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Auteur : Nicole Krauss
Traducteur : Paule Guivarch
Date de saisie : 10/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782879297521
GENCOD : 9782879297521
Sorti le : 25/04/2011
N'ayez crainte et commencez le voyage... Allez l'esprit clair à la rencontre de quatre personnages en lieu et époque différents.
Le fil conducteur est un bureau, un bureau immense et magnifique qui aurait peut-être appartenu à Garcia Lorca. Ce meuble est important d'une certaine manière pour chacun des personnages. On le retrouve chez Nadia à New-York, chez Arthur et Lotte à Londres, puis avec Isabel à Oxford, pour finir à sa recherche en Israël.
Les personnages sont tous à la recherche d'une personne disparue ou non, en quête de compréhension de l'autre....
Le roman est sans doute exigeant. Il n'est pas un long fleuve, les méandres du labyrinthe nous enrichissent.
Nicole Krauss est une jeune "écrivaine" pleine de talents et riche d'une écriture puissante.
Un livre dont vous ne pourrez sortir indemne.
Que reste-t-il quand on a tout perdu ?
Nadia vit à New York. Son mari l'a quittée, son appartement est presque vide, les livres qu'elle écrit se vendent peu. À Londres, Arthur affronte la maladie de sa femme, Lotte. Il découvre qu'elle lui a caché une partie de son passé. Isabel, une américaine venue étudier à Oxford, rencontre un antiquaire qui mène une traque incessante pour retrouver les biens juifs confisqués par les Nazis.
Au même moment, à Jérusalem, Aaron tente de se rapprocher de son fils, Dov, et lui adresse une lettre bouleversante. Exilés de leur propre vie, tous sont liés sans le savoir par un objet mystérieux, un bureau comportant dix-neuf tiroirs qui aurait appartenu à Federico Garcia Lorca.
Ce livre où les récits s'entremêlent célèbre le pouvoir de l'écriture. Malgré les ombres de l'Histoire, une force subsiste, poussant chacun vers la vie, la rédemption.
Nicole Krauss a connu un succès international avec L'Histoire de l'amour (Gallimard, 2006), son premier livre publié en français. Dans La Grande Maison, elle fait preuve d'un souffle romanesque qui la place au tout premier rang des écrivains de sa génération.
Des hommes et des femmes. On peut les lier ou les délier. Ils ont chacun leur propre voix pour raconter la même histoire. Ils ne se battent pas, ils se débattent. Ils ont affaire non au plein mais au vide. Des objets (un immense bureau ayant prétendument appartenu à Federico Garcia Lorca), des tragédies (ils sont enfants de l'Holocauste), des passions (la littérature et l'écriture), des figures (un poète chilien victime de la dictature), des lieux (New York, Londres, Oxford, Jérusalem) les traversent de part en part. Et au centre, comme une marmite d'eau bouillante, les liens familiaux. Des parents font souffrir leurs enfants, des enfants font souffrir leurs parents. Nicole Krauss revient, après le succès mondial de L'Histoire de l'amour (Gallimard, 2006), avec La Grande Maison. La romancière américaine, mariée à l'écrivain Jonathan Safran Foer, y entremêle quatre récits où l'on cherche et recherche. La Grande Maison est un roman somptueux et subtil parce que fait de destins et de détails.
Cette année-là sortait L'Histoire de l'amour (Gallimard), son premier livre en français qui aurait pu s'appeler L'Histoire de la perte, tant chaque personnage y était en quête de quelque chose. Et tant le roman était bâti sur des vides, des manques, des disparitions, des trous d'air...
La Grande Maison est, elle aussi, un labyrinthe. Bâtie sur les plans d'un architecte un peu fou, elle abrite une multitude de pièces, de portes, de recoins ténébreux. Mais les issues, souvent, ouvrent sur le vide, les corridors mènent à des trous béants ou à des cachettes cadenassées. C'est que cette Grande Maison est la métaphore de la Mémoire...
Nombre de ses personnages sont inoubliables. Justement parce qu'ils excellent dans l'art de la fugue. Ils rêvent, ils feignent, ils mentent, ils s'échappent, ils nous échappent... Accepter de les suivre, c'est finir par goûter le fait de ne pas savoir. Et savourer un plaisir nouveau, presque grisant, l'ivresse de l'incertitude.
S'agit-il de Nicole Krauss elle-même ? Auteur de la très remarquée Histoire de l'amour (2006, Gallimard), qui voyageait déjà par New York, le Chili, et la Shoah, cette jeune romancière américaine (née en 1974) n'en est qu'à son troisième roman et pourtant, on la sent au sommet de la maturité, souple et sensible, osant croiser les destins sans artifices, agençant les pièces sans chercher à ce qu'elles s'emboîtent, s'attardant sur les dérapages, les accrocs, les échecs. Entre Mikhaïl Boulgakov et Paul Auster, à la fois sinueuse et précipitée comme les chemins de l'inconscient, Nicole Krauss crée un ondoyant suspense de l'intime, louvoie dans les impasses fantomatiques des êtres qui font corps avec leur environnement.
L'audience est ouverte
Parlez-lui.
Pendant l'hiver 1972, Votre Honneur, R et moi nous sommes quittés, ou, devrais-je dire, R m'a quittée. Ses raisons étaient vagues, mais la vérité, c'est qu'il avait un moi secret, un moi lâche, méprisable, qu'il n'avait jamais pu me montrer, et qu'il avait besoin de s'en aller comme une bête malade, en attendant de pouvoir améliorer ce moi et l'amener à un niveau qu'il jugerait digne de la compagnie des autres. J'avais discuté avec lui - j'étais sa petite amie depuis presque deux ans, ses secrets étaient les miens et s'il y avait quelque chose de lâche ou de cruel en lui, j'étais la mieux placée pour le savoir - mais rien n'y avait fait. Trois semaines après son départ, je reçus de lui une carte postale (sans son adresse) disant que, pour lui, notre décision, comme il l'appelait, aussi dure fut-elle, était la bonne, et je dus reconnaître que notre relation était bel et bien terminée.
Pendant un moment, les choses allèrent mal avant d'aller mieux. Sans entrer dans les détails, je dirais que je ne sortais plus, même pour rendre visite à ma grand-mère, et que je ne laissais personne venir me voir. Bizarrement, seul le temps très pluvieux m'aidait, je courais dans tout l'appartement avec le curieux petit tourne-à-gauche en cuivre conçu pour resserrer les écrous des antiques châssis de fenêtres ; lorsqu'ils prenaient du jeu, les jours de grand vent, celles-ci grinçaient horriblement. Il y avait six fenêtres, et à peine avais-je fini de resserrer les écrous de l'une qu'une autre se mettait à hurler, j'accourais alors avec le tourne-à-gauche, puis j'avais peut-être une demi-heure de silence, sur la seule chaise qui restait dans l'appartement. Pendant une certaine période, du moins, il me sembla que le monde n'était plus que cette pluie incessante et la nécessité de maintenir les écrous serrés. Quand le temps se leva enfin, je sortis me promener. Tout était inondé et une impression de calme émanait de cette eau immobile et miroitante. Je marchai longtemps, six ou sept heures au moins, dans des quartiers oh je n'étais jamais allée auparavant et où je ne suis jamais retournée depuis. Je rentrai épuisée, mais avec le sentiment que je m'étais purgée de quelque chose.
Elle a nettoyé le sang que j'avais sur les mains et m'a donné un tee-shirt propre, le sien peut-être. Elle pensait que j'étais votre petite amie ou même, qui sait, votre femme. Personne n'est encore venu vous voir. Je resterai près de vous. Parlez-lui.
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