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Auteur : Hervé Bellec
Date de saisie : 15/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Editions-dialogues.fr, Brest, France
Collection : Littératures
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 9782918135272
GENCOD : 9782918135272
Sorti le : 16/06/2011
Après avoir été musicien et bistrotier, Hervé Bellec est aujourd'hui prof d'histoire-géo à Brest. Il a publié une douzaine de romans et de recueils de nouvelles sur des thèmes aussi divers que le voyage et les évasions mais aussi le quotidien, les jours avec et les nuits sans, la vie en général et l'amour en particulier.
Appelons-la Claire, Moune ou bien alors Bénédicte. Elle est prof de lettres, agent immobilier ou agricultrice bio. Elle corrige des copies, fait du sport ou essuie des verres derrière un comptoir. Elle porte des bottes en caoutchouc, des talons hauts, des sandales. Elle a trente ans et attend un enfant. Elle en a cinquante et n'attend plus grand-chose. Elle a de l'ambition, des exigences et de l'autorité sauf quand elle a renoncé à tout. Elle est naïve. Elle est souvent cruelle. Elle est à moitié dingue ou peut-être trop raisonnable. Elle est fragile comme le verre et aussi tranchante que l'arête d'un silex. Elle peut se faire tuer. Mais elle est aussi capable de tuer. Donnons-lui un joli prénom. Clotilde ou Juliette. Lui ne sait plus comment il s'appelle. Il court. Il court après elle, après ce qu'il pense être sa proie, il court après des ombres, il ne cesse de courir, courir jusqu'à plus soif, jusqu'à bout de souffle, jusqu'au précipice. Il n'a pas encore compris, comme dit la chanson, que les histoires d'amour finissent mal... en général. Elles vont se charger de le lui faire bien comprendre.
L'angoisse du guerrier Massaï
Fais du corps de ta bien-aimée une argile que tu pétris à ton gré : tourne-la et retourne-la tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, et que votre couche soit un océan de délices...
Cheikh Nefzaoui
Le jardin parfumé (XVIème siècle)
Je la regardais de travers, par delà mes lunettes, je lorgnais, voyeur impénitent que j'étais. Elle était allongée au soleil sur une vieille couverture étalée dans un coin du jardin, un coin discret, secret, notre coin à nous, notre terre sacrée, protégé par un solide massif d'hortensias qui ces dernières semaines s'était mis sur son trente et un. C'était le seul endroit où le voisin ne pouvait pas mater. Le voisin ! Un marin en retraite de la Royale avec lequel on s'était pris mutuellement et tacitement en grippe quelques jours à peine après notre installation. Il nous avait regardé planter la haie d'un air soupçonneux, nous rappelant au passage que la loi autorisait une hauteur maximale de deux mètres, ceci à une distance de quatre-vingts centimètres de la propriété voisine, de toute façon, ça ne poussera jamais, prédisait-il méchamment avant d'aller râler à la mairie à propos d'une sombre histoire de cadastre. Il était né là, son père aussi, grommelait-il, une bombe anglaise était tombée sur sa maison en août 44, sa pauvre mère en avait perdu la raison, il avait dû vivre avec sa famille dix-sept ans dans une baraque américaine du plan Marshall de la cité de Poul-ar-Bachet, dix-sept ans, avant de pouvoir s'offrir un vrai toit, vous entendez, un vrai toit, il savait, c'était pas des gens venus d'on ne sait où qui allaient faire la loi dans ce quartier, nom de Dieu. Depuis, plus un seul mot n'avait été échangé entre nous et pour parler franchement, personne ne s'en plaignait. Entre temps, la haie avait poussé, généreuse comme les blés.
J'avais du travail, moi, des priorités, une demande de subvention au Conseil régional qu'il me fallait absolument remplir pour le 30 juin, dernier délai, faute de quoi le pognon nous passerait sous le nez, déjà qu'ils étaient de moins en moins généreux, qu'il fallait faire des pieds et des mains pour obtenir quoi, une misère, des cacahuètes, à croire que les avaricieux avaient pris le pouvoir dans cette foutue noble institution. Non, s'agissait pas de prendre du retard. Je m'empêtrais dans des devis bancals, des budgets prévisionnels douteux, une légère brise faisait frissonner ma feuille, Monsieur le Président, j'ai l'honneur de solliciter la bienveillance de..., et je la reluquais, clandestinement, alors qu'elle s'était vautrée sur le ventre, en culotte et soutien-gorge, au soleil, la tête plaquée contre ses bras croisés, au centre exact de la trajectoire de mon champ orbital.
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