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Auteur : Michel Zordan
Date de saisie : 24/05/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : 3Z, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782953286328
GENCOD : 9782953286328
Sorti le : 18/05/2011
Les prémices - Nous sommes en 1933...Depuis janvier Adolf Hitler et le parti nazi sont au pouvoir en Allemagne...
Extrait chapitre 4 - Mon père avait proposé aux métayers du château Tourne Pique, ainsi qu'à quelques autres voisins, d'effectuer les labours d'automne avec notre Hercule. La plupart refusèrent. Avec l'orage de grêle qui avait détruit toutes les vignes, il n'y aurait pas de vendange cette année, gagner du temps ne servait donc plus à rien.
Mais il y avait une autre raison à cela : le machinisme et le modernisme qui se profilaient inquiétaient profondément la plupart des paysans. Ils savaient au fond d'eux que ces machines modifieraient à tout jamais leur rapport avec un élément essentiel de leur vie, la terre. Avec les attelages de boeufs, de vaches, ou de chevaux, le contact avec celle qu'ils sentaient vivre, et qui les faisait vivre depuis toujours, était presque charnel. Cette terre faisait partie de leur vie, de leur naissance jusqu'à leur mort ; ils pouvaient la toucher, lui parler, tout se passait en douceur, avec du respect... Pour leur dernier repos, c'est encore elle qui veillerait sur eux. Sans elle, ils n'étaient rien, tout partait d'elle. Le paysan cultivait et la terre procréait, pour le nourrir lui, sa famille et les bêtes qui l'aidaient dans son travail. Et puis, à la Un, leurs poussières se mêleraient aux autres poussières dans un éternel recommencement. Cet échange tacite faisait partie de leur vie, depuis la nuit des temps, C'était une simple boucle, mais une boucle qui fonctionnait parfaitement.
Avec le tracteur, ce contact n'existerait plus, la boucle serait brisée. C'était la rupture assurée, ils perdraient une part d'eux-mêmes, une part qui ne les avait jamais trahis. Avec les machines modernes, la terre ne serait plus qu'une simple matière exploitable, tout juste bonne à produire. Les roues de fer la martyriseraient, d'un geste sec les socs d'acier s'enfonceraient de force au plus profond de ses entrailles, brutalement, comme pour la souiller, avec le seul souci de l'obliger à donner toujours plus. Il n'y aurait plus de respect. Comment réagirait-elle ?
Le monstre d'acier
Depuis la rentrée de janvier Amandine avait intégré la classe des grands, ma classe. Afin d'anticiper sur les problèmes de bavardages qui n'auraient sûrement pas tardé à surgir, l'instituteur, monsieur Sourtis, nous avait installés chacun à un bout de la salle.
Je partais le matin de L'Arcange à vélo jusqu'au château Tourne Pique. Ensuite, je rejoignais ma blondinette dans la Delage de madame Éliette, et nous finissions ensemble le trajet jusqu'à l'école de Floréal. Amandine et sa tante avaient à plusieurs reprises insisté pour venir me prendre directement à la ferme, mais j'avais refusé. Les péripéties survenues vers la fin de l'année passée étaient toujours bien présentes dans nos esprits. Mais l'issue dramatique qui s'en était suivie au 1er de l'an de cette année 1933, nous confortait dans l'idée que je n'étais plus menacé. De toute façon, il était hors de question de vivre éternellement dans l'angoisse d'une nouvelle tragédie.
Amandine était arrivée de Toulouse à la fin du mois de septembre dernier. Suite à des petits problèmes de santé, son médecin avait fortement conseillé à ses parents, Charles et Mathilde Sentenal, de l'envoyer vivre quelques mois à la campagne. Madame Éliette, la soeur de Charles et l'épouse du commandant Aristide Clément Autun, l'avait donc accueillie au château Tourne Pique.
C'est dans ce même château que papa travaillait depuis notre exil et notre arrivée en Gascogne, le 1er février 1930. Dès notre première rencontre, une profonde amitié était née entre Amandine et moi.
Persécutés par des fanatiques fascistes, papa, ma grande soeur Mariéta et moi, Sylvio, avions quitté l'Italie en janvier 1930, en emportant dans nos bagages quelques secrets bien trop lourds à porter. Quelques mois seulement après le début de notre exil en terre française, le capitaine Aristide Clément Autun, propriétaire du château Tourne Pique, proposa à papa de nous vendre la ferme de L'Arcange.
Située à presque cinq kilomètres de Floréal, L'Arcange avait été abandonnée par le dernier métayer, tout juste cinq années avant notre arrivée.
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