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Auteur : Armistead Maupin
Traducteur : Michèle Albaret-Maatsch
Date de saisie : 25/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782879297446
GENCOD : 9782879297446
Sorti le : 26/05/2011
Après vingt ans d'exil à New York, Mary Ann singleton revient sur les lieux de sa jeunesse à San Francisco. Trompée par son mari, atteinte d'un cancer, elle a décidé de se battre pour changer de vie. Elle est hébergée par son ami de toujours, Michael Tolliver, et retrouve Anna madrigal, la légende du 28, Barbary Lane, qui n'a rien perdu de son humour ni de son énergie.
Dans Mary Ann en automne, Armistead Maupin pose sur notre société son regard caustique et plein de tendresse. ii observe avec curiosité le nouvel ordre amoureux initié par facebook, explorant l'émergence du virtuel dans les rapports humains. Fidèle à l'esprit des Chroniques, ce huitième épisode est aussi un roman émouvant sur le temps qui passe et la quête du bonheur.
Né en 1944, Armistead Maupin a passé sa jeunesse dans le sud des États-Unis. Outre les Chroniques, il a publié deux romans : Maybe the Moon (Passage du Marais, 1999) et Une voix dans la nuit (Éditions de l'Olivier, 2001).
«Depuis le début des années 70, Armistead Maupin décoche ses banderilles à l'Amérique bien-pensante.» André Clavel, L'Express
«Maupin est un sérial born conteur.» Didier Jacob, le Nouvel Observateur
«Le lecteur, immédiatement accroché, ne résiste guère à la saveur de cette dévorante histoire.» Michel Abescat, Télérama
«On se laisse totalement emporter !» Sean James Rose, Libération
Mary Ann, on l'a rencontrée au printemps, toute jeune, toute fraîche. C'est avec elle que s'ouvrait la série : «Mary Ann Singleton avait vingt-cinq ans quand elle vit San Francisco pour la première fois.» Elle débarquait dans la ville à la fin des seventies, militantisme et libération sexuelle, Harvey Milk et néons tapageurs. Elle s'installait au 28, Barbary Lane, chez Mme Madrigal, logeuse trans en kimono, qui avait pour habitude de scotcher un joint sur la porte de tout nouvel arrivant. Le refuge pour «chats errants» abritait Michael (homo), Brian (hétéro) et d'autres célibataires qui trouvaient que les étiquettes, vraiment, c'était bon pour leurs parents. Là-dessus, des histoires de coeur et de cul, et des années qui filent. Jusqu'à l'automne donc, à savoir l'approche de la soixantaine pour Mary Ann et ses amis...
Avant d'être des romans, les Chroniques ont été publiées sous forme de feuilleton dans le San Francisco Chronicle. Traduite dans toutes les langues, adaptée à la télévision, la série s'est transformée en phénomène international.
Une maison individuelle
Si seulement il y avait un terrier de lapin, se disait-elle. Si seulement il y avait un truc avec cette colline, un souvenir sensoriel - la vue sur l'île d'Alcatraz, par exemple, les cornes de brume ou l'odeur des planches moussues sous ses pieds - qui lui permettrait de renouer avec son paradis perdu. Tout ce qui l'entourait lui était familier, et pourtant déconnecté de son quotidien, comme s'il s'agissait d'un lieu qu'elle aurait vu au cinéma mais n'aurait jamais visité. Elle avait déjà gravi ces marches usées - quoi ? - des milliers de fois, et pourtant elle n'éprouvait pas du tout le sentiment de retrouver l'endroit où elle avait vécu, rien ne la ramenait à son vieil univers. Le passé est le passé, pensa-t-elle. Il nous échappe.
Parvenue à un palier, elle s'arrêta pour reprendre son souffle. En contrebas, la rue coupant Barbary Lane basculait vertigineusement vers la mer en un télescopage de perspectives qui rappelaient les lithos déjetées d'Escher qu'on voyait partout dans les années soixante-dix. Ce jour-là, la baie était d'un bleu intense, du bleu dur et mordant d'une flamme de gaz. Si le brouillard commençait à descendre - et d'après l'insistance des cornes de brume, ce devait être le cas -, d'où elle était, elle ne pourrait pas le voir.
Elle atteignait le chemin au sommet des marches quand le talon d'une de ses Ferragamo se coinça entre deux pavés. Elle le dégagea dans un grognement de contrariété et se reprocha de ne pas les avoir laissées au Four Seasons. Ces pavés, si sa mémoire était bonne, avaient servi de ballast aux voiliers contournant le cap Horn - du moins à ce qu'affirmait autrefois sa logeuse, Mme Madrigal. Avec vingt ans de recul, ces blocs de granit lui paraissaient aussi banals que le pavage de son allée, chez elle dans le Connecticut.
Elle apercevait le portail surmonté d'un toit et du numéro 28, quand une nuée de perroquets sauvages plongea très bas vers la petite rue en poussant des cris de vieilles sorcières. Ces oiseaux - ou leurs sosies - peuplaient déjà les lieux à l'époque où elle vivait là, bien avant qu'un documentaire à succès ne les propulse au rang de célébrités mondiales. Elle repensa à la fierté qu'elle avait éprouvée en voyant le film à Darien, et au côté totalement irrationnel de ce sentiment, comme si elle s'était vantée d'être proche d'une personnalité qu'elle aurait vaguement connue au lycée.
Ces oiseaux ne faisaient plus partie de sa vie.
Le portail était toujours le même, mais rénové. Lorsqu'elle s'était installée sur la côte Est à la fin des années quatre-vingt, les bardeaux du toit en séquoia s'effritaient sous l'effet de la pourriture sèche. Aujourd'hui, il y avait des tuiles en ardoise - ou une bonne imitation. Quant au portail proprement dit, jadis grinçant mais accueillant, il était désormais équipé d'un verrou, d'un interphone et, sous l'avant-toit, d'un appareil ressemblant à une caméra de sécurité. Pour ce qui était de jeter un coup d'oeil dans le jardin, il faudrait repasser.
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