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.. Belle et sombre

Couverture du livre Belle et sombre

Auteur : Rosa Montero

Traducteur : Myriam Chirousse

Date de saisie : 21/05/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispanique

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 9782864247715

GENCOD : 9782864247715

Sorti le : 21/04/2011

Si vous aimez qu'on vous raconte des histoires où la magie, le rêve et la lumière crue de la réalité se fondent en un ballet aux desseins imprévisibles, lisez vite le dernier roman de Rosa Montero qui, comme dans Instructions pour sauver le monde - déjà commenté dans ces colonnes - déploie ses talents de conteuse incomparable, dans un foisonnement de vie extrêmement attachant.

Dans Belle et sombre, Baba évoque pour nous le monde de l'enfance d'une toute jeune fille retirée de l'orphelinat qui aboutit dans un quartier marginal au sein d'une famille de saltimbanques. Elle grandit ainsi, sous la protection de Dona Barbara la grand-mère, une femme de caractère; d'Amanda, sa tante et de son mari au mauvais oeil Segundo ; de Chico son cousin, témoin silencieux et d'Airelai, la naine partagée entre son imagination fertile et sa magie; enfin de Maximo, ce père absent, admiré de tous, dont Baba est persuadée qu'un jour, il reviendra la chercher.

Ce récit allégorique s'ouvre sur la confidence de Dona Barbara faite à Baba qui imprègne toute l'ambiance du livre : «Quand je suis née, le monde a commencé. (...) Il va finir, mais toi, tu inventeras un monde nouveau.» Même si le décor est souvent menaçant ou sordide, Baba saura le nourrir de mille rêves et senteurs, avec l'aide d'Airelai - le personnage le plus émouvant de Belle et sombre -, ses malles, ses accessoires de magie, ses robes brodées d'étincelles de lumière, ses aventures extraordinaires : «Nous sommes capables de nous raconter, et même de nous inventer notre propre existence. (...) La première chose que tu dois savoir c'est que, quand quelqu'un s'est gagné un destin et s'est attiré une infortune, la seule façon de l'éviter, c'est de la remplacer par une autre sorte de malheur. C'est-à-dire qu'il faudra choisir entre la grâce et la douleur. (...) J'ai finalement choisi, et j'ai préféré la grâce. Parce que je préfère la connaissance, même avec les malheurs, à un bonheur stupide et sans conscience.»

La barbarie des hommes, sourde et omniprésente dans toutes les histoires d'Airelai, nous vaut quelques pages inoubliables : «J'ai été témoin d'horreurs au-delà des mots. J'ai vu des boiteux lapidés parce qu'ils étaient boiteux, des noirs brûlés vifs parce qu'ils étaient noirs, des vieillards affamés par leurs enfants, des filles violées par leurs propres pères. J'ai vu égorger pour un paquet de cigarettes et éventrer au nom de Dieu. Il y a des gens qui se délectent de cet enfer et je les connais bien, parce que je me suis souvent vue obligée de cohabiter avec eux. (...) Mais moi je possède la grâce et je suis puissante. C'est pour ça que je leur ai toujours survécu. De toutes les cruautés que j'ai connues, la plus répandue est celle de celui qui ignore qu'il est cruel. Les êtres humains sont comme ça : ils détruisent et torturent, mais ils se débrouillent pour se croire innocents.»

C'est encore Airelai qui lui livrera, à propos de l'amour, ses confidences en clair-obscur : «La passion est une maladie de l'âme qui vous fait irrémédiablement perdre votre liberté. Il n'y a pas de passion sans esclavage, et si vous aimez quelqu'un sans ce sens de la défaite, sans cette dépendance anxieuse de l'être aimé, alors c'est que vous ne l'aimez pas pour de vrai. L'amour est la drogue la plus forte et la plus perverse de la nature. C'est un mal lumineux, qui vous dupe avec ses étincelles de couleur pendant qu'il vous dévore. Mais une fois que vous avez connu la vie fébrile de la passion, vous ne pouvez pas vous résigner à retourner au monde gris de la vie raisonnable.»
Dans l'ombre inquiétante du Portugais et de l'homme-requin, dont le rapprochement avec Segundo n'augure rien de bon, Baba grandit, se fortifie sans renoncer à ses rêves. Avec son ami Chico, dans ce monde de la nuit où les taches de sang les plus obscures se mélangent au besoin effréné de gagner sa liberté, Baba cherchera et attendra son père, de même que l'étoile magique prédite par la naine : cette boule de feu aveuglante qui dévorera d'un seul coup toute l'obscurité et préfigurera une vie heureuse.

«La douceur et l'horreur sont si proches l'une de l'autre, dans cette vie si belle et si sombre...»

Tout simplement magnifique !


  • Les présentations des éditeurs : 18/04/2011

Brusquement tirée de l'orphelinat, une fillette se retrouve dans un quartier populaire agité, au sein d'une famille de saltimbanques, sous la protection de sa grand-mère doña Barbara, une forte femme. Elle va désormais vivre en compagnie d'Amanda, sa tante soumise à un mari égoïste et tyrannique, de Chico, son cousin taciturne et observateur attentif de la vie du quartier, et surtout de la naine Airelai, incarnation de la magie et de l'imagination dans ce contexte difficile et marginal. Tous attendent le retour de Maximo, le père, admiré de tous, symbole de libération.
L'enfant échappe à la cruauté et à la dureté du réel en posant sur lui un regard neuf nourri de fantaisie et de rêve, et en se construisant un monde imaginaire, où tout prend des couleurs et des dimensions hors du commun.
Rosa Montera est non seulement une narratrice qui construit des intrigues solides, mais elle sait aussi les situer dans un monde insolite et foisonnant qui lui appartient en propre. Elle nous parle ici de ce que nous avons en nous sans avoir eu à le conquérir : la sagesse de l'enfance, ce temps de solitude qui est le ferment nécessaire de la liberté.

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle devient journaliste puis chroniqueuse à El Pais. Elle est l'auteur de nombreux romans traduits dans plusieurs langues, parmi lesquels Le Territoire des Barbares, La Folle du logis, La Fille du cannibale (Prix Primavera et best-seller en Espagne), Le Roi transparent et Instructions pour sauver le monde.


  • Les courts extraits de livres : 18/04/2011

Ce que je vais raconter, j'en ai été témoin : la trahison de la Naine, l'assassinat de Segundo, la venue de l'Étoile. Tout s'est passé à une époque reculée de mon enfance dont je ne sais plus maintenant si je m'en souviens ou si je l'invente : car en ce temps-là, pour moi, le ciel ne s'était pas encore détaché de la terre et tout était possible. L'univers venait d'être créé, comme avait pris soin de me l'expliquer dona Barbara : "Quand je suis née, m'avait-elle dit, le monde a commencé." Comme j'étais petite et elle déjà très vieille, cela m'avait semblé un temps très long.
Pour chercher un commencement à mon récit, je dirai que ma vie a débuté dans un voyage en train, la vie dont je me souviens et que je reconnais, et que, de ce qui la précède, je n'ai gardé qu'une poignée d'images décousues et troubles, comme estompées par la poussière du chemin, ou assombries peut-être par le dernier tunnel que la locomotive a traversé avant d'arriver à son arrêt final. De sorte que, pour ma mémoire, je suis née de l'obscurité de ce tunnel, fille du fracas et des cahotements, enfantée par les entrailles de la terre dans un froid après-midi d'avril et une gare énorme et désolée. Et nous entrions en soufflant et en grinçant dans cette gare, alors que les voies de garage se multipliaient de part et d'autre du wagon et se tordaient et bondissaient, se rapprochaient des fenêtres et s'en éloignaient à nouveau dans un brusque sursaut, comme les élastiques tendus de ce jeu de petites filles auquel j'avais probablement joué à cette époque ancienne dont je ne me souvenais plus ni ne voulais me souvenir.
Ils sont tous descendus du train avant moi, poussés par l'anxiété habituelle des voyageurs qui ont l'air de s'enfuir plus que de marcher. Je voyais leurs dos se perdre au bout du quai, les dos des manteaux et des imperméables, des femmes et des hommes qui s'étaient tant intéressés à moi pendant le trajet, qui m'avaient posé des questions, et offert du chocolat et des bonbons, et caressé les joues amicalement, et ces dos affairés s'éloignaient maintenant en traînant leurs valises et me laissaient seule, le train mort et silencieux derrière moi, sous une voûte de fers sombres et de vitres sales, sur un pavé gris qui exhalait une désagréable haleine glacée. Mes jambes, nues entre mes chaussettes blanches et ma jupe à volants, ont grelotté de froid.
Alors une ombre bleue s'est penchée sur ma tête et m'a enveloppée d'un parfum doux et collant.
- Bonjour... C'est toi, n'est-ce pas ?
Je n'ai pas su quoi répondre. Elle sentait la violette.


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