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Auteur : Ingrid Thobois
Date de saisie : 08/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Zulma, Honfleur, France
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 9782843045653
GENCOD : 9782843045653
Sorti le : 18/08/2011
Sollicciano, une prison vers laquelle se dirige Norma Jean, belle quinquagénaire au nom d'actrice, professeur de philosophie, à la rencontre de Marco, un de ses anciens élèves, enfermé pour le meurtre de sa femme. Un roman gigogne, qui nous renvoie au passé de Norma Jean, premier amour, délétère, un marin et mariage avec Jean, son psychanalyste d'un étonnant dévouement amoureux. Une femme de passion, toujours en avance mais s'évaporant dans le mystère, le manque originel et le repli violé de son innocence.
Un roman presque cinématographique et palpitant qui mêle aussi une réflexion sur le Temps, l'écoulement du temps, sujet philosophique essentiel pour Ingrid Thobois.
Un secret en forme de lacune entoure les agissements de Norma-Jean, incandescente quinquagénaire glamour en diable. L'étrange relation en miroir avec son mari, autrefois son psychanalyste, et cette fascination pour un ancien élève qu'elle visite chaque jeudi à la prison de Sollicciano en Toscane, alimentent un mystère qui s'amplifie dans une époustouflante progression dramatique.
Par ce remarquable roman de la folie et des abîmes de l'inconscient, tissé de retournements, dédoublements et manipulations, Ingrid Thobois révèle un art accompli du suspense psychologique. Développant un sens à la fois délectable et cruel du détail, elle nous offre un portrait inoubliable de femme aux prises avec ses transferts, c'est-à-dire avec les périlleuses illusions de l'amour.
Née en 1980 à Rouen, Ingrid Thobois est romancière et voyageuse. Depuis le début des années 2000, elle aura enseigné le français en Afghanistan, réalisé divers reportages en Iran et en Haïti et participé à des missions de développement et d'observation électorale en Indonésie, RDC, Moldavie, Azerbaïdjan, Géorgie, Kazakhstan... Elle est l'auteur de deux romans remarquables par l'acuité conjuguée du style, de la construction et de l'analyse psychologique, Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés (Prix du Premier roman 2007) et L'Ange anatomique (2008).
Marco se laissa tomber sur la chaise qu'il avait tirée dans un déchirement de métal. Le bruit fut décuplé par la résonnance absurde de cette salle destinée à contenir quatorze conversations à la fois, vingt-huit voix, les raclements de gorge et les murmures, les exclamations et les cris. On pensait à un vieux gréement en entendant les plaintes du bois sur lequel on s'appuyait si fort, penchés à se toucher. Le mobilier disparaissait sous une marée de dos, d'épaules, de mains refermées sur les nuques, passées dans les cheveux. On se parlait au ras des tables, les mots roulaient d'une bouche à l'autre dans le couloir des bras tendus, articulés, les paumes soudées aux coudes. On percevait aussi des pleurs, quelques rires parfois, et un silence opaque lorsque la demi-heure de parloir était écoulée.
La main de Norma-Jean était restée suspendue au geste de donner, l'éventail des doigts à demi replié dans le prolongement de la paume. À la cassure du poignet, les veines s'offraient, complexité bleu vert à fleur de peau. Elle avait tendu à Marco une photocopie de son dernier article. Il avait lancé le bras pour lui arracher la feuille. Dans un mouvement de protection réflexe, elle s'était reculée tandis que Marco s'immobilisait, le papier froissé entre les doigts, satisfait, écoeuré par cette manifestation de peur qu'il venait de provoquer. Il regardait la main de Norma-Jean, la découpe précise des phalanges, l'alliance d'or blanc et les ongles polis - terminaisons neutres d'une personnalité qui manquait visiblement de calcium.
- Un jour, tu m'arracheras la main avec !
Un sourire mort-né aux lèvres, Norma-Jean avait parlé posément, sans ignorer mais sans mesurer à quel point son calme saturait l'air ambiant. Marco suivait le contour de son poignet, de son avant-bras, de son bras, de son épaule, de son cou. Il remonta jusqu'à ses yeux. Il la fixait maintenant comme s'il avait été possible de rejouer la scène, d'annuler la brusquerie de son geste et de faire ravaler à Norma-Jean ses dernières paroles. Il la dévisagea encore quelques secondes puis fit claquer la page dans l'air comme on choque une voile : on ne revient pas sur la course d'une main. Il grinça quelque chose au sujet de «la vraie revue» et de «cette foutue photocopie», juste ce qu'il fallait d'audible, un reproche gratuit, sans plus la regarder.
- Mais Marco ! Tu sais pertinemment qu'on ne laisse entrer dans la prison aucun livre, aucun magazine, aucune revue à couverture rigide !
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