Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Jacques Rigaut
Préface : vu par Frédéric Malette
Postface : Jean-Luc Bitton
Date de saisie : 20/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Ed. du chemin de fer, Nolay, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-916130-30-9
GENCOD : 9782916130309
Sorti le : 18/03/2011
Jacques Rigaut fut une des étoiles filantes qui ont traversé le ciel du mouvement Dada. Ceux qui s'en sortirent firent les beaux jours du Surréalisme. Les autres, comme lui, finirent d'une balle dans le coeur.
Il était l'archétype du poète maudit : pauvre, dandy, alcoolique - et puis les drogues, et puis l'héroïne.
Pour parachever le portrait, il laissa peu d'écrits. Mais voyez le bruit qu'il fait :
«Il n'y a pas de raisons de vivre, mais il n'y a pas de raisons de mourir non plus. La seule façon qui nous soit laissée de témoigner notre dédain de la vie, c'est de l'accepter. La vie ne vaut pas qu'on se donne la peine de la quitter...» Mais pourtant «essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière».
En 1923, Jacques Rigaut part aux États-Unis à la poursuite d'une riche héritière. Le 20 juillet 1924 à Long Island, alors qu'il joue aux cartes avec des amis, il se jette contre une glace. Pour les autres, ce n'est qu'un acte d'ébriété. Lui est persuadé d'être passé réellement de l'autre côté du miroir et de s'être dédoublé en la personne de Lord Patchoque, son alter égo dont il entreprend désormais de rassembler les écrits. C'est ce livre inachevé, ce livre infini, qu'éditent les remarquables éditions du Chemin de fer, accompagné d'illustrations de Frédéric Malette. Voici un traité de désabusement qui peut vous abattre ou vous fortifier, c'est selon. A manier en tout cas avec précaution.
Écoutons-le encore :
«Son désir, c'est probablement tout ce qu'un homme possède, au moins tout ce qui lui sert à oublier qu'il ne possède rien. Il suffirait d'avoir envie. Mais Lord Patchogue n'a pas envie d'avoir envie.» Et le mot de la fin, dont on a oublié qu'il en est le père :
«ET MAINTENANT, RÉFLÉCHISSEZ, LES MIROIRS.»
1) Qui êtes-vous ? !
Frédéric Malette, dessinateur, artiste.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un homme qui se cherche à tout prix.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"L'envers vaut l'endroit, il fallait s'y attendre." p35.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Lorsque je l'ai travaillé, j'écoutais pas mal de rockab (Reverend Beat-Man, Hipbone Slim....), mais essentiellement et pratiquement en boucle "Tron" de Daft Punk. Cette musique de film me permettait de vivre ma propre histoire, mon propre Lord, de sauter derrière la glace.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La folie et la confusion de l'autre dimension.
Son désir, c'est probablement tout ce qu'un homme possède, au moins tout ce qui lui sert à oublier qu'il ne possède rien. Il suffirait d'avoir envie. Mais Lord Patchogue n'a pas envie d'avoir envie.
Lord Patchogue, ou l'homme qui a traversé les miroirs.
Le 20 juillet 1924, lors d'une soirée à Long Island chez des amis, Jacques Rigaut se jette dans un miroir. Son double est né, Lord Patchogue, «l'homme qui cherche à ne pas mourir» mais qui, de l'autre côté de la glace, voit s'anéantir sa tentative désespérée de devenir un autre : «C'est moi que vous regardez et c'est vous que vous voyez.»
Jacques Rigaut (1898-1929) est une figure légendaire du dadaïsme et du surréalisme. Très tôt obsédé par le suicide, il ne publie que quelques textes en revue, entre 1919 et 1923. Ensuite, c'est le silence éditorial. Il part vivre à New-York, continue pourtant à écrire et se consacre essentiellement à Lord Patchogue, son grand oeuvre inachevé, publié après sa mort dans la N.R.F., en 1930.
