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Auteur : Collectif
Traducteur : Judith Cowan
Date de saisie : 22/05/2011
Genre : Théâtre
Editeur : SABORD, Trois-Rivières, Canada
Collection : Essai
Prix : 33.55 € / 220.07 F
ISBN : 9782922685800
GENCOD : 9782922685800
Sorti le : 21/03/2011
«Ce n'est pas la victoire qui rend
l'homme beau, c'est le combat.»
Madeleine Ferron
Coeur de sucre
Peu importe où les Fermières Obsédées se trouvent, elles sont perturbatrices et imperturbables. En écho à cette vague, entendre cette déferlante, qui bouscule les protocoles identitaires, les Fermières Obsédées sont de ces artistes qui font tout pour se faire voir. Usant de clichés féminins que constitueraient le rouge vif des lèvres, les chaussures à talon et la jupe qui laisse bien voir les jambes, les Fermières Obsédées sont à longue distance d'une représentation qui prendrait la voie de la séduction. Ou alors, elles nous séduisent par la délinquance mise en oeuvre pour vandaliser ce qui, du féminin, se logerait du côté de la grâce. Se faisant reines ou stars, elles n'en adoptent pas pour autant les comportements et les «apparats», bien loin qu'elles sont de ce qui codifie le statut de ces femmes. Sans être masculines pour autant, elles se rapprochent davantage de l'enterrement de vie de garçon que du défilé de la duchesse. Les performances des Fermières adoptent ce rythme qui les emporte dans la démesure.
Les Fermières Obsédées (F.O.) est un collectif créé par les membres fondateurs Annie Baillargeon et Eugénie Cliché, toutes deux artistes en arts visuels. Depuis 2001, elles insufflent une indiscipline au genre de l'art action par leurs prestations où s'enchaînent images symboliques et images métaphoriques. Elles ont développé un langage visuel qui allie le tragique avec le burlesque, proposant des performances à la croisée de plusieurs disciplines. Ce projet est né d'un commun désir de transposer en actions des questionnements intimes et d'ordre social.
Aline Caillet,
Marie-Ève Charron,
Guy Sioui Durand,
André-Louis Paré
Thérèse Saint-Gelais
THÉRÈSE ST-GELAIS
Les Fermières Obsédées sont là
Peu importe où Les Fermières Obsédées se trouvent, elles sont perturbatrices et imperturbables. En écho à cette vague, entendre cette déferlante, qui bouscule les protocoles identitaires, Les Fermières Obsédées sont de ces artistes qui font tout pour se faire voir.
Usant de clichés féminins que constitueraient le rouge vif des lèvres, les chaussures à talon et la jupe qui laisse bien voir les jambes. Les Fermières Obsédées sont à longue distance d'une représentation qui prendrait la voie de la séduction. Ou alors, elles nous séduisent par la délinquance mise en oeuvre pour vandaliser ce qui, du féminin, se logerait du côté de la grâce. Se faisant reines ou stars, elles n'en adoptent pas pour autant les comportements et les «apparats», bien loin qu'elles sont de ce qui codifie le statut de ces femmes. Sans être masculines pour autant, elles se rapprochent davantage de l'enterrement de vie de garçon que du défilé de la duchesse. Les performances des Fermières adoptent ce rythme qui les emporte dans la démesure. C'est à même le bidon qu'elles se désaltéreront, juchées sur des wagonnettes qu'elles brandiront drapeaux ou pompons, dans la boîte arrière d'un camion qu'elles s'empileront, assises dans une décapotable qu'elles salueront une foule en attente d'un dénouement qui se conclura par l'escalade d'un monticule brunâtre. La conquête qui s'annonce ambitieuse chez Les Fermières s'avère vaine, toute dépendante qu'elle est de figures identitaires reconnaissables, qui semblent se dégager d'un moule pour se perdre dans le chaos. À l'opposé du féminin défendu par les Cercles québécois du même nom, Les Fermières Obsédées ne représentent d'aucune manière le modèle à suivre et encore moins la vertu. Elles versent plutôt dans la dépense ou dans ce qui s'y rapporte : l'excès et l'irrespect. La bienséance des femmes, celles respectueuses de la tradition, qui veillaient à ce que la beauté du corps et l'ordre dans l'espace domestique reflètent la pureté de l'âme, a été remplacée par de l'insoumission aux conventions, de la souillure du corps et du chaos dans l'espace public. Les Fermières Obsédées sont des contrevenantes.
Les Fermières se jouent des signes de la féminité, plus précisément de ceux qui se logent en surface et, à cet égard, elles entachent l'image d'un féminin - unique et invariable - en se faisant allégorie vivante et turbulente d'une image contestée qui laisse voir et entendre une identité désordonnée. Elles font de la performance un événement ou, pourrait-on dire autrement - et surtout lorsqu'elles agissent hors les murs - de la performance événementielle. Elles construisent un récit dont le suspens est continu et qui fait ravage dans l'espace où elles se trouvent. En somme, elles font table rase des conventions rattachées au savoir-vivre, lire ici au savoir-être femme, à l'image de ce que l'on attendait de la «Fermière». Reprenant l'idée que l'identité est performative, les Fermières performent donc un féminin trouble qui ne conserve de la mascarade que l'idée d'exhibition, mettant paradoxalement en scène ici la déchéance. Et cette déchéance est ce qui revient, en boucle, de manière obsessive, dans leurs performances. Les Fermières Obsédées sont outrancières.
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