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.. L'accordeur de silences

Couverture du livre L'accordeur de silences

Auteur : Mia Couto

Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues

Date de saisie : 21/10/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque portugaise

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 9782864248392

GENCOD : 9782864248392

Sorti le : 25/08/2011

Bienvenue à Jésusalem, réserve de chasse perdue au fin fond du Mozambique dans laquelle Sylvestre s'est établit avec ses deux fils, son serviteur et l'oncle Aproximado. Depuis le décès de la mère de famille, il y a plusieurs années, les cinq hommes vivent en autarcie la plus complète, reclus au milieu de nulle part.

Sylvestre soutient à ses enfants, Ntunzi et Mwanito, que la Terre n'existe plus et qu'ils en sont les derniers survivants. Le nouveau monde créé par leur père porte le nom de Jésusalem car c'est le lieu où Jésus redescendra du ciel pour se faire pardonner de tout le mal qu'il a fait subir aux hommes.

La communauté est régit par un grand nombre d'interdits. Dépourvus de livres, de chants, de jeux, de rêves,... Ntunzi et Mwanito semblent avoir mis leur vie en suspens. Les journées s'enchainent dans une extrême monotonie marquées par l'absence d'apprentissages.

Mais l'arrivée d'une femme, une découverte pour les deux enfants, va venir faire voler en éclat le calme de Jésusalem et tourmenter la conscience de Sylvestre...

Un très bon roman à l'histoire originale portée par une sublime plume. Mia Couto réussit sans peine à nous faire franchir les portes de Jésusalem, cette prison à ciel ouvert.


  • Les présentations des éditeurs : 02/12/2011

«La première fois que j'ai vu une femme j'avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j'ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C'était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.
Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c'en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l'horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu'il appelait vaguement l'Autre-Côté.»

Dans la réserve de chasse isolée, au coeur d'un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l'accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l'arrivée d'une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.
Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarâes Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d'un univers littéraire plein d'invention, de poésie et d'ironie.

Mia Couto est né au Mozambique en 1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie à Maputo, il devient journaliste en 1974. Actuellement il vit à Maputo où il est biologiste, spécialiste des zones côtières, il enseigne l'écologie à l'université. Pour Henning Mankell, «il est aujourd'hui l'un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d'Afrique». Il est l'auteur, entre autres, de La Véranda du frangipanier.



  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 17 août 2011

Mia Couto parle à hauteur d'enfant. Il chuchote au côté d'une conscience qui s'éveille, après onze ans de sommeil...
De l'endoctrinement carcéral prodigué par son géniteur, l'enfant va peu à peu scier les barreaux, grâce à son ouïe tranchante. Sa transparence lui permet de s'immiscer partout, pour saisir la vérité de la nature, de la guerre, du colonialisme, de l'adultère, de la misogynie, de l'amour. Aux aguets, le petit garçon capte la voix intérieure de chaque être. Remarquablement traduite par Elisabeth Monteiro Rodrigues, parfaitement accordée aux silences, celle de Mia Couto est sèche et cristalline. D'une pure splendeur.


  • La revue de presse André Clavel - Lire, septembre 2011

Au Mozambique, un enfant tente d'échapper aux blessures et aux stigmates de la guerre. Envoûtant...
Entre conte fantastique et parabole, Mia Couto a signé un roman magnifique, flamboyant, où sa voix de conteur envoûté s'escrime à couvrir le fracas des guerres. Parce qu'"une bonne histoire est une arme plus puissante qu'un fusil ou un couteau".


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 20 octobre 2011

Un enfant né pour se taire, qui conjure la guerre au Mozambique. «L'Accordeur de silences», ou l'art du récit par la poésie. Les vies qu'on a ne sont pas vraiment vécues, pas comme on les raconte. On y meurt et on y renaît souvent et parallèlement. Ce sont des vaisseaux fantômes, Mia Couto écrit sur le pont. Charron tendre, il ne cesse de traverser le Styx dans un sens et dans l'autre. A bord, les passagers disent leurs plaintes, leurs merveilles. La langue flotte dans cette zone où l'existence vit par la brume, le silence, les voix. Face à ceux qui ignorent son portugais volant, triant vite fait les vivants et les morts, les veilles et les rêves, la mémoire et l'oubli, les récits et les poésies, l'écrivain peut répondre ce que dit son père à l'enfant qui, dans l'Accordeur de silences, nous conte l'exil et la refondation de leur famille : «Si on te menace de coups, réponds par une histoire.»...
Le titre, l'Accordeur de silences, est un surnom de l'enfant-narrateur : «Je suis né pour me taire. Le silence est mon unique vocation. C'est mon père qui m'a expliqué : j'ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences.» Il ne se souvient pas de sa mère, mais elle lui rend visite, dans la nuit ou près d'un fleuve. Il faut la suivre assez loin pour en vivre, mais pas plus. Les voix qu'on étouffe rendent fou. Celles qu'on suit vous étouffent.


  • Les courts extraits de livres : 02/12/2011

Moi, Mwanito, l'accordeur de silences

J'écoute mais ne sais
Si ce que j'entends est silence
Ou dieu.
[...]

Sophia de Mello Breyner Andresen

La première fois que j'ai vu une femme j'avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j'ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu. Simplement nommé : "Jésusalem." C'était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.
Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c'en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l'horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu'il appelait vaguement "l'Autre-Côté". En peu de mots, la planète entière se résumait ainsi : dépouillée d'humanité, de routes et d'empreintes animales. Les âmes en peine s'étaient elles aussi éteintes dans ces lointaines contrées.
En contrepartie, il n'y avait que des vivants à Jésusalem. Ignorant la saudade ou l'espoir, mais des gens vivants. Là, nous existions si seuls que nous ne souffrions même pas de maladies, et moi, je nous croyais immortels. Seules les bêtes et les plantes mouraient autour de nous. Et dans les étiages, notre fleuve sans nom, un cours d'eau qui coulait à l'arrière du campement, décédait de mensonge.
L'humanité c'était moi, mon père, mon frère Ntunzi, et Zacaria Kalash, notre domestique qui, comme vous le verrez, n'avait même pas de présence. Et personne d'autre. Ou presque. A vrai dire, j'ai oublié deux semi-habitants : l'ânesse Jezibela, tellement humaine qu'elle noyait les divagations sexuelles de mon vieux père. Et je n'ai pas évoqué non plus mon oncle Aproximado. Ce parent mérite une mention car il ne vivait pas avec nous dans le campement. Il habitait près du portail à l'entrée de la concession de chasse, au-delà de la distance autorisée, et nous rendait seulement visite de temps en temps. Les heures et les bêtes sauvages s'étendaient entre nous et sa cabane.
Pour nous, les gosses, l'arrivée d'Aproximado était le motif d'une très grande fête, un ébranlement dans notre aride monotonie. L'oncle apportait des vivres, des vêtements, des biens de première nécessité. Mon père, nerveux, sortait à la rencontre du camion où s'entassaient les commandes. Il interceptait le visiteur avant que le véhicule ne franchisse le mur qui entourait le bloc de maisons. Aproximado avait l'obligation de se laver afin de ne pas rapporter de contaminations de la ville dans cette enceinte. Qu'il fasse froid ou qu'il fasse nuit, il se lavait avec de la terre et de l'eau. Après son bain, Silvestre débagageait le camion, hâtant les livraisons, écourtant les adieux. En un instant volatil plus bref qu'un battement d'ailes, devant notre regard angoissé, Aproximado s'éteignait à nouveau au-delà de l'horizon.


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