le : 24/03/2011
«Donc, l'alcôve cette fois, porte ouverte, pour faire baisser la pression, montrer à la maison que je ne la crains pas, ne me ferme pas à elle. Mais c'est aussi me livrer à elle, sans protection, ouvrir la possibilité du visage apparaissant à la vitre dépolie, de la silhouette debout à côté de mon lit. Je me glisse entre les draps, serré entre le mur et la cloison, je lis encore, le plus tard possible, pour que la fatigue me plonge dans un sommeil dont je ne sorte pas jusqu'au matin. J'éteins la lumière, et cela commence.»
Pierre Jourde, romancier français, nous raconte dans La Présence sa peur des maisons vides. Il raconte son histoire et fouille dans les replis de sa mémoire et évoque sa maison familiale, le lieu qui l'a hanté pendant des années et qui le relie au monde perdu de l'enfance et de l'adolescence. À chaque fois qu'il y retourne, une incessante angoisse, remonte à la surface. Un fantôme encombrant. Tout lui rappelle cette peur : outils, meubles, vêtements, réceptacles lumineux. «La maison, dans son intériorité tourmentée, m'ouvrait une profondeur d'obscurité et de silence qui paraissait n'être qu'une variante, en plus confiné, en plus dense, de celle qui régnait au dehors.» Avec ce récit, nous comprenons notre propre vulnérabilité.
Pierre Jourde est né en 1955, il a passé ses jeunes années en banlieue parisienne et a été très tôt sensibilisé aux injustices sociales, aux mondes ouvrier et paysan que ce soit par son environnement familial et amical ou ses voyages. Professeur, il est un auteur atypique dont les essais critiques ont fait grand bruit dans le monde de l'édition, notamment La Littérature sans estomac, prix de la critique de l'Académie française. Parfois empreinte de mélancolie et de fantastique, son oeuvre romanesque pourrait se résumer à un tableau de la manière dont les hommes se dissimulent le réel. Depuis juin 2009, Pierre Jourde tient un blog, Confitures de culture sur le site www.bibliobs.com.
Pierre Jourde inaugure une collection dédiée aux peurs par un inventaire de ses angoisses de toujours...
Pierre Jourde travaille le matériau de la peur, joue de l'angoisse qui prend à la gorge dès que le jour décline, en déplie la rationalité et l'irrésistible logique, en inventorie les territoires et les instruments avec une écriture précise, au phrasé souple, sobrement musical, un bel exemple de prose classique au service du plus intime et du mieux partagé des sentiments, faisant de ce livre un admirable coup d'envoi pour une collection qui est plus qu'une bonne idée.
Qui l'eût cru ? Il arrive à Pierre Jourde, pourtant boxeur amateur, professionnel de la castagne, et auteur de livres pugilistiques, d'avoir peur...
Aujourd'hui encore, le romancier de «l'Heure et l'Ombre» est à la fois fasciné et terrorisé par la présence de l'absence, la vie des choses mortes, la plénitude du vide, la cacophonie du silence et la manière dont l'enfance s'obstine à tourmenter l'âge adulte. C'est, dans une prose de basalte, le livre noir de Jourde.
Après avoir tergiversé, tenté de gagner de gagner du temps, essayé de chasser le sommeil en parcourant des livres pris au hasard sur les étagères, sans jamais parvenir à oublier le lieu où je me trouvais, je suis arrivé au milieu de la nuit, pris entre l'épuisement et l'angoisse. Je me suis finalement décidé à éteindre, à me priver de la rassurante lumière et à risquer le sommeil tout en m'y refusant, comme on lutte contre l'inquiétude d'une plongée nocturne, dans l'eau noire et froide.
Je me trouve allongé sur un lit étroit, dans une petite pièce encombrée d'objets inconnus, dont la présence pèse encore sur l'obscurité où je suis plongé maintenant, la peuple, la densifie. Tout leur poids d'étrangeté m'atteint et paraît vouloir s'incruster en moi.
La pièce dans laquelle je suis couché est à peine une chambre. C'est un parallélépipède étroit, en lattes de bois, édifié au milieu d'une autre pièce beaucoup plus grande, que j'ai à peine eu le temps de voir, elle-même incluse dans une vaste maison où je suis entré aujourd'hui pour la première fois, et dans laquelle je n'ai passé que quelques minutes, apercevant l'entrée, le salon, l'escalier.
Autour de moi, une étendue inconnue.
Je me remémore les quelques lieux entrevus durant le trajet suivi pour arriver jusqu'à cet espace aberrant ménagé tout en haut de la maison, et semblable à un abri au coeur de la sauvagerie, la cabine d'un navire flottant sur un océan de noirceur.
L'angoisse qui me travaille à présent, je la connais bien, mais il y a des années que je ne l'ai plus éprouvée. Peut-être ai-je fait en sorte de ne pas avoir à m'y confronter de nouveau. J'ai voulu croire, en entrant ici, qu'elle ne reviendrait pas, comme on se persuade d'avoir triomphé de ses terreurs enfantines, de ses vieilles faiblesses. Mais la voici, elle n'a pas changé, elle me relie immédiatement au monde perdu de l'enfance et de l'adolescence.
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