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Auteur : John Burnside
Traducteur : Catherine Richard
Date de saisie : 16/12/2011
Genre : Policiers
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque écossaise
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782864248385
GENCOD : 9782864248385
Sorti le : 25/08/2011
J'aime particulièrement ce genre de roman à la frontière de plusieurs genres, inclassable, indéfinissable mais pas complètement obscur ou illisible non plus. Au contraire, "Scintillation" raconte une histoire, celle de l'Intraville, une ville où le paysage est dévasté, où la forêt est rongée par un mal étrange qui noircit les arbres et où une usine chimique désaffectée domine le tout. C'est dans cet environnement qu'évolue une bande de jeunes dont Leonard qui se rend bien compte que quelque chose cloche autour de lui. Les adultes sont apathiques et lorsque des enfants, leurs enfants, commencent à disparaître cela ne semble pas les tourmenter plus que cela. On est donc plongé dans un roman sombre mais poétique, une enquête dans un univers proche du fantastique et à la fois ancré dans le réel, assez étrange et indéfinissable. Je vous le conseille fortement si vous n'avez pas peur d'être déstabilisé.
L'Intraville vit retirée du vrai monde. Son paysage comme son quotidien est écrasé par une usine chimique désaffectée mais qui continue de respirer et de tuer... Les enfants en bande ou isolés ne se privent pourtant pas d'explorer cet espace dangereux. Forêt environnante, anciens bâtiments n'ont plus de secrets pour eux. Lorsque le premier enfant disparaît, personne ne s'en soucie. Les disparitions année après année se multiplient sans que quiconque ne s'en préoccupe encore, apathie, indifférence, peur... L'agent de police conclut rapidement à des fugues. L'un d'eux, Leonard, n'en croit pas un mot. Il survit avec son père malade et alité, entre violence et espoir, d'un caractère singulier, il aime apprendre, toujours à l'affût d'un nouveau livre, d'un nouvel auteur, son temps est partagé entre ses lectures, ses explorations, ses rêves mais aussi sa confrontation avec les jeunes de son âge. Saura-t-il résister à cette violence latente et au désespoir qui étouffent la population de l'Intraville ? John Burnside réussit une nouvelle fois à explorer la noirceur et la complexité de l'âme humaine sans aucun jugement, variant les tons, le rythme happant ainsi le lecteur dans un monde simple et si réel.
L'Intraville est un lieu hanté par l'usine chimique abandonnée qui a fait les beaux jours de cette ville devenue un vrai mouroir pour les habitants. Les jeunes sont fascinés par ce lieu. De jeunes garçons disparaissent sans que personne ne s'en soucie réellement. Le meilleur ami de Léonard disparaît à son tour. Celui-ci mène l'enquête et s'acoquine malgré lui à une bande de jeunes voyous. Scintillation nous enflamme vers de multiples pistes afin de sonder les confins les plus noirs de l'âme humaine, mais avec poésie.
Scintillation, un bien joli mot pour un poème noir. Très noir. Qui se déroule entre deux mondes, l'Intra et l'Extraville. Ceux du dedans, ravagés par les mortels résidus chimiques d'une usine désaffectée, sans avenir et les autres, ceux du dehors, qui ne disent rien de ces mystérieuses disparitions d'enfants. Ces enfants perdus. Un roman thriller dans lequel Léonard, le jeune narrateur, tellement lucide, aime les livres et la littérature. Lire Proust dans le texte, La Bible, Moby Dick et tant d'autres. Piégé dans un gang, il tuera aussi dans un acte rédempteur. La grande lumière blanche du pardon d'un mystérieux homme- papillon.
Roman palpitant ou conte fantastique brillant, à multiples facettes, qui nous plonge dans les abysses de l'âme humaine, formidablement écrit.
Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l'Intraville, aux immeubles hantés de bandes d'enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d'enfer contemporain. Année après année, dans l'indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs.
Léonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascination pour la violence. Pourtant Léonard déclare que, si on veut rester en vie, ce qui est difficile dans l'Intraville, il faut aimer quelque chose. Il est plein d'espoir et de passion, il aime les livres et les filles.
Il y a dans ce roman tous les ingrédients d'un thriller mais le lecteur est toujours pris à contrepied par la beauté de l'écriture, par les changements de points de vue et leur ambiguïté, par le raffinement de la réflexion sur la façon de raconter les histoires et les abîmes les plus noirs de la psychologie. On a le souffle coupé, mais on ne sait pas si c'est par le respect et l'admiration ou par la peur. On est terrifié mais aussi touché par la grâce d'un texte littéraire rare.
«Un joyau exceptionnel qui va au-delà d'une histoire déconcertante et troublante pour éclairer les possibilités infinies du roman.»
Irvine Welsh
John Burnside est né en 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Ancien écrivain en résidence à l'université de Dundee, il enseigne aujourd'hui à l'université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l'auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et Un mensonge sur mon père.
