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Auteur : Roger Boiziau
Date de saisie : 11/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Geste, La Crèche, France
Collection : Geste poche
Prix : 14.90 € / 97.74 F
ISBN : 9782845617995
GENCOD : 9782845617995
Sorti le : 01/04/2011
Nantes, comme beaucoup d'autres grandes villes, baigna durant la Seconde guerre mondiale dans une atmosphère délétère, qu'entretinrent les délations, les arrestations arbitraires, les assassinats, la disette, la fatigue, les agissements d'hommes sans foi ni loi. Elle connut deux événements dramatiques, qui la marquèrent profondément.
Le 22 octobre 1941, le Feldkommandant de la place Hotz, est abattu par trois «terroristes» communistes : 50 otages sont fusillés en représailles. Les 16 et 23 septembre, 150 bombardiers alliés, venus pour détruire le port et ses installations, ratent leurs objectifs et larguent 1000 bombes sur le coeur de la ville : des milliers de maisons sont détruites, on relève 1 500 morts et 2 500 blessés.
C'est dans un climat lourd et pénible que Régine Dalbret, jeune femme restée seule avec un bébé, après la mobilisation de son mari en septembre 1939, se retrouve face à son destin. Elle croise la route d'un homme dont elle s'apercevra, au RI du temps, qu'il n'est pas tout à fait celui qu'il prétend être.
Pendant ce temps, Pierre Dalbret découvrira dans les camps la brutalité des hommes, l'horreur au quotidien et la force de l'amitié. Quant à Jacques, le fils, il subira la séparation et l'absence d'amour, l'enfermement chez les Soeurs, la peur quand tout s'effondre autour de soi. Il ne fera la connaissance de son père qu'à l'âge de huit ans.
Né à Nantes en 1937. Roger Boiziau intègre très jeune la filière bois. Dans les années d'après-guerre, les familles modestes mettaient assez vite leurs enfants au travail. Il a rapidement grimpé les échelons et est devenu à trente ans le gérant d'une société d'ameublement. Il a énormément lu et écrit toute sa vie et est passionné par l'histoire de sa ville et de ses habitants.
Extrait du prologue
Le 26 mars 1937
Le boulevard Victor-Hugo, bordé de gros platanes, s'étire en ligne droite entre la place de la République et le pont de Pirmil. Pour l'heure, c'est l'unique voie de sortie du centre-ville de Nantes, via le pont Haudaudine, la rue Louis-Blanc, le boulevard Victor-Hugo et le pont de Pirmil, vers le quartier Saint-Jacques et le sud, les routes de Poitiers, de La Rochelle, de Pornic - si l'on fait abstraction des étroites rues de Biesse et de Vertais, qui forment ce qui était communément appelé par les anciens : route des ponts. La municipalité projette de tracer dans un proche avenir un deuxième axe, plus large, plus direct, pour faciliter la circulation certains jours d'affluence, qui relierait le pont de la Madeleine à celui de Pirmil en ligne droite, sur les anciennes îles de la Loire. Le boulevard Victor-Hugo est coupé presque à son début, côté République, par la ligne du chemin de fer qui conduit un peu plus loin dans la gare de l'État. A quelques dizaines de mètres du passage à niveau, au 19, se trouve le Café de la Loire et son porche attenant. On pénètre à l'intérieur par une petite porte qui s'ouvre dans le bois épais d'un des deux grands vantaux marron le fermant. Le porche traverse l'immeuble de part en part et débouche sur une cour grise, poussiéreuse, longée d'un côté par une rangée de petits cagibis, où les locataires rangent leurs vélos et entreposent leur charbon, de l'autre par le haut mur qui la sépare des entrepôts voisins des machines agricoles Massey-Ferguson. Au fond se dresse une vieille bâtisse de quatre étages, dont le crépi s'effrite et laisse apparaître par endroits la pierre et le joint.
«Il est bien tard», se disait le vieux et bedonnant docteur Ouillé, qui venait de franchir l'espace entre les deux immeubles. Des odeurs peu ragoûtantes s'échappaient par la porte entrebâillée de la mère Rabiller, la vieille concierge, que la plupart des locataires avaient toujours connue là. La pauvre vieille tenait encore la loge, malgré ses soixante-dix ans passés, pour élever ses deux petit-fils, dont les parents étaient morts dans un incendie, peu après la naissance du second. Le docteur, boudiné dans sa gabardine, son chapeau de feutre enfoncé sur le crâne, s'attaqua, en poussant d'affreux soupirs, aux marches de pierre roides, qui l'emmèneraient au troisième étage. Le temps se montrait exécrable en ce début de printemps. L'hiver ne faisait pas mine de céder le terrain. L'eau, la neige et le froid sévissaient partout. Le bassin du Rhône subissait des crues dévastatrices, un peu partout des routes étaient coupées, des villages isolés. Une tempête d'équinoxe déferlait sur les côtes atlantiques, saccageant la région de Saint-Nazaire et la Vendée, pratiquant des brèches dans les digues de Noirmoutier. Au meilleur de la journée, le thermomètre grimpait difficilement à 10 degrés.
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