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Auteur : Antoine Blondin
Date de saisie : 07/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Table ronde, Paris, France
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-7103-6810-6
GENCOD : 9782710368106
Sorti le : 13/05/2011
C'est au Grand Hôtel de Mayenne, à deux pas de l'imprimerie Floch où son livre était composé au jour le jour, qu'Antoine Blondin a écrit L'Humeur vagabonde. C'est du Grand Hôtel de Mayenne et de son gérant qu'Antoine Blondin s'est inspiré pour écrire Un singe en hiver.
D'où l'idée, pour le vingtième anniversaire de sa mort, de réunir ces deux titres en les enrichissant de documents inédits : plans ayant servi à leur élaboration, carnets de notes manuscrites, photos, interviews de l'auteur expliquant la genèse de ses deux romans les plus célèbres...
Dans L'Humeur vagabonde, Benoît Laborie quitte femme et enfants pour tenter fortune à Paris. Rastignac triste, il s'égare dans le cimetière du Père-Lachaise. Quand il retourne au pays, sa mère le prend pour un amant de sa femme et tue l'épouse supposée infidèle. Maintenant Benoît peut revenir à Paris. Parce qu'on flaire sur lui l'odeur du crime, la capitale s'offre à lui. Pas pour longtemps. Un nouveau caprice du tout-Paris, et il est rejeté. Une fable comique et triste, une petite musique aigre-douce au ton inimitable.
Un singe en hiver, lui, a pour cadre un hôtel de la côte normande tenu par Albert Quentin, ancien fusilier marin en Extrême-Orient, et sa femme Suzanne. Le jeune publicitaire Gabriel Fouquet y débarque pour rendre visite à sa fille Marie, pensionnaire dans le village, mais aussi pour oublier l'échec de sa vie sentimentale avec Claire, partie vivre à Madrid. Gabriel et Albert n'ont pas «le vin petit ni la cuite mesquine» : grâce à l'ivresse, ils vont s'offrir, l'un en Espagne et l'autre en Chine, deux glorieuses journées d'évasion.
Fils unique de parents bohèmes, ANTOINE BLONDIN (1922-1991) a connu la notoriété dès la publication de son premier livre, L'Europe buissonnière, couronné en 1949 par le Prix des deux Magots. Se partageant entre le journalisme - il fut le chantre du Tour de France des années 1950 à 1980 - et la littérature, ce voyageur sans bagages a laissé cinq romans, tous publiés aux Editions de la Table Ronde.
Blondin, c'est le marmonnement des taiseux, la douceur des violemment ratés, la poésie de la dèche. Et toujours des éclairs de drôlerie aptes à faire se dérober le tragique. Dans ce cimetière du Père Lachaise, le narrateur, n'ayant pas déniché la sépulture qu'il entendait honorer, se laisse surprendre par la fermeture du lieu et tente de repartir avec son offrande végétale. Un gardien le coince en une réplique géniale : «On n'a jamais vu quelqu'un sortir d'un cimetière avec des fleurs. Il va falloir s'expliquer un peu.» Éclaircissements, que coupe une autre sentinelle des Ténèbres : «C'est facile, n'importe qui peut connaître un mort.» Tout est là. Et d'abord l'impossibilité d'en sortir. Les éditions de La Table ronde proposent, sous forme d'album, des documents relatifs à deux romans, ainsi illustrés : L'Humeur vagabonde et Un singe en hiver (1959).
L'Humeur vagabonde est créé dans un hôtel de Mayenne, dans la Mayenne. Blondin livre ses pages au jour le jour à l'imprimeur du lieu. Il recommence pour Un singe en hiver,mais rien ne vient. Il en profite pour boire ce qu'il n'écrit pas sous le nez du patron qui ne boit plus, pour déambuler en ville : ce sera le sujet du livre. Quand il envoie le manuscrit, il exige tous les recommandés possibles. Dans la case «valeur», il écrit : «infinie»...
Le vin de l'atmosphère a un peu madérisé. Mais l'écrivain demeure : maître du rythme, élégant égotiste, promeneur excellent.
