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Auteur : Alain Guyard
Date de saisie : 26/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782842636753
GENCOD : 9782842636753
Sorti le : 24/08/2011
Belle sensation de la rentrée que ce roman d'Alain Guyard immatriculé au Dilettante, éditeur qui n'a plus à prouver son goût pour les âmes fortes et les têtes dures. La zonzon c'est la prison, ce lieu que ne fréquentent guère les écrivains même lorsqu'ils sont coupables d'atroces plagiats ou d'immondes bouquins. Le héros de ce livre, professeur de philosophie, va s'y retrouver, dans l'inconfortable position d'enseignant, confronté d'un coup à la violence de fréquenter des gens souvent perdus qu'il laisse derrière lui après chaque cours, si on est tenté d'appeler «cours» les moments qu'il passe en leur compagnie à leur faire approcher les difficiles joies de la pensée. Mais si d'aucuns prendraient cela avec un recul qui les sauverait de la tentation de juger ces hommes égarés, notre homme, qui pratique une langue drue, tonique, d'une invention verbale très drôle, va plutôt se laisser séduire par ce nouveau milieu qu'il ne peut s'empêcher d'admirer sans céder à la fascination. Pris dans l'engrenage de petites combines sans interrompre sa maïeutique dont il ne sort pas toujours vainqueur (et ce sont là les meilleures scènes du livre, ces échanges sans affectation entre un homme protégé que tentent l'action et l'argent facile et des voyous qui sont pour certains allés au bout d'eux-mêmes), notre amateur de François Villon franchit la ligne noire au risque de sa peau, pas si dure que ça. On ne trahira pas dans ce bref billet l'intrigue qui se corse au fur et à mesure que notre bonhomme tombe amoureux d'une fatale prof de musique qui franchit elle aussi les barreaux, et se voit mêlé à des deals crapoteux et dangereux, on se contentera de dire que ce n'est pas le meilleur de ce livre qui vire un peu sur la fin en roman d'aventure avec complot, manipulation et le toutim de bibelots qui va avec (et devant lequel on sourit un peu : pensez, le dernier mot est : «Je t'aime»). Non, le charme de l'objet est cette redoutable langue, acérée, pointue, qui se joue des expressions, qui invente, parodie, qui se la joue canaille ou voyou, qui défrise la mythologie taularde sans trop céder au simplisme, sans nous la faire damné de la terre. La zonzon c'est du bo, du bon, du bonnet (car on picole pas mal) et ça réjouit des livres comme ça, ça ne sent pas son parisien in situ. Il vient de recevoir le Prix Georges Brassens, un bel hommage pour un tel manieur de langue.
Le narrateur de "La zonzon", un prof de philo, décide un jour d'enseigner en prison à ce petit monde hétéroclite de malfrats et de voyous plus ou moins attachants. Avec son utilisation peu orthodoxe de la langue de Molière, tout en gouaille et en argot, il nous raconte avec humour cette expérience qui va le faire basculer un temps dans le monde du crime. Pour ceux qui cherchent du dépaysement, "La Zonzon", bien que se passant en prison, sera sans nul doute un grand moment d'évasion !
Qui a dit que la philosophie était réservée aux boudoirs ? Lazare Vilain prouve le contraire en acceptant d'aller enseigner la philosophie dans les prisons et d'y animer des ateliers. Exposer, inculquer, se confronter, converser, les murs des prisons n'empêchent pas les plus grands concepts de prendre leurs envols et Lazare déploie tout son art pour initier les prisonniers volontaires. Mais ces hommes l'intriguent, l'attirent, attraction du danger, frissons, liaisons dangereuses, image du voyou fort, puissant et sympathique. Lazare Vilain franchit le pas au côté de la belle et attirante Leïla, tout est en place pour que le roman vire au polar philosophique avec une gouaille plaisante et quelques réparties d'anthologie. La philosophie ne se laissera pas écraser par la prison mais le philosophe...
Un prof de philo débarque pour enseigner en prison. Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ? Même pas. C'est pas bien châtié, mais c'est plutôt recherché. Pas de chance pour notre héros, les détenus vont légèrement déteindre... Petite romance là-dessus, je vous dis que ça !
1) Qui êtes-vous ? !
Je m'appelle GUYARD. Je fais de la philo en prison.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'histoire d'un type, il fait de la philo en prison. Mais lui, à force de faire le mariole dans les boites à putes et de fréquenter les lascars, il devient truand.
Que moi, non.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Les livres délivrent.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La petite musique des chaînes qu'on secoue.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un verre de rouge en terrasse, tandis qu'un vent coquin lève les jupettes des passantes.
