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Auteur : Eric Scherer
Date de saisie : 23/06/2011
Genre : Presse Audiovisuel
Editeur : PUF, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782130585671
GENCOD : 9782130585671
Sorti le : 02/05/2011
S'il continue sur le mode «business as usual», le journalisme va vite devenir inutile et hors sujet pour un public et des décideurs qui s'informent désormais autrement. Il lui faut réinventer sa fonction, sa mission et sa place dans le nouvel écosystème de l'information partagée. Car si l'imprimerie a permis la démocratisation de la lecture, Internet a assuré celle de l'écriture.
La création de contenus, notamment journalistiques, par les gens qu'on appelait autrefois l'audience, est devenue phénoménale. Plus besoin d'imprimerie pour se faire lire, de stations de radio pour se faire entendre ou de télévision pour se faire voir. Chacun est devenu un média !
Les citoyens, défiants vis-à-vis des corps constitués, se tournent les uns vers les autres, pour échanger mondialement via les réseaux sociaux et délaissent les vieux médias... désintermédiés et les journalistes... court-circuités. Wikileaks et les récents événements politiques dans les pays arabes en témoignent. Mais face à l'«infobésité» qui nous accable du matin au soir, un nouveau journalisme de valeurs ajoutées, réalisé par des professionnels moins arrogants, s'avère aussi de plus en plus indispensable pour mettre de l'ordre dans le tsunami d'informations. Un journalisme de filtrage pertinent, enrichi de l'audience, des nouvelles technologies, et des extraordinaires possibilités de cette nouvelle société connectée. Un journalisme augmenté !
Les journalistes sauront-ils réinventer leur métier ? Faute de quoi, cette nouvelle audience, qui a pris le contrôle de leurs outils, déterminera, seule, s'ils doivent rester utiles et pertinents. Sans eux ?
Éric Scherer est directeur de la prospective et de la stratégie numérique du groupe France Télévisions.
Reporter, correspondant à l'étranger, chef de poste, rédacteur en chef, et aujourd'hui blogueur, il a occupé de nombreuses fonctions du journalisme en Europe, en Asie et aux États-Unis, à I'AFP et chez Reuters, avant de rejoindre des postes de direction en France et à l'étranger. Évangéliste de la révolution numérique de l'information, il est professeur à l'école de journalisme de Sciences Po.
Eric Scherer a été pendant plusieurs années directeur de l'analyse stratégique à l'Agence France-Presse (AFP). Tous les six mois, il publiait sous le titre AFP-médiawatch un pavé d'une bonne centaine de pages dans lequel il livrait la synthèse d'une veille effectuée jour après jour sur l'évolution des médias dans le monde, et surtout aux Etats-Unis. Les directeurs de journaux attendaient cette parution avec impatience, mais non sans une certaine appréhension. Car le journaliste de l'AFP avait la réputation de dire les choses crûment, quitte à bousculer les médias frileux pour les inciter au changement. Nommé directeur de la prospective du groupe France Télévisions, il offre la synthèse de ses travaux dans un ouvrage au titre provocateur. Malgré les apparences, Eric Scherer croit plus que jamais au journalisme. Mais à une autre approche du métier, ce qu'il appelle un "journalisme augmenté", enrichi de toutes les nouvelles possibilités offertes par la révolution de l'information numérique.
Eric Scherer a été pendant plusieurs années directeur de l'analyse stratégique à l'Agence France-Presse (AFP)...
Nommé directeur de la prospective du groupe France Télévisions, il offre la synthèse de ses travaux dans un ouvrage au titre provocateur. Malgré les apparences, Eric Scherer croit plus que jamais au journalisme. Mais à une autre approche du métier, ce qu'il appelle un "journalisme augmenté", enrichi de toutes les nouvelles possibilités offertes par la révolution de l'information numérique.
Extrait de l'introduction
Pratiquement tout ce qui bouleverse et restructure les médias et les métiers du journalisme d'aujourd'hui n'existait tout simplement pas en l'an 2000 : connexions Internet à haut débit, blogs, podcasts, flux RSS, Google News, Gmail, YouTube, Facebook, Twitter, iTunes, l'univers des applications, les écrans plats, la HD, la 3D, le Wi-Fi, la géolocalisation, les métadonnées, l'iPod, l'Internet mobile, les smart-phones, l'iPhone et le BlackBerry, les tablettes, Android, l'iPad, les lecteurs e-book, le streaming vidéo, la télévision connectée...
La crise transformationnelle à laquelle sont confrontés les journalistes des médias d'information, depuis moins de dix ans, est un changement d'époque, aussi monumental que l'arrivée du télégraphe au XIXe siècle ; un séisme du même ordre que l'invention de l'imprimerie pour les clercs de l'église catholique au XVe siècle.
Je souligne «depuis moins de dix ans», car le coeur de la révolution de l'information n'est pas apparu au milieu des années 1990 avec l'arrivée d'Internet - trop rapidement catalogué comme un nouveau support de distribution similaire au Minitel -, mais a surgi dans les années 2003-2004, quand l'ensemble des agents économiques, politiques, sociaux, culturels et le grand public ont réalisé que les barrières à la création et à la distribution de contenus avaient bel et bien disparu.
Plus besoin d'imprimerie pour se faire lire, de stations de radio pour se faire entendre ou de chaînes de télévision pour se faire voir. Le Web contributif, le fameux Web 2.0, a d'un coup remplacé le Web contemplatif. Après un Web de publication et de diffusion, nous profitons tous aujourd'hui d'un Web social de flux, où le temps s'est accéléré et l'espace rétréci. Après avoir été agrégés, les contenus d'informations du Web sont, aujourd'hui, fragmentés, éclatés, puis triés, et seront, demain, personnalisés.
Déstabilisés, les journalistes y auront-ils encore un rôle ? Probablement pas, s'ils choisissent le statu quo. À peu près certainement, s'ils réinventent leurs métiers en devenant les filtres indispensables et pertinents du nouvel âge d'or de l'information, dominé par une nouvelle abondance.
La révolution de l'information, c'est donc d'abord la démocratisation de l'écriture publique. Pour les médias classiques, traditionnels, les médias du patrimoine, l'événement technologique de la décennie écoulée est le développement d'outils et de services d'autopublication, faciles d'utilisation et bon marché, dans un univers connecté en permanence («Always on !»). Cette prise de contrôle des moyens de production et de distribution - dont l'usage est baptisé «médias sociaux» - s'est encore accélérée récemment avec l'essor du Web en temps réel, le Web instantané. Les gens délaissent les vieux médias pour se tourner davantage les uns vers les autres, pour échanger via les réseaux sociaux, qui n'en sont qu'à leurs débuts. Chacun a sa propre imprimerie (blog), sa station de radio (podcast) ou sa télévision (YouTube). Chacun contribue à un grand tableau d'affichage nommé Facebook ! Chacun va dire et partager ce qu'il sait ! Chacun est devenu un média !
Ces nouveaux outils alimentent le partage planétaire de cette denrée essentielle qu'est l'information, carburant de la révolution numérique. Sur la toile, les flux d'information en réseau (many to many) ont remplacé la vieille logique des mass média (one to many). Ils ne circulent plus de manière verticale et isolée, mais de façon horizontale et reliée. Jusqu'ici, l'information «descendait» des pouvoirs et des grands médias vers chaque foyer individuel. Désormais, elle se propage et s'étend parmi des gens connectés entre eux. Devenue ubiquitaire, cette information circule de plus en plus vite et sous des formes toujours plus différentes.
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