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Auteur : Bernard Barraqué | Pierre-Alain Roche
Date de saisie : 22/06/2011
Genre : Environnement
Editeur : Hermann, Paris, France
Prix : 36.00 € / 236.14 F
ISBN : 978-2-7056-8050-3
GENCOD : 9782705680503
Sorti le : 21/01/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Bernard Barraqué, urbaniste, directeur de recherches au CNRS, et spécialisé dans l'étude des politiques de l'eau en Europe
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'eau c'est la vie disent les altermondialistes, donc il faut s'intéresser aussi à tous ses aspects culturels et historiques, pour enrichir notre approche scientifique du sens polysémique de l'eau.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La citation que fait Manuel Perianez, l'un des auteurs, de J.-J. Rousseau :
"Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Aujourd'hui j'hésite entre Shéhérazade de Rimsky Korsakov, et l'adagio assai du concerto en sol majeur de Maurice Ravel.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ma connaissance que l'eau est un bien public impur, illustrée par les pratiques séculaires et les conflits qui ont jalonné l'histoire.
1) Qui êtes-vous ? !
Ingénieur, professeur d'hydrologie et de gestion des ressources en eau, président de l'Association Scientifique et Technique pour l'Eau et l'Environnement, ancien directeur général de l'agence de l'eau Seine-Normandie, ancien gouverneur du Conseil mondial de l'eau.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Réunir des regards pluridisciplinaires sur les enjeux de l'eau dans le Monde. Une gestion moderne et efficace de l'eau repose sur la co-construction locale de «cultures de l'eau», se nourrissant des innovations et d'une compréhension collective du rôle essentiel joué par l'eau dans chaque système social et culturel.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Les problèmes d'eau sont trop sérieux pour être laissés aux seuls ingénieurs, trop lourds pour être laissés aux seuls acteurs de l'eau, et sans doute trop urgents pour être laissés aux seuls poètes.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La musique de la source «jasarde» de la «trépillante» fontaine Bellerie célébrée par Pierre de Ronsard.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La passion de trouver ensemble des réponses adaptées aux enjeux de la gestion des ressources en eau qui sont parmi les plus cruciaux de notre avenir commun.
60 illustrations en quadrichromie
Tendue entre partage et rivalité, échelle mondiale et locale, gestion privée et publique, l'eau joue un rôle social et politique central. En explorer les ressorts suppose d'interroger cultures, mythes, rites et pratiques fondatrices de notre «vivre ensemble». Alors que les questions d'eau deviennent un enjeu planétaire, il ne s'agit ni de les réduire à leurs seules dimensions techniques ni d'en faire de purs objets de curiosité esthétique ou intellectuelle.
Les rapports des hommes avec l'eau sont ambivalents. Une ambivalence que cet ouvrage nous invite à mieux comprendre. Au coeur et dans la diversité de nos civilisations, mille et une façons de conjurer les peurs et d'attirer les bienfaits ont été inventées. La dimension symbolique de l'eau est instrumentalisée tout autant qu'elle imprime représentations collectives et actes quotidiens.
Face à une réalité aussi complexe, des regards croisés sont indispensables : philosophique, psychanalytique, religieux, anthropologique, artistique, géographique, paysager, urbanistique, sociologique, géopolitique, économique... humain finalement. Et le bain dans la fontaine de Trévi d'Anita Ekberg («la Dolce Vita», Federico Fellini) révèle bien autre chose que sa seule anatomie avantageuse...
Face à une telle diversité, deux territoires de prédilection ont permis d'approfondir un peu plus le débat : Chine, continent de toutes les audaces hydrauliques, et Japon, archipel de l'omniprésence culturelle de l'eau. Bien d'autres contrées ont été explorées : Iran, pays Dogon, désert saharien, Altiplano sud-américain, Mer d'Aral, Monde méditerranéen. Eaux reléguées sous la ville, eaux des jardins, eaux des campagnes, eaux des poissons..., toutes ont été convoquées.
Traiter autrement des enjeux de l'eau, pour en approcher l'essentiel, dans une approche aussi sérieuse que ludique, aussi historique que prospective, aussi sensible que rationnelle : telle est la folle prétention de cet ouvrage issu des travaux d'un colloque tenu, en juin 2009, à Cerisy, et qui regroupe une trentaine de communications émanant d'experts et de responsables de plusieurs pays.
Extrait de l'introduction de Pierre-Alain Roche
Nous avions choisi d'introduire ce colloque de façon essentiellement sensorielle, difficile à restituer par la forme écrite. Un concert inaugural sur le thème de l'eau, une séance de cinéma, une exposition de photos dont certaines sont reprises comme illustrations de cet ouvrage, étaient indispensable à ce partage. Pourquoi ce choix ? Les débats qui vont suivre sont essentiellement des constructions intellectuelles, mais ils traitent de sujets dans lesquels notre perception physique est essentielle et pourtant toujours négligée. L'eau n'existe pour nous que dans la mesure où elle nous mouille, nous lave, nous baigne, nous nourrit, et que nous la buvons, nous la pissons, nous nous y noyons - ou au contraire que nous mourons de soif. Chacun d'ailleurs, au détour d'une phrase, n'hésitera pas à faire appel à telle expérience personnelle, souvent un souvenir d'enfance, ou à telle image, pour mieux faire partager l'idée qu'il développera en termes savants.
C'est cette expérience intime vécue par chacun et par tous ensemble qui va donner à ces débats leur originalité. Elle qui, depuis le premier bain amniotique, mais surtout le premier bain tout court, est par essence culturelle, en quoi présente-t-elle des ingrédients universels, en quoi est-elle reflet de notre diversité culturelle, comment se partage-t-elle ? Son interprétation est-elle vecteur de compréhension de nos actes de gestion de l'eau ?
Des vers divers
Un petit pêle-mêle pour donner l'état d'esprit de nos travaux.
Eros
Les lavandières rincent mes sueurs
Et battent l'eau comme un jeu de tarot...
Tu es l'eau détournée de ses abîmes...
L'eau de ta source jasarde qui trépillante se suit...
Laisse-moi croire qu'un fleuve est né de tes reins...
Et que sans fin je me baigne nue
Dans ton regard...
Pathos
Des gouttes larges à noyer l'amertume...
Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville...
Assis au bord du fleuve et du silence...
L'eau vivante à mes pieds traverse aussi ma tête...
Toits qui dégouttent, murs suintants, pavé qui glisse,
Bitume défoncé, ruisseau comblant l'égout,
Voilà ma route - avec le paradis au bout...
Thanatos
Je ne veux pas remonter le fleuve
Jusqu'à mon dernier sanglot...
Jeune vague quelle est ta vérité ?
Vieille vague quel est ton oubli ?
L'eau toujours en instance d'adieu...
Avant, il y a l'eau
Après il y a l'eau
Durant, toujours durant...
Seule chose ici-bas qui sans vieillir se ride...
Et la grande synthèse : Ophélie
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
Eau : nature et culture ?
Le philosophe Ch'eng Hao (1032-1085) nous prévient : «si quelque chose est dit sur la nature, ce n'est déjà plus la nature». Certes l'eau appartient à la nature, au monde sensible, au milieu physique. Molécule extrêmement stable, elle existe et circule avant et après les interventions de l'homme. Mais l'eau est pour nous aussi, et puissamment, objet de culture. Nous choisissons d'ouvrir la question de la gestion de l'eau par cette dimension culturelle bien plus que par son approche scientifique.
Se réinterroger sur les cultures traditionnelles de l'eau nous apportera-t-il la révélation ? Beaucoup semblent l'imaginer. Il convient malheureusement de les prévenir de bien des désillusions. Les problèmes auxquels les pays les plus démunis sont aujourd'hui confrontés, de vrais et puissants problèmes, sont d'une ampleur telle qu'ils ont peu de chance de trouver des réponses dans des pratiques instaurées dans des contextes où les pressions générant les problèmes contemporains étaient inexistantes.
On trouvera de nombreuses et passionnantes permanences qui ne manquent pas d'échos actuellement. Le célèbre et très ancien conte chinois «plusieurs dragons ne s'occupent pas bien des eaux» est ainsi une expression précurseresse de la gestion intégrée des ressources en eau et bien évidemment on trouvera dans bien des civilisations nombre de préceptes sur un usage économe et partagé des ressources. On trouvera aussi pléthore d'avertissements par analogie avec des civilisations mortes de n'avoir pas su gérer leurs eaux, parfois fondées sur des interprétations hasardeuses.
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