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Auteur : Emmanuelle Heidsieck
Date de saisie : 21/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Léo Scheer, Paris, France
Collection : Laureli
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7561-0299-3
GENCOD : 9782756102993
Sorti le : 09/03/2011
C'est l'été, c'est un sublime mas en Provence comme seuls les riches parisiens peuvent s'en offrir. C'est lui qui s'ennuie à mourir dans cette atmosphère ultra bourgeoise avec les amis ultra bobos de sa nouvelle femme. C'est l'emploi du temps qu'il faut se créer, les nouveaux petits rites quotidiens qu'il faut caler pour circonscrire le vertige du farniente. C'est le gardien homme à tout faire qui, très vite, s'impose comme la seule compagnie respirable, le réceptacle idéal de monologues pommade. C'est une amitié qui s'installe croit-il.
En 177 pages, E. Heidsieck donne un récit à la fois vif et intimiste sur la lutte des classes.
La Provence, pendant les vacances d'été. Elisabeth et François ont invité des amis dans leur agréable maison pour quelques jours. La piscine s'offre aux plongeons à la température idéale, on déjeune interminablement de mets raffinés au chant des cigales, on joue au tennis, fait la sieste, travaille son bronzage. Pourtant, François s'ennuie à périr. Et, progressivement, se met à passer de plus en plus de temps avec le nouveau gardien si serviable, Pierre-Olivier, qui le sort de sa torpeur et le distrait de ses hôtes. Des affinités se dessinent... mais est-ce de l'amitié ? Et si le gardien demandait une augmentation, cela briserait-il leur complicité ?
À travers le récit qui se déroule comme un conte d'hier et de demain, une langue spontanée travaillée au vif de l'émotion, se pose la question des nouvelles classes moyennes. À défaut d'un véritable dialogue amical, illusoire, entre le maître et le gardien, vont se mettre en place les conditions d'un dialogue social du futur, complètement réinventé.
Vacances d'été est le troisième roman d'Emmanuelle Heidsieck après Il risque de pleuvoir (Le Seuil, Fiction & Cie, 2008) et Notre aimable clientèle (Denoël, 2005).
Je me suis remarié le 16 avril 2010.
Il est 23 h 45. La voiture s'engage dans une courte allée et stoppe devant un imposant portail de métal blanc. Son conducteur, les yeux fatigués, coupe le contact. Les essuie-glace s'arrêtent brutalement au milieu du pare-brise qui, instantanément, devient totalement opaque. La pluie est torrentielle en cette soirée de début juillet, d'une violence rare dans cette région du sud de la France. Les gouttes qui s'abattent sur la carrosserie, comme déchaînées, produisent un vacarme d'une puissance inouïe. Il y a du vent aussi. Pas de tonnerre, pour l'instant. François, coincé sur son siège, gêné par la ceinture qu'il s'empresse d'enlever, discerne à peine les ifs et les cyprès qui bordent l'arrière de la maison. Que faire ? Il va bien falloir sortir et décharger. Évidemment, elle a fermé le portail à clé. Courir dans la boue, chercher la bonne clé dans la nuit noire, on ne sait jamais laquelle c'est, réussir à l'ouvrir, pousser les battants, les fixer pour qu'ils ne viennent pas cogner au moment où il va passer, redémarrer, se garer sous l'auvent près de l'entrée, courir refermer le portail, les mocassins dans la boue, il est complètement trempé, c'est une pluie froide qui transperce sa veste, sa chemise. Remonter dans l'auto se réchauffer. Cette obsession de fermer le portail à clé. Autrefois, à Dampierre, on laissait tout ouvert. Si cela ne tenait qu'à moi. Si elle pense que cela va décourager quiconque de la cambrioler. Que faire maintenant ? Attendre que cela se calme. Ah, ce n'est pas comme avant, «Monsieur a fait bon voyage ?», le domestique qui accourt avec un parapluie, qui ouvre la portière, vous aide à descendre, vous protège jusqu'au perron et repart chercher les bagages, sans parapluie, car il faut les deux mains libres, trop d'allers-retours sinon, pendant qu'avec un grand sourire on pénètre dans le hall et qu'on embrasse sa femme qui vous attendait tranquillement, en tenue décontractée. Tiens, mais comment se fait-il que Pierre-Olivier ne soit pas là ? Elle ne l'aurait pas prévenu de mon arrivée. Bon, il faut se décider. Vider le coffre, tant pis, on sera affreusement mouillé, au point où on en est, et l'appeler. Non, vider le coffre, aller se garer dans le parking couvert, ça y est, l'orage se met à gronder, des éclairs, rejoindre la maison, ouf, c'est fait, la nuit est glacée, l'auvent, le téléphone dans la poche, l'appeler.
- Elisabeth, je te réveille ? Je suis là, en bas... oui j'ai fait bon voyage, tu peux descendre m'ouvrir ? Je n'ai pas ma clé de la porte d'entrée. Tu me l'avais empruntée pour Pierre-Olivier. Mais où est-il d'ailleurs ?
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