Cette réédition de deux d'entre eux - entourée de nombreuses photos, d'extraits de presse et de textes méconnus - permet de renouer avec son écriture mélancolique...
C'est ce qui frappe le lecteur d'aujourd'hui : une façon d'agripper le réel et de l'ajuster au plus serré. Certains fac-similés dévoilent aussi son écriture fine et ronde comme celle d'un élève assidu.
Vingt ans après sa mort, La Table ronde, où Roland Laudenbach l'édita et l'accompagna d'une attention fraternelle, publie un beau livre rassemblant L'Humeur vagabonde et Un singe en hiver dans une édition dotée d'une riche iconographie, de la reproduction d'articles de presse, de «libres propos» de Blondin autour de ces deux romans, de repères biographiques ou encore du DVD du film d'Henri Verneuil. L'occasion donc de lire ou de relire un écrivain dont l'art et la manière évoquent la rencontre entre Jean Giraudoux et Marcel Aymé sous l'oeil complice de Paul-Jean Toulet.
Après la Seconde Guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus. C'est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare, par l'avenue dont les platanes venaient d'être émondés. Ces moignons d'arbres ouvraient devant moi un itinéraire d'hiver, rendu sensible par le contraste d'une campagne croulante de feuillages et de grappes. On était à la fin du mois d'août. Je n'avais pas très chaud au coeur.
Ma mère, qui habitait une petite maison de veuve à l'extrémité du bourg, était instruite de mon projet et ne le désapprouvait pas. Elle faisait peu de cas de ma femme, estimant qu'une épouse contractée dans les péripéties de l'exode s'inscrivait au titre des dommages de guerre. Denise nous était arrivée en juin 40 avec un matelas sur la tête. Je n'avais eu de cesse que je ne le lui eusse mis sous les reins. Ce point acquis, nous avions construit un pavillon en meulière autour de ce matelas, entrepris un élevage autour de ce pavillon, dressé des barbelés autour de cet élevage. J'ignorais si je devais me compter au nombre des deux millions de prisonniers dont il était question.
J'étais bien traité cependant et l'immobilité à laquelle nous étions contraints satisfaisait un canton rêveur de ma nature. Vint l'armistice et, avec lui, nos premières querelles. Il se produisait de vastes mouvements dans le monde qui me mirent des fourmis dans l'imagination. Je crus ne pas aimer la terre, ni ses racines, ni ses silences, mais plutôt les voyages et les villes où sonne minuit. Sous mon enveloppe provinciale, un caprice de bachelier me dictait que ma véritable patrie était autre part. Ma mère avait beaucoup de considération pour ce baccalauréat que j'avais obtenu, quelques années auparavant, à la faveur d'une session spéciale pour les jeunes moissonneurs. Elle serrait mon diplôme, le seul qui eût jamais sanctionné les mérites de la famille, entre ses conserves de fruits et ses trousseaux de clefs. Après l'avoir longtemps ménagé comme une poire pour la soif ou un passe-partout, elle le débusqua, vers cette même époque, sous l'oeil indifférent de sa bru et s'en fit une hache dans le combat qu'elle commença de lui livrer pour mon émancipation. Brandissant ce gage de mes dispositions, elle lui remontra qu'il n'y avait plus d'avenir pour moi dans les clapiers clandestins, d'où j'avais tiré mes bénéfices sous l'Occupation, et que les temps étaient révolus des mariages par inadvertance et de la Résistance en peaux de lapin.
À la longue, son instinct en forme de serpe alla jusqu'à m'ébaucher dans la masse les perspectives d'une carrière parisienne, plus conforme à mes humeurs et à ses aspirations, d'où Denise était pratiquement exclue.
Contre cette conversion de mon destin et la menace qu'elle suspendait sur notre foyer, ma femme ne se défendit qu'avec une inertie assez désobligeante. Elle venait d'un pays froid et dur, dont les vertus se reflétaient à travers son mutisme, son courage abrupt, son aptitude à prendre pied sur n'importe quel sol, fût-ce le nôtre. Les seules armes dont elle fit usage, j'avais contribué à les lui forger, tenaient dans ce petit garçon et cette petite fille qu'elle appelait tranquillement les orphelins.
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