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.. Opium Poppy

Couverture du livre Opium Poppy

Auteur : Hubert Haddad

Date de saisie : 19/11/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 9782843045660

GENCOD : 9782843045660

Sorti le : 18/08/2011

Opium Poppy, ou la tragédie de la guerre des hommes face aux mondes des enfants, suit les traces d'un petit paysan afghan dans un pays écrasé par la guerre et le trafic d'opium. Même l'exil ne suffira pas à le sauver. La guerre et ses protagonistes vident les têtes, lavent les cerveaux, et poussent au départ, à la fuite, engendrent de profondes mutations dans le psychisme de chacun. La survie est une lutte permanente, incite à de lourds compromis, vous bouscule, vous transforme et inhibe toute réflexion. Chacun devient un rouage d'une machine puissante que personne ne maîtrise. L'enfance n'existe plus, et pire, l'avenir est définitivement et irrémédiablement marqué, obstrué («Le passé n'est jamais si simple»), les vies futures sont réglées, inexorablement. Un roman bouleversant, noir, d'une grande simplicité comme un miroir réaliste et sans révolte de la guerre et de notre propre monde. Vous n'oublierez pas le petit Alam, je vous l'assure !


La guerre est un enfer dans lequel rien n'échappe à la violence. Surtout pas les enfants. Le nouveau roman d'Hubert Haddad nous entraîne dans le chaudron afghan, sur les traces d'Alam dit l'Évanoui, si jeune aux yeux d'antilope, devenu, un temps, un de ces enfants soldats appelés à tuer par soumission avant de suivre le chemin des exilés clandestins.

Plongée dans une jungle urbaine aux côtés d'oiseaux de passage, éteints en d'autres lieux, à l'enfance tout autant fracassée. «Qui peut me faire une phrase au passé simple avec le verbe être ?». Le passé n'est jamais si simple.

Sur le fil conducteur du trafic d'opium, un roman dense, bouleversant, d'une grande force littéraire et poétique qui nous renvoie l'image barbare d'une insoutenable réalité.


  • Les présentations des éditeurs : 20/11/2011

Encore et encore, on lui demande comment il s'appelle. La première fois, des gens lui avaient psalmodié tous les prénoms commençant par la lettre A. Sans motif, ils s'étaient arrêtés sur Alam. Pour leur faire plaisir, il avait répété après eux les deux syllabes. C'était au tout début, à Paris. On venait de l'attraper sur un quai de gare, à la descente d'un train...

Au fil de cette traque à l'enfant, se dessine l'histoire d'Alam. Celle d'un petit paysan afghan, pris entre la guerre et le trafic d'opium, entre son désir d'apprendre et les intimidations de toute sorte, entre son admiration pour un frère tête brûlée et l'amour éperdu qu'il porte à une trop belle voisine... Ce surprenant roman à la précipitation dramatique haletante éclaire la folle tragédie des enfants de la guerre. «Qui aura le courage d'adopter le petit taliban ?» semble nous demander avec une causticité tendre l'auteur d'Opium Poppy.

Tout à la fois poète, romancier, historien d'art, dramaturge et essayiste, Hubert Haddad, né à Tunis en 1947, est l'auteur d'une oeuvre vaste et diverse, d'une forte unité d'inspiration, portée par une attention de tous les instants aux ressources prodigieuses de l'imaginaire. Depuis Un rêve de glace, jusqu'aux interventions borgésiennes de l'Univers, premier roman-dictionnaire, et l'onirisme échevelé de Géométrie d'un rêve ou les rivières d'histoires de ses Nouvelles du jour et de la nuit, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d'artiste et d'homme libre.



  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 17 novembre 2011

En 2007 paraissait Palestine, qui fut récompensé par le prix Renaudot poche. C'était un récit à la fois superbe et tragique qui se maintenait constamment à hauteur d'homme, puisant là son extraordinaire vigueur. Opium Poppy s'inscrit dans ce lignage. Hubert Haddad 
y évoque l'itinéraire d'un adolescent afghan bousculé par des forces contraires. Une fois encore, son livre emporte l'adhésion par sa façon de se tenir sur la crête, entre 
le reportage et la grande prose dramatique...
Une histoire 
ainsi se trame. D'une impressionnante consistance. 
D'une formidable portée. Haussant ce personnage de petit paysan afghan à une véritable stature allégorique, sans rien laisser perdre du grain de sa vie.


  • Les courts extraits de livres : 25/05/2011

Encore et encore, on lui demande comment il s'appelle. La première fois, des gens assis lui avaient psalmodié tous les prénoms commençant par la lettre A. Sans motif, ils s'étaient arrêtés sur Alam. À cause de son oeil effaré peut-être. S'ils avaient commencé par la fin et s'étaient fixés sur Zia, son oeil se serait pareillement arrondi. Mais pour leur faire plaisir, il avait répété après eux les deux syllabes d'Alam. C'était au tout début. On venait de l'attraper sur un quai de gare, à la descente d'un train.
La dame devant lui a des cheveux de paille et un sourire en porcelaine. Elle manipule son stylo par les deux bouts, juste au-dessus d'un dossier bleu gris plein de cases à remplir. «Et ton petit nom, c'est bien Alam ?» Son petit nom, c'est miaou pour les chats quand il dort sur un toit, ouaf pour les chiens qu'il apprivoise dans les garages avec du sucre volé, ça pourrait même être le cri de la hulotte dans la nuit des forêts. Pourquoi ne lui dit-elle pas son nom à elle ? Tout le monde voudrait qu'il secoue la tête d'avant en arrière, comme une mule trop chargée. Alam, c'était son frère, là-bas, dans les montagnes. La dame blonde s'est levée, elle lui montre un banc de fer. «Maintenant déshabille-toi.» Il ne comprend pas et s'écarte du banc. «Allez, ôte-moi tout ça !» dit-elle en tirant sur son col. Il lui tourne le dos avec une moue résolue, serrant contre lui ses coudes pour empêcher le vol de son anorak. C'était bien la peine de le lui donner. Si on veut le lui reprendre, qu'on lui rende sa vieille veste. Il y transvaserait sa fortune. Tout ce qu'il possède tient dans ses poches. La dame rit d'un air navré derrière lui. «Allons, presse-toi donc, je vais t'examiner !» À peine rassuré, il laisse tomber ses bras. «Toi, daaktar ?» demande-t-il dans une volte-face. Pour confirmer la chose, elle sort d'un tiroir coulissant le stéthoscope et s'en affuble. Ses boucles d'oreilles tintent contre l'aluminium. L'enfant a pâli. Il obtempère sans trop regimber, comme si l'instrument d'auscultation était une arme. Tout nu, un léger tremblement dans les genoux, il se laisse manier avec plus de défiance qu'un mouton à la tonte. «Je ne vais pas te manger» marmonne la doctoresse en appuyant l'index sur une cicatrice incurvée en forme de verre de loupe juste sous le sein gauche. Elle laisse glisser son doigt vers une autre trace d'impact, au creux de la clavicule, et palpe pour finir la nuque près du lobe à demi arraché de l'oreille. «On peut dire que tu l'auras échappé belle !» Ces mots, elle les répète à discrétion, attentive à l'énigme de cette constellation à fleur de peau : trois cicatrices de même magnitude alignées comme le Baudrier d'Orion.


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