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.. Les oliviers du Négus

Couverture du livre Les oliviers du Négus

Auteur : Laurent Gaudé

Date de saisie : 06/07/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada

Collection : Domaine français

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782742797745

GENCOD : 9782742797745

Sorti le : 04/05/2011

Quatre destins d'hommes magnifiquement interprétés par Laurent Gaudé. Pas vraiment des romans mais plus tout-à-fait des nouvelles : des textes courts mais il y a des chapitres. Le premier raconte la vie d'un homme, entre les sables d'Afrique et les coteaux pierreux plantés d'oliviers.
Le second évoque l'exil, les machinations, la brume et les défaites. Le troisième montre le visage de la terre, peu à peu détruit par l'humanité. Le dernier c'est l'histoire d'une amitié et d'engagement.

L'écriture parvient à rappeler celle de D.H. Lawrence ou Henry Miller dans leurs errances méditerranéennes. Beau et inspiré.


  • Les présentations des éditeurs : 13/05/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Un vieil homme croit entendre chevaucher Frédéric II dans le royaume des Enfers. Un centurion marche vers une Rome gangrenée dont il devance l'agonie. Un soldat des tranchées fuit le "golem" que la terre a façonné pour punir les hommes. Un juge anti-mafia tient le compte" à rebours de sa propre exécution...
Dans la proximité de la guerre ou de la mort surgissent ces quatre récits où les héros - certes vaincus, mais non déchus - prononcent d'ultimes paroles. Ils veulent témoigner, transmettre, ou sceller des adieux. Minuscules fantassins de la légende des siècles, ils affrontent une Histoire lancée dans sa course aveugle. Et ils profèrent la loi tragique - celle de la finitude -qui, au-delà de toute conviction, donne force et vérité à leur message. D'où la dimension orale de ces textes qui revisitent la scène de l'oeuvre romanesque et, de Cris à La Porte des Enfers, réorchestrent des thèmes chers à Laurent Gaudé, auxquels la forme brève donne une singulière puissance.

Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a reçu en 2004 le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta. Son oeuvre, traduite dans le monde entier, est publiée par Actes Sud.



  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 6 juillet 2011

Les quatre nouvelles de Laurent Gaudé ne surprendront pas les admirateurs de cet écrivain sobre, efficace, précis dans le récit et dont on sent, à chaque phrase, qu'il se retient au bord de sa sensibilité, dont il se méfie...
Respect du lecteur ? Respect des personnages ? Méfiance par rapport à soi-même ? Lui seul pourrait le dire. Après tout, qu'importe la réponse. Avec les livres de Laurent Gaudé, on est toujours plongé dans un réel dont les rapports avec l'inconnaissable et le tragique sont constants. Ces «nouvelles» sont quatre petites merveilles posées, comme des cailloux, au bord des chemins de l'histoire.


  • La revue de presse Karine Papillaud - Le Point du 23 juin 2011

Quatre nouvelles et autant de gifles magnifiques qui placent l'homme au coeur du monde, comme un travelling arrière dans les lieux des romans de Gaudé : Palerme, la Sicile, Rome...
Livre après livre, la réflexion de Laurent Gaudé sur l'humain, sa grandeur et sa misère intriquées, se radicalise dans une métaphysique muette et bouleversante. Chaque texte est tendu entre deux forces : la guerre, latente, comme une menace ou une fatalité vécue, et la terre, vivante, métaphore organique de l'homme et ses racines.


  • La revue de presse Nils C. Ahl - Le Monde du 12 mai 2011

La terre est ouverte et retournée, l'atmosphère suspendue, le lecteur s'y laisse prendre. On ne lui en fera pas le reproche. Funèbre forcément, empesé mais à raison, l'ensemble est convaincant.


  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 5 mai 2011

Laurent Gaudé nous offre quatre nouvelles dévorées par la passion des livres. Dans ces récits, le narrateur s'avance sous l'apparence d'un savant très érudit, versé dans la science historique et pour qui la terre est le réceptacle d'une profonde mémoire de la nature et des hommes...
L'art de Laurent Gaudé part toujours de faits historiques pour y tresser des fictions de haute tenue qui toutes donnent à penser sur l'homme.


  • Les courts extraits de livres : 13/05/2011

A cet instant précis, je pense au tombeau vide de Frédéric II, ce grand catafalque de marbre polychrome qui trône dans la cathédrale de Palerme, porté par quatre tigres, et qui, sans que personne ne le sache, ne contient, depuis des siècles, que du vent et un fond de poussière. Je suis sur la via Partenope, à Naples, j'ai devant moi le spectacle étincelant de la baie, mon téléphone a sonné, je me suis immobilisé et la voix d'Elena m'a tout de suite frappé par sa tristesse. "Le Négus est mort", a-t-elle dit. Je n'ai rien répondu. La baie est toujours là, les barques vont et viennent, sortant doucement du port de Santa Lucia et les enfants, infatigables, jouent comme des loutres. Mais en une seconde, la beauté s'est envolée, ou plutôt, je m'en suis éloigné et ne la ressens plus. Pendant toute la marche qui me mène à l'hôtel, je pense au tombeau vide de Frédéric II. Je suis triste à mon tour, de cette même tristesse que j'ai perçue dans la voix d'Elena. Je n'ai dit qu'un mot, celui qu'impose l'annonce de toute disparition, j'ai dit simplement "j'arrive". La mort convoque. C'est ainsi. Elle nous écarte pour un temps du rythme du monde et nous met en arrêt. Je veux être là-bas, avec ceux qui me sont chers. Je veux me pencher sur le vide que laisse la mort comme on le fait en haut d'une cascade, les oreilles bourdonnant du fracas des eaux, essayant en vain d'apercevoir l'abîme, plein d'un respect peureux face à la beauté des choses et leur caractère immuable. Je veux être à Peschici, sur ces terres qu'il a tant aimées et qui l'ont, elles, tant humilié. Si la terre peut cracher, elle le fit sur cet homme qui n'aimait rien tant que le silence des champs d'oliviers. Le Négus est mort. Je repense à son visage strié de rides, à sa voix rauque de fumeur de tabac, à ses yeux bleus qui illuminaient son visage lorsqu'il riait ou qui lui donnaient un air d'oiseau de proie quand il serrait les mâchoires. Je repense à ce vieil homme de quatre-vingt-douze ans qui vient de mourir et je me hâte comme si, en me pressant, je pouvais espérer arriver au village à temps pour sentir encore quelque chose de lui, un parfum, un souvenir, avant que tout ce qu'il a été ne s'évanouisse définitivement, dans la chaleur hébétée du mois d'août.


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