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.. Recherche précarisée, recherche atomisée : production et transmission des savoirs à l'heure de la précarisation

Couverture du livre Recherche précarisée, recherche atomisée : production et transmission des savoirs à l'heure de la précarisation

Auteur : Collectif

Date de saisie : 27/06/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Raisons d'agir éditions, Paris, France

Collection : Raisons d'agir

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-912107-59-6

GENCOD : 9782912107596

Sorti le : 14/04/2011

  • Les présentations des éditeurs : 27/06/2011

Invisibles et vulnérables, les précaires sont (re)devenus les chevilles ouvrières de l'enseignement supérieur et de la recherche. Les années 2000 ont vu leur nombre exploser : ils représentent désormais un quart des personnels et la tendance se poursuit. Une enquête nationale lancée au cours de l'hiver 2010 par le collectif des auteurs de ce livre a mis au jour leurs conditions de travail et de vie. Comme dans d'autres mondes professionnels, la faiblesse des rémunérations et le manque de reconnaissance exacerbent les rapports hiérarchiques, brisent les individus et dégradent la qualité du travail. Les contrats courts entravent l'acquisition de compétences et contrarient une condition fondamentale de l'activité scientifique : disposer de suffisamment de temps pour faire des découvertes sérieuses.
La précarisation des personnels des universités et des organismes de recherche disqualifie le secteur tout entier, portant atteinte à la production des connaissances et mettant en péril la transmission des savoirs à des millions d'étudiants.


  • Les courts extraits de livres : 27/06/2011

Extrait de l'introduction

Selon une idée fort répandue, l'emploi précaire ne concernerait que les jeunes et le secteur privé. Il constituerait une variable d'ajustement minoritaire et temporaire, utilisée par les entreprises pour adapter leur main-d'oeuvre aux à-coups de la production, et un dispositif d'insertion progressive pour accéder à un emploi stable.
La réalité est tout autre. La précarité, de plus en plus massive dans le privé, touche désormais le secteur public, tous les âges et tous les niveaux de diplôme : là aussi les contrats pérennes se font de plus en plus rares, pour laisser place aux CDD dont le nombre s'est considérablement accru (plus d'un million de personnes concernées dans la fonction publique en 2010) et d'autres formes d'emploi encore moins protégées jamais recensées par l'État - telles que les vacations payées à l'heure, qui ne donnent lieu à aucune indemnité de chômage ni aux congés payés. Dans le public comme ailleurs, les personnes sont de plus en plus souvent recrutées pour quelques heures ou quelques mois, ballottées d'un lieu à l'autre sans jamais pouvoir faire partie d'une réelle équipe de travail ni s'investir dans un projet sur le long terme, en quête perpétuelle d'un nouveau contrat, dans l'impossibilité de se projeter dans l'avenir, repartant de zéro à chaque nouvelle embauche et doutant toujours de leur valeur.
Il ne s'agit pas là d'un état provisoire pour les individus, mais très souvent de la seule forme d'emploi qu'ils connaîtront jamais. Parce que l'emploi précaire n'est plus seulement utilisé pour des missions ponctuelles ni pour parfaire la formation professionnelle : l'État comme les entreprises y ont désormais recours pour la réalisation d'activités sur le long terme, substituant progressivement les CDD et d'autres formes d'emploi encore plus fragiles aux CDI dans le privé et aux postes de titulaires dans le public. L'emploi précaire est en passe d'être la nouvelle norme d'emploi, partout.
Ce phénomène n'est pas un accident de l'histoire et n'est pas destiné à se résorber magiquement : c'est le résultat d'une politique qui voit dans la normalisation de la précarité une aubaine. La main-d'oeuvre précaire a tout pour plaire à ses employeurs : moins chère, réduite à une plus grande docilité, individualisée, toujours de passage au point de ne pas avoir le temps de se trouver des allié-e-s. L'État lui-même, et malgré ses missions de service public, n'hésite pas à la recruter de plus en plus couramment.
C'est pourquoi, dans la recherche et l'enseignement supérieur, comme ailleurs, le nombre d'emplois précaires a explosé ces dernières années. On pourrait croire que l'Université et des organismes de recherche aussi établis que le CNRS ou l'Inserm n'abriteraient que des profes-seur-e-s et des chercheur-e-s bien au chaud dans leurs bureaux et leurs amphithéâtres. Il n'en est rien... Non seulement il fait de moins en moins chaud dans les bureaux, ces derniers sont de plus en plus rares, les amphithéâtres sont de plus en plus surpeuplés, le secteur regroupe une multitude d'autres métiers dont certains sont encore plus mal traités (on pense aux métiers techniques, d'administration, d'entretien)..., mais on constate que nombre d'enseignant-e-s donnent des cours gratuitement ou sont rémunéré-e-s avec des mois de délai, que des colloques internationaux sont organisés par des vacataires payé-e-s à la tâche, que des secrétaires enchaînent depuis dix ans des contrats de dix mois par an en toute illégalité... Les postes de titulaires sont de plus en plus rares, et, comme par hasard, les offres de CDD émanant de l'État ne cessent de se multiplier, preuve que la précarisation est bien une tendance organisée pour durer.


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