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Auteur : Paul Paillole
Préface : Frédéric Guelton
Date de saisie : 17/06/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782847365689
GENCOD : 9782847365689
Sorti le : 16/06/2011
Pendant dix ans, un Allemand dont le frère occupait les plus hautes fonctions dans l'armée du IIIe Reich a livré à la France, et à travers elle à la Pologne et aux Alliés, les informations les plus secrètes sur le réarmement de l'Allemagne, la réoccupation de la Rhénanie et les plans de conquête de l'Europe. Mais il a surtout fourni de précieux renseignements techniques sur la mystérieuse machine à chiffrer des Allemands Enigma. Son nom : Hans-Thilo Schmidt, nom de code H.E.
Ce fils dévoyé d'une grande famille berlinoise était assurément l'une des plus belles prises du renseignement français face aux menées d'Hitler. Pourtant, jusqu'en août 1939, le gouvernement et le haut commandement n'ont tenu aucun compte de ses informations. Et cet espion, qui permit aux Alliés de gagner la «guerre du chiffre», connut une fin tragique. Comment et pourquoi un tel gâchis et une telle réussite ont-ils été possibles ? Placé au coeur de cette affaire d'espionnage militaire, Paul Paillole nous livre ici les faits. Son témoignage, appuyé par une enquête auprès des acteurs clés, reste une contribution majeure à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et des services secrets français.
Ancien chef du contre-espionnage français, le colonel Paul Paillole est le fondateur de l'Association des anciens des services spéciaux de la défense nationale. Il est également l'auteur de Services Spéciaux, 1935-1945 (Robert Laffont, 1975) et a, par ses ouvrages, contribué à l'essor de la recherche sur le renseignement en France.
Historien, spécialiste de l'histoire de l'armée française, Frédéric Guelton enseigne l'histoire des relations internationales à l'IEP Paris et l'histoire militaire à l'ESM de Saint-Cyr. Il est notamment l'auteur de Pourquoi le renseignement ? (Larousse, 2004).
Extrait de l'introduction
Le samedi 2 juin 1973, trente-huit ans après, je refaisais 2 bis avenue de Tourville le parcours que j'avais effectué en 1935 alors que, jeune officier, je venais d'être affecté à la direction des services de renseignement et de Contre-Espionnage de l'État-major de l'armée, 2e Bureau (-S.R.-S.C.R.).
Le coeur serré, je revoyais pour la dernière fois ces locaux vétustés que nous avions dû abandonner en catastrophe le 11 juin 1940. Ils allaient être livrés aux architectes et aux démolisseurs. L'enceinte des Invalides, débarrassée de ces bâtiments annexes construits au début du siècle, devait retrouver la pureté historique voulue par Louvois.
Le général Thozet, directeur de la Sécurité militaire et maître des lieux pour un temps désormais limité, nous avait reçus, le général Henri Navarre, une centaine de camarades et moi-même. Il était entouré de son personnel du général Jeannou Lacaze, directeur des recherches au S.D.E.C.E., de Charles Chenevier, président de la Fédération des Réseaux de la France combattante.
Pour les «anciens», ce 2 bis représentait la «Maison» d'avant-guerre d'où l'on scrutait l'adversaire pour dénoncer ses ambitions et neutraliser ses entreprises.
Pour ceux qui nous avaient rejoints après 1940, c'était le temple mystérieux dont ils avaient maintes fois entendu parler et que nous leur avions appris à respecter en les associant à notre lutte contre l'envahisseur.
Pour les «nouveaux», affectés depuis la Libération au Service de Sécurité militaire ou au S.D.E.C.E., c'était le lieu chargé d'Histoire qu'ils allaient devoir quitter après cette ultime évocation du passé.
La sonnerie aux morts s'était élevée. Figés au garde-à-vous devant la stèle érigée à la mémoire du colonel André Sérot, nos pensées allaient vers eux, vers lui. S'il est une figure représentative de l'esprit qui régnait dans nos Services, c'est bien celle de ce soldat, combattant volontaire de la Première Guerre mondiale, chef du poste de renseignements de l'Armée de l'Air à Belfort de 1930 à 1940, mon adjoint de 1941 à 1944, lui-même directeur de la Sécurité militaire de 1946 à 1947. Traqué en vain par l'ennemi pendant plus de dix ans, il avait vécu le calvaire de son épouse arrêtée par représailles et déportée à Buchenwald. Jamais Sérot n'avait cessé de servir, modeste, efficace, lorsqu'il fut assassiné le 17 septembre 1948 à Jérusalem aux côtés du comte Folke-Bernadotte. L'un et l'autre, mandatés par l'ONU, tentaient de rétablir la paix dans le Moyen-Orient.
En cet instant de recueillement, ces souvenirs s'associaient au symbole du Renseignement français qu'était pour nous tous et pour très peu de temps encore cette enceinte du «2 bis», ces vieux murs témoins de tant d'élans, de tant de sacrifices.
L'oeuvre magistrale accomplie sans ostentation par ce «2e Bureau» de légende allait-elle être ensevelie à jamais sous les décombres de nos anciens bâtiments ?
Dernier témoin de cette oeuvre qu'inspirait la seule notion de défense et qu'animait le patriotisme le plus pur, j'ai pensé que l'intérêt de l'Histoire, tout autant que l'honneur de notre Maison, exigeait que fut enfin dévoilée notre plus grande entreprise de recherches sur l'Allemagne nazie : l'affaire H.E. (ou Asche).
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