Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Antonin Varenne
Date de saisie : 26/07/2011
Genre : Policiers
Editeur : Viviane Hamy, Paris, France
Collection : Chemins nocturnes
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87858-344-1
GENCOD : 9782878583441
Sorti le : 18/03/2011
Un livre dont on a beaucoup parlé au début de l'été 2011. Je confirme (sans vouloir être présomptueux) que nous avons là, un excellent policier sur fond de guerre d'Algérie.
Extrait : "Le sud au long du voyage s'est dilué dans le couchant, les roches de la Provence ont jauni, rougi, noirci. Les joues se sont décollées des vitres et les regards éteints. Dans les compartiments, des hommes somnolents, vaguement inquiets, se rassurent en regardant les autres, embarqués dans le même périple. La ressemblance les exempte de questionner leur sort.
(...)
Et la peur explose. Souffle coupé, le coeur qui tape des coups déréglés jusque dans son ventre. Il part. Il ne peut plus rien y faire." [p56]
Un flic boxeur, un ancien marin à la retraite, un vieil écrivain algérien : trois personnages qu'apparemment tout oppose vont pourtant s'entrechoquer. Un seul point commun : trois gueules cassées, trois hommes blessés par la vie, meurtris par le temps. Varenne fait d'une quête personnelle, un roman qui cogne, qui percute.
Un roman-uppercut.
«Le vieux approchait. Le Mur accéléra pour le croiser à la hauteur du parking souterrain. Tape pas trop fort George, va pas le tuer, l'ancêtre, reste calme. Bendjema s'arrêta et se redressa. Qu'est-ce qu'il fout, bordel ? s'inquiéta le boxeur en ralentissant.
C'était un sac d'os. Autour des yeux, au-dessus des pommettes hautes, des rhizomes de rides profondes.
Les lèvres de l'Arabe tremblèrent :
- Qui vous envoie, monsieur ?
Crozat était pétrifié. Une fatigue centenaire embrumait le regard du vieux.
- Vous ne savez pas ? Si vous voulez, je peux vous expliquer. Depuis le tabassage d'Alain Dulac, je savais que je serais le suivant.
- Vous avez une arme dans votre poche ?
- J'ai bien plus que cela, monsieur, j'ai une guerre.»
Un voyage âpre dans le temps : 1957-2009. Dans les mois qui précédèrent sa mort, le père s'était décidé à dire son «refus» de partir pour l'Algérie, et la sanction qui s'ensuivit : l'affectation dans un DOP, un de ces lieux destinés à la «recherche du renseignement par la torture».
Le talent d'Antonin Varenne a fait le reste. Un exercice sur le fil de l'émotion et du besoin d'exorciser.
Le Mur, le Kabyle et le marin... Un combat contre l'oubli. 2009. Sur un ring, un boxeur observe sans complaisance l'adversaire qu'il va affronter, un gamin de vingt ans...
Faisant fi du manichéisme, le roman bouleverse par la justesse du plus humble de ses personnages, comme par son intuition des rêves d'une génération saccagée.
Fakirs, d'Antonin Varenne, paru en 2009. a obtenu le Prix Michel Lebrun, le Prix Sang d'encre et le Prix des lecteurs de la collection Points 2010.
Déjà remarqué avec Fakirs (Points), qui lui a valu plusieurs prix littéraires, Antonin Varenne frappe encore plus fort avec Le Mur, le Kabyle et le Marin...
L'habile romancier a peaufiné un texte noir d'une incroyable force où il s'interroge en creux sur la difficulté d'être un homme libre. Sur le rapport des êtres à la violence - celle qu'on ne choisit pas et celle que l'on s'impose. Porté par l'écriture d'un vrai styliste également capable de distiller le suspense, Le Mur, le Kabyle et le Marin pointe parfaitement du doigt ces moments d'une vie que l'on ne peut jamais oublier. Une belle réussite. Et la confirmation d'un écrivain de tout premier plan.
Antonin Varenne décrit le trio dans sa rudesse et ses ambiguïtés, tissant un polar hybride, sinueux, tendu par un style sec. La veine était quelque peu risquée, d'autant que le romancier explique, en postface, s'être inspiré largement du "triste trésor de mémoire rognée" confié par son père juste avant sa mort.
Avril 2008
Des jours que j'ai ce mec en face de moi.
Cette salle, elle était différente, mais je la connais. Pas la première fois que je combats ici. Quatrième round.
Le ring est dur. Les vieux bourrins préfèrent les terrains lourds.
Kravine a dopé son mec. Deux reprises et je le cueille.
Des bras, le salaud. Des bras mais pas de ventre. J'vais rentrer dedans. La dope va le lâcher. Il lui restera ses vingt ans. Qu'est-ce qu'on sait à vingt ans ?
Concentre-toi.
Une belle gueule, ce Noir. Des ressorts à la place des mollets, des épaules de tueur et une belle allonge. Un match de merde, ouais.
Trop de rebond. Quatre-vingt-onze kilos. L'avantage est pour lui sur ce futon. Vingt ans de moins. Quarante balais, George.
Bougerai pas avant qu'il soit naze. Fait pour encaisser. George, il encaisse comme un mur. Le Mur. C'est comme ça qu'on m'appelle. Ou George le Flic. J'aime pas qu'on m'appelle comme ça.
Concentre-toi.
J'me fatigue moins à prendre les coups qu'à les éviter. Combien de temps encore tu vas encaisser ? Faudra bien que les comptes s'équilibrent. Pense pas à ça ! Boxe.
Il essaie de placer son pied gauche, me tourner par l'extérieur. J'ai pas d'extérieur. Quatre murs. Des crochets de première. Il vient d'une île, me souviens pas laquelle. Une machine à tuer. Il me regarde dans les yeux.
Kravine a choisi la salle.
Paolo s'est arrangé avec lui. «Un combat pour toi, George.» Match de merde.
Encore une réputation. Kravine veut que son nouveau se fasse les dents dessus. Tout le monde dit que je suis fini. Kravine se méfie quand même. La dope, le ring, la salle pleine de mecs qui sont pas venus pour moi. Changement d'affiche à la dernière minute. Un vieux truc. J'ai pas de public.
J'en ai jamais eu.
Un combat de merde pour toi, George.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia