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Auteur : Urbano Moacir Espedite
Illustrateur : Donatien Mary
Traducteur : Bérengère Cournut | Nicolas Tainturier
Date de saisie : 11/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Attila, Le Rayol-Canadel, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-917084-29-8
GENCOD : 9782917084298
Sorti le : 18/03/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Un Argentin en exil et, plus qu'un écrivain, un aventurier de la langue.
Ce qui me plaît, c'est entrer en contact avec des cultures vivantes, marginales, m'immerger dans des univers linguistiques un peu bancals, et voir ce que ça m'inspire.
La grande littérature et la belle écriture m'emmerdent... Ce qui m'intéresse, c'est la friction entre les langues, les cultures, la perception que peut en avoir un étranger... Il est arrivé qu'on dise de certains de mes livres publiés à l'étranger : "Espedite, il écrit mal." Mais j'écris comme on me parle ! L'éditeur, le traducteur et le lecteur - tous ceux qui font commerce de la langue - n'ont qu'à corriger le tir... Moi, je suis un anarchiste.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Palabres est un livre d'aventures dans lequel je me suis amusé à remettre en cause le pouvoir du Verbe, à détourner les discours occidentaux sur la démocratie, le sexe, les femmes...
Les traducteurs français, qui sont deux amis libertaires apatrides rencontrés en Corse, en avaient des interprétations contradictoires, et nous avons eu ensemble de longs débats. J'adore semer la confusion pour faire réagir les lecteurs, les obliger à recréer ce que je leur propose.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Comment ça va ?" ou "Cuma va ?" en portugnol.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"Also sprach Zarathustra" de Richard Strauss, 1896.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une bière d'abord ! Puis le goût du combat joyeux et de la liberté.
Peuple légendaire d'Amérique latine, les Farugios ont bâti leur civilisation sur le langage : commerce, politique, éducation, relations sexuelles... tout y est mesuré à l'aune du «Sacrato Verbo» ! Mais au cours d'un long exil du nord au sud du continent, ils ont intégré à leur langue celles des pays qu'ils traversaient - ce qui les rend parfois difficiles à comprendre... Mélangeant toutes les langues sans jamais s'en tenir à une seule, ils sont devenus un «peuple errant à caractère linguistique non identifié».
L'action démarre dans les années 1930, dans les bas-fonds de Berlin : un projet de trafic de femmes farugios, réputées pour leur magnifique chevelure rousse et leurs gènes exceptionnels, naît dans la tête d'un immigré italien. Celui-ci embarque sa compagne de bordel, Milla, une descendante des Farugios à la beauté ravagée par la drogue, et traverse l'Atlantique sur un navire de guerre de l'armée française afin de ramener des spécimens pour les soldats aryens : sur place, la petite troupe débarque au milieu d'une guerre civile entre les Farugios et leurs voisins guardanais...
Librement traduit du portugnol - ce patchwork, essentiellement oral, d'espagnol et de portugais -, Palabres est un roman drôle et invraisemblable : une fable politique sur la démocratie et un hommage grand-guignolesque au roman d'aventure.
Urbano Moacir Espedite est né quelque part dans la pampa argentine au milieu des années 30. Il apprend le guarani avec sa mère, une amérindienne, et à 20 ans, durant des études d'archéologue, rencontre une Mexicaine émigrée à Corrientes (extrême nord-est du pays), où la langue usuelle est le portugnol. Ils se marient en 1969 et fuient en 1974 la " guerre sale " de Peron. Espedite voyage énormément, notamment dans l'Allemagne et l'Italie des années 70, avant de se poser en Corse avec son épouse.
Il vit aujourd'hui entre Montréal et Bonifaccio, où Bérengère Cournut et Nicolas Tainturier (les traducteurs), l'ont rencontré. Espedite a écrit des dizaines de textes dans tous les pays qu'il a traversés, à chaque fois, dans la langue du pays concerné, mais sans jamais faire quoi que ce soit pour les voir publiés : sa bibliographie (lacunaire au possible) compte des textes dans une dizaine de langues : espagnol, portugais, allemand, italien, corse... et même un recueil de sonnets érotiques en bonifacien. Palabres est paru en traduction espagnole en Argentine, sous le pseudonyme d'Horacio Maderos, avec une préface de Cesar Aira, en 1989.
Tout au long de Palabres, la logique est rapidement menée à l'illogisme, ou vice-versa, tandis que les «pauvres Guardanais» en arrivent à se faire plaindre par un «intercesseur discursif». C'est aussi qu'un aspect satirique du roman est de prendre en charge le langage pseudo révolutionnaire pour le massacrer sans violence. La retranscription du discours d'une égérie farugios est accompagnée d'une longue «note de l'auteur» en montrant toute la singularité linguistique et qui s'achève ainsi : «Après plusieurs tentatives ratées pour rendre la subtilité et la richesse sémantique d'un discours porté par un tel procédé, nous nous en sommes tenus à un condensé du propos.» Pour faire reconnaître leur droit à la différence, les Farugios ont dû commencer par «organiser» cette différence. Le processus révolutionnaire, à l'égal de tout autre, est décrit dans le roman d'une manière grotesque...
Hirsute est ainsi devenu le compositeur de centaines de symphonies coïtales qu'il est le seul mélomane à pouvoir apprécier. Voilà comment passent ses journées quand il n'est pas de service en bas, à éponger les sécrétions, déjections et autres excrétions produites en grande quantité par l'entreprise de sa mère. Entre le ciel bas de Berlin et les profondeurs du bordel, un royaume secret et sordide, à sa mesure.
Cette petite vie anonyme coincée à la verticale aurait pu durer longtemps, si un funeste jour de décembre un étranger n'était pas venu tout foutre en l'air. Alors qu'il se hâte silencieusement vers son antre par l'escalier de service, Hirsute perçoit dès le deuxième palier d'inhabituels frottements dans la charpente. Arrivé dans les combles, il se dirige à pas de loup vers le paravent qu'il a lui-même dressé tout autour de son espace protégé. De là s'échappe un bruit sourd et régulier, comme si quelqu'un était en train de frapper à pleine main un gros oreiller. Passant en crabe derrière une poutre, Hirsute vient coller son oeil sur une fente du paravent. Et découvre, embarqué sur son lit, un gigantesque gars velu en mouvement, dont la masse corporelle cache une frêle créature, à qui il murmure des obscénités dans un sabir anglo-allemand aux forts relents d'italien : «Ah my love, my liebling ! Che culo ! Ma che culo du hast ! Un culo like una madonna !»
Hirsute n'a d'autre choix que de contempler en silence le spectacle de son intimité violée. Les draps sont à terre, mêlés de vêtements militaires, foulés par des croquenots. L'intrus n'a gardé sur la tête que sa casquette d'officier. Les deux énormes touffes de poils qui couvrent ses épaules le font ressembler au général d'une armée de singes. Il a placé la masse adipeuse de son ventre sur le derrière de la fille, et soulève le tout comme une feuille. Les deux mains agrippées à ses hanches, il effectue des allées et venues lentes et majestueuses, agrémentées de petits coups rapides, aléatoires. À chaque mouvement, celle qui semble n'être qu'un hochet entre ses pattes disparaît presque entièrement sous le quintal de chair, puis reparaît, la tête bringuebalante, le regard éteint - complètement indifférente à la marée.
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