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.. L'inoubliable

Couverture du livre L'inoubliable

Auteur : Eduardo Berti

Traducteur : Jean-Marie Saint-Lu

Date de saisie : 15/06/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782742797677

GENCOD : 9782742797677

Sorti le : 02/05/2011

Ce livre est un recueil de douze nouvelles dans la grande tradition du réalisme magique (Borgès, Fuentes, Bioy Casarès...) ce genre de nouvelles où on ne sait pas si on est encore dans le réel, déjà dans le rêve ou l'imaginaire. On sent qu'il y a un truc qui cloche, que l'auteur nous mène en bateau, mais il faut être franc : qu'est-ce que c'est bon ! Les nouvelles sont très variées mais elles ont pour thème commun le mensonge ou plutôt la déformation de la vérité... Un homme offre des boucles d'oreilles en toc à sa femme pour leur premier anniversaire de mariage et est rongé de remord pendant quinze ans, la peur qu'elle découvre la vérité. Une dame achète une copie de tableau dans une vente aux enchères. En rentrant une pluie diluvienne efface la tableau. En rentrant chez elle on lui apprend qu'il y a eu méprise et que c'est l'original qu'on lui a donné. Un chef d'orchestre est atteint d'une maladie étrange, sorte d'amnésie qui lui fait oublier tous les morceaux qu'il a crée ou joué. Le jour il retrouve la mémoire c'est un autre chef qui devient atteint... Bref, elles sont toutes dans cette veine : bizarres, étranges, sans qu'on puisse dire vraiment en quoi elles le sont. Un régal !


  • Les présentations des éditeurs : 16/06/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Un homme, qui porte en son corps une multitude d'éclats d'obus tombés en 1916, explose en pleine nuit quelque cinquante ans plus tard. Un adolescent, affligé d'un abominable nez qu'il pense être le sceau d'un lignage, se découvre l'instrument d'une terrible vengeance familiale. Une lectrice compulsive de quotidiens tient le journal de ses lectures exhaustives, et, pour elle, ce qui ne figure pas sur le papier échappe à toute réalité...
C'est l'inquiétant amalgame entre l'expérience sensible et l'extravagance fantastique qui maille ces douze nouvelles, superbes de concision et de subtilité, où toujours surgit l'élément perturbateur, repoussant les frontières de la logique jusqu'aux lisières de l'absurde.
L'héritage des maîtres argentins est manifeste dans ce jeu constant entre fiction et rationalité. Mais alors que ses prédécesseurs privilégiaient le subterfuge de l'érudition, Eduardo Berti ancre ses récits dans une culture plus prosaïque et crée une osmose envoûtante entre deux univers étrangement perméables.

Eduardo Berti est né à Buenos Aires en 1964 et vit à Madrid. Traducteur, critique littéraire et éditeur, il a publié Le Désordre électrique (Grasset, 1999), Madame Wakefield (Grasset, 2001 ; Babel n° 789), et chez Actes Sud : La Vie impossible (2003), Tous les Funes (2005). Rétrospective de Bernabé Lofeudo (2007) et L'Ombre du boxeur (2009).



  • La revue de presse Bernard Quiriny - le Magazine Littéraire, juin 2011

Parmi tous les écrivains argentins d'aujourd'hui, Eduardo Berti est sans doute l'héritier le plus fidèle de la tradition du fantastique et du texte bref issue des Borges, Bioy Casares et Cortázar...
Difficile de résister au charme de ces inventions brèves où l'auteur montre qu'il est possible de perpétuer la tradition ou, ce qui revient au même, que celle-ci est inépuisable, en tout cas quand celui qui s'en empare est, comme ici, digne des grands maîtres.


  • Les courts extraits de livres : 14/05/2011

ÉCLATS D'ATAMISKY

Deux bateaux attendaient à quai, les noires silhouettes de leurs coques tremblant dans l'eau. L'un devait orienter sa proue en direction de New York ; l'autre vers l'Amérique du Sud. Par tirage au sort effectué sur le quai même, grand-père Ernesto, qui à cette époque n'avait rien d'un grand-père, se retrouva sur le second ; après avoir projeté de débarquer à Rio de Janeiro, il changea d'idée à bord et continua jusqu'à Buenos Aires. Voilà les hasards qui fondèrent notre famille, ajoutés aux hasards de mes trois autres grands-parents, mais aucun comme Ernesto qui, rien que dans ses dernières années, et j'en fus témoin, travailla comme jardinier et ouvrier de filature, comme commissaire-priseur et veilleur de nuit. Je doute qu'un autre homme ait jamais exercé autant de professions.
Bien qu'il fût parti du port de Bordeaux, l'Argyle naviguait sous pavillon britannique et appartenait à la compagnie écossaise de Thomas Law. Il s'agissait en fait d'un navire marchand de douze mille tonneaux, où pouvaient aussi tenir quatre cents passagers, dont deux cents en première classe. Le capitaine de l'Argyle, au nom imprononçable pour la bouche de mon grand-père, portait un bonnet bleu enfoncé jusqu'aux sourcils et se promenait souvent sur le gaillard d'avant avec le second maître. Le capitaine et le second maître étaient des hommes bizarres qui parlaient deux langues à la fois, en les mélangeant de façon presque égale. De l'anglais, ils ne prononçaient que les mots qu'ils taisaient en français, et inversement. C'était comme s'ils s'étaient épargné l'ennui d'apprendre entièrement deux langues ; malgré tout, ils déployaient dans leurs conversations un vocabulaire si succinct qu'ils semblaient avoir réservé des mots jamais dits pour d'autres langues encore inconnues.
Excepté en longeant le golfe de Gascogne, où un vent féroce avait secoué sans ménagement la coque de l'Argyle, la traversée se déroula sans encombre. Passé les premiers jours de mal de haute mer, grand-père Ernesto tomba, dans la coursive qui reliait les cabines, sur un Polonais du nom d'Atamisky. Ils ne devinrent pas tout de suite amis. Ils constatèrent d'abord qu'ils balbutiaient tous deux un soupçon de français. Sur le bateau voyageaient plusieurs Anglais, Italiens et Français, mais très peu parlaient espagnol. Le Polonais se réjouit de faire la connaissance de grand-père, et lui demanda de lui apprendre quelques mots de sa langue. Grand-père Ernesto ne sut refuser. Il allégua qu'il parlait beaucoup mieux le galicien que le castillan et que, pour cette raison, il préférait le Brésil comme destination. Il dit que le portugais lui semblait un galicien raffiné. Mais Atamisky ignora ses excuses.


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