Après certaine Philosophie dans le boudoir rêvée par Sade à la Bastille puis à Charenton, le Dilettante vous offre, en programme exclusif, offert par Alain Guyard, la philosophie dans le parloir, une version hautement pénitentiaire et fort peu dialectique de la méditation métaphysique et de l'investigation morale. Mais encore ? J'y viens. Attendez-vous à savoir que Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s'en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards, histoire de pondérer leurs ardeurs et d'ouvrir dans leur mental irascible une fenêtre vers le ciel des transcendantaux. Il monte donc en chaire en tout lieu de détention qu'on lui signale. La chose se passe au mieux : troublé, inquiet, séduit, le public répond présent. Mais peu à peu Vilain se familiarise, copine, couche et devient passeur de courrier, puis partie prenante du milieu, pas de celui qu'il importe de garder en toute chose, mais de l'autre qu'il importe de ne fréquenter qu'armé de méfiance et d'un Glock fait à sa main. Dans son sillage, on fréquente salle de boxe, clubs, claques, arrière-salles et bas-fonds ; on s'invite à la table de M.Riccioli, on croise Rocky-les-baffes, Leïla la veuve d'un braqueur anar et les Barbarovitch les bien nommés, les Peachum du PACA, régnant sur toute une famille de mendiants et d'ouvriers bidon. On assistera même à une corrida carcérale et croisera un «pizzaiolo pornologue». Final en forme de déclaration d'amour et de règlement de comptes politique. Nietzsche a rêvé d'une «philosophie à coups de marteau», Guyard vous offre, porté par un style goûteux et argotique, la métaphysique à coups de mandales. Affaire de style. Tendez la joue gauche, premier service !
«Et voilà comment j'étais en train de monter la seule école française de philosophie qui ne recrutait pas des pisse-froid de normaliens ou des agrégés de mes deux, mais de solides castagneurs, des videurs de boîtes à putes et des maquereaux de la Côte d'Azur. La faculté n'avait qu'à bien se tenir... Tremblez, rédacteurs de Philo Magazine et petits philosophes branleurs qui se la pètent anars et posent en rebelles en lisant du Onfray... L'hallali de la philosophie confisquée par les bourgeois a sonné !... Bientôt vont débouler sur les champs de course du concept des lascars sans foi ni loi, citant Stirner, Paul Lafargue et Georges Sorel !...»
Une salutaire bouffée de gouaille argotique estampillée «Tontons flingueurs». Maître en langue verte, Alain Guyard descend d'Albert Simonin, de Frédéric Dard et de Michel Audiard. Toutefois, sa peinture du monde carcéral et de la «truandaille» est très actuelle. Son héros s'attendait à côtoyer des Roger Knobelspiess ou des Charlie Bauer, il se retrouve face à de petits trafiquants, des paumés, des démunis.
Bouffon cabot
Je n'étais pas particulièrement destiné à la prison. A l'époque, je sillonnais tous les week-ends au volant de ma petite camionnette les routes sinueuses de l'Ardèche ou des Cévennes; parfois, j'enquillais quelques heures d'autoroute ou de train pour m'aventurer de l'autre côté du Rhône dans la vallée lyonnaise et les monts du Forez. J'accostais à des terres lointaines, accueilli par un café brûlant ou un solide coup de pivois local dans des salles des fêtes éclairées au néon, les Maisons du Peuple surchauffées où les chaises manquaient, des bergeries retapées en ciné-clubs, des bibliothèques de patelins si petits que leur nom sur la carte masquait leur position, des bastringues pénombreux où l'on devait gueuler plus fort que les picolos pour se faire entendre sur la scène, des foyers ruraux, des apiculteurs, des caves à pinard, des baraques Algeco... A chaque fois, je déboulais dans ces coins improbables pour y prodiguer mes leçons de philosophie foraine, claironnant une gouaille fleurie sur l'estrade en déballant l'article.
Mon public n'était guère celui des cafés-philo pour intellectuels urbains et semi-professeurs se pavanant en philosophes, sortant leur science comme on sort sa bite dans les cabinets de l'école pour montrer qui a la plus longue.
Non, c'était surtout un public rural, souvent peu diplômé, mais avec un appétit de pensée et une réelle soif de culture. C'étaient des pékins ordinaires, le populo réel et digne d'estime, invisible aux médias, cogitant à la va-comme-je-te-pousse, épaté par les univers philosophiques que je déployais pour eux et heureux de les explorer avec moi.
Un beau jour, à la sortie de mon boniment, dans une ancienne chambrée de nonnes reconvertie en tripot de village, Dominique vint m'entreprendre. Je savais qu'elle bossait plus ou moins au SPIP, le Service pénitentiaire d'insertion et de probation, le truc qui fait dans le social en prison, comme le porc à l'ananas dans le sucré au milieu du salé. Ou alors elle bossait à la PJJ, la Protection judiciaire de la jeunesse, je sais plus. Comme j'étais d'humeur jouasse, je joue au mec pris la main dans le sac sur un sale détournement de gamine. C'est des comme ça qu'elle fréquente, des fois, avec son turbin, Dominique.
- OK, OK, je dis en levant les mains comme si je capitulais, OK, elle était mineure. Mais, ma parole d'honneur, madame, à l'époque des faits, elle avait dépassé l'âge de la majorité sexuelle...
Mon sens de l'humour qui donne dans le gros et dans le demi-gros ne lui va pas droit au coeur. Elle secoue la tête de dépit. Mais comme je suis bon garçon, pas rancunier, je commande deux bien fraîches binouzes. Elle entame à peine la sienne, la repose, et me regarde de coin :
- Ça t'intéresse la prison ?
Merde. Je manque m'étouffer dans la mousse.
- Eh Dominique, je déconnais ! je réponds, affolé. C'était une vanne bidon ! Attends, tu me vois, moi, faire des conne-ries pareilles ! ?...
Elle soupire en se passant la main sur le front :
- Pas pour en faire, de la prison, abruti ! Pour y bosser !
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