Incontestablement, le réalisme magique d'un Châteaureynaud ou d'un Garcia Marquez souffle sur Scintillation ; on songe aussi, souvent, à L'orange mécanique d'Anthony Burgess, pour les jeunes héros cruels ; et au chef-d'oeuvre d'Orwell, 1984, pour le travail d'anticipation, le message et l'engagement du roman (destruction, pollution irréversible, la mort et le mal à l'oeuvre dans nos sociétés). Inspirations multiples, donc, et d'excellence, et pourtant ce chant polyphonique est unique, isolé. Il déborde des cases, pulvérise les codes narratifs connus, "éclaire les possibilités infinies du roman", écrit Irvine Welsh, un compatriote. Burnside est un grand poète, certes un peu moins conteur, mais son roman reste l'un des météores scintillants de cette fin d'année.
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L'Ecosse de John Burnside est une terre cernée d'ombres sur lesquelles il fait glisser l'archet d'une prose envoûtante, mélancolique, presque hypnotique. Ses territoires favoris, ce sont les friches délabrées de nos existences, les abîmes "où l'on n'a pas d'autre voisin que le vent"...
On ressort effrayé de ce roman - entre thriller et parabole macabre - où l'Ecossais a réuni toutes les phobies de notre époque, sous l'oeil d'un enfant perdu.
Il y a dans Scintillation du thriller (les disparitions), des éléments de suspense (le scandale écologique, la mainmise d'affairistes véreux, l'abandon par l'État de cette ville «décolorée, tout au bout d'une péninsule dont la plupart des gens ignorent l'existence»), et même un peu d'horreur suggérée. Pourtant, le roman n'appartient à aucune de ces catégories à proprement parler. Il revient, par des voies nouvelles et par le truchement d'un décor époustouflant, vers les thèmes qui habitent l'oeuvre de John Burnside et qu'on a pu découvrir dans Une vie nulle part, Les Empreintes du diable ou Un mensonge sur mon père : l'adolescence et ses possibles, les pièges de la violence, la spirale du déclassement et la déréliction qui l'accompagne...
Leonard Wilson, 15 ans, se cherche une issue dans la lecture, et dévore les grands auteurs ; c'est par sa voix que l'auteur noue les fils de ce texte complexe et poétique, porté par une langue dense, fluide, intensément musicale. Rappelons que John Burnside a été poète avant de devenir romancier et que son oeuvre à ce jour compte plus de recueils de vers que de romans.
L'auteur des Empreintes du diable et d'Une vie nulle part réussit une oeuvre ambitieuse et hypnotique qui ne cesse de se métamorphoser...
Porté par une écriture lyrique, violente comme la ville fantôme qui scintille les soirs d'orage, ce livre nous parle d'enfer et de rédemption. Et du péché d'omission - «tout savoir et ne rien faire», dans l'Intraville comme dans notre société qui a retiré le mot poésie de son vocabulaire.
Scintillation est l'histoire d'un cheminement spirituel, celui qui conduit à l'illumination, et au pardon. À la dernière page, l'image des mouettes flottant et braillant au-dessus des vagues est comme un écho de l'ouverture du roman, une rime...
Quand on referme le livre, on est moins satisfait d'en avoir effectué un possible décryptage qu'impressionné par la force d'un certain nombre de séquences, et sous le charme d'une voix. Car Burnside, comme le Mark Twain de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn, sait admirablement se mettre dans la tête et dans les mots de Leonard, adolescent lucide, caustique, malheureux, en quête d'une vérité, et d'un pardon.
Dans ce roman d'une aveuglante noirceur, le poète et écrivain écossais John Burnside joue avec les codes du thriller pour mieux les subvertir. Impossible de s'arracher à ce livre palpitant où les récits et les points de vue s'entrecroisent...
Pour John Burnside, l'enfer ne concerne pas les coupables mais bien les innocents sur la terre. L'incandescence du style confère une grâce ineffable à ce texte puissant.
LA VIE EST PLUS VASTE
Là où je suis à présent, j'entends encore les mouettes. Tout le reste s'estompe, comme le font les rêves dès qu'on s'éveille et qu'on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d'un bout à l'autre de la presqu'île, tellement stridentes et incessantes que je n'entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C'est tout ce qu'il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu'île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d'autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l'ample et pure lumière dans laquelle je m'avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d'une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m'appelle Léonard et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m'éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c'est là que l'avenir commence : dans l'oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l'Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu'on achetait à l'épicerie de quartier : l'image d'un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d'abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies. Je croyais à cette image. Je savais qu'elle était vraie - car il y a eu une époque où les gens pensaient que cette sombre béance, cette plaie, était véritablement la source d'où provenait le miel. Et ils avaient raison, car tout se transforme, tout évolue, et cette évolution est la seule histoire qui se perpétue à tout jamais. Tout évolue pour devenir autre chose, d'un instant à l'autre, à tout jamais. Ça, je le sais maintenant - et ici, là où je suis, je passe et repasse en revue cette histoire précise, inlassablement, rejouant les événements dont je me souviens, situant les blancs et les ombres laissés par l'oubli, me raccrochant à des broutilles comme si c'était le monde tout entier qui s'éclipsait, la vie elle-même qui s'évanouissait dans le passé, et pas seulement moi.
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