De plus en plus esclave de l'alcool et de la drogue, il revient à Paris fin 1928. Après plusieurs tentatives de désintoxication, Jacques Rigaut, qui écrivait "Je serai un grand mort", se suicide le 6 novembre 1929 en se tirant une balle dans le coeur.
La fin de la vie de Jacques Rigaut a inspiré à Pierre Drieu la Rochelle son roman Le feu follet, adapté au cinéma par Louis Malle en 1963.
Frédéric Malette est un dessinateur hors pair, une sorte de surdoué du trait aussi désinvolte que cultivé. Ses oeuvres convoquent assez systématiquement sa propre représentation, mais l'objet de la mise en scène de son avatar n'a rien à voir avec un autoportrait. Ce double-là est systématiquement maltraité, disloqué, confronté à l'absurdité des situations improbables, burlesques ou absconses qu'il met en oeuvre ; ce double-là est sans cesse trituré, dématérialisé, en prise avec une malléabilité que seule l'imagination rend possible, et ces dessins deviennent des manifestes décapants et ludiques de notre propre incompréhension du monde.
Voici Lord Patchogue. Vous savez le reconnaître. Sinon lui, vous sauriez en reconnaître un autre et plus sûrement sans doute qu'il ne le ferait lui-même. A sa peau brune, son contour, son mouvement, un bel air, son visage où malgré le caractère des traits, malgré le contrôle des expressions, subsiste une certaine faiblesse qu'on ne sait où placer, quelque chose de vulnérable.
Est-ce pour vous aider, est-ce pour s'aider, Lord Patchogue fait plus, son vêtement est toujours pareil, non pas le même, car il y donne du soin, mais identique, mêmes formes, mêmes couleurs - comme s'il craignait d'être changé, d'être dans une nouvelle étoffe.
Touchez-moi au front, bien ! Maintenant regardez vos doigts, ils sont tachés de mon sang.
Quand je dis mon front, mon sang, c'est une concession aux habitudes du langage. Si je doute de mon existence, je ne conteste pas l'existence mais seulement qu'elle soit mienne. L'usage du possessif m'est interdit. Je m'explique.
Le nom sous lequel je suis connu est Lord Patchogue (inutile de dire que Patchogue, ma ville, n'existe pas). J'avais bel air... Je me le rappelle aussi bien que je me rappellerai votre visage.
Regardez-moi, mon visage ; vous n'y apercevez pas une ressemblance particulière, ce n'est pas étonnant - je ressemble à tout le monde. Vous comprendrez pourquoi plus tard. Dites-le donc, ou bien avez-vous peur, en ce moment, c'est à vous que je ressemble, je suis votre portrait vivant. Vous êtes devant un miroir. Je m'explique.
C'est par les miroirs que mon histoire doit commencer ou bien par l'impossible possessif - je me le demande. Lord Patchogue, j'ai dit, était mon nom. A dire vrai, quoique ce fût le seul auquel j'avais l'habitude de répondre, je n'étais pas très sûr que ce fût mon nom.
La chambre, les quatre murs, c'est intenable. Il faut bouger. On ne sait plus quelles rues éviter, celles qu'on connaît parce qu'on les connaît, celles qu'on ne connaît pas pour la même raison, ou pour une autre. Je soupçonne mes semelles de n'avoir pas été faites pour ces trottoirs, mes jambes pour ces pantalons, ni ma patience pour cette attente. Hauts faits, bas faits, acrobaties, records, le plus difficile c'est de respirer.
Toutes les passions sont extérieures.
La lâcheté, c'est toute la dignité de Lord Patchogue.
Qu'est-ce qu'on pourrait accepter ?
Le départ est honnête : toute proposition étant inacceptable, toute attitude indésirable, il ne reste qu'un refus paresseux et contracté et les gestes, les désirs, la pensée s'éloignent de moins en moins de la coquille.
La suite l'est moins : quoi qu'il fasse et quoi qu'il ne fasse pas, Lord Patchogue l'appelle sa lâcheté ; on ne peut plus se tromper.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia