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Daniel Kerh est né près de Brest, en 1943. S'il a écrit quelques romans (Le Pèlerin de Saint-Pierre Quilbignon), plusieurs livres sur le cyclisme (Du Vélo et des Hommes), il n'a jamais privilégié l'événementiel. Seule lui importe la destinée humaine. Il l'aborde par une approche quotidienne et humble. Initiée par deux récits (Mémoire de Bus, Le Complexe du Rémouleur), sa quête s'élève quand il se confronte à Victor Segalen, homme au talent immense.
Médecin de marine, écrivain et poète de talent, voire de génie, Victor Segalen reste méconnu. Sa notoriété ne dépasse pas le cercle des colloques universitaires. Le propos de Daniel Kerh est de le libérer de cet enfermement, en allant à la rencontre de l'homme. À travers les rues de Brest, un été gris de pluie, il aperçoit «la silhouette fuyante et pressée de Victor Segalen». À pied ou à vélo, devant son bureau ou à l'air libre, Daniel Kerh n'a de cesse d'examiner l'oeuvre et la vie de Victor Segalen.
Dans ce journal, l'auteur se dévoile au fil de sa découverte et compréhension de l'écrivain dont il souhaite saisir la destinée.
Les courts extraits de livres : 15/06/2011
Victor Segalen et le Roi Dagobert
Le 11 juin 2008.
La lectrice regrettait que la pluie ruisselle le long de mon livre. C'était il y a longtemps. Je me souviens seulement que la dame était grande. Elle avait un parapluie dans les mains. C'était pourtant un jour de plein soleil, comme aujourd'hui. Est-ce mon imagination ou plutôt ma mémoire qui me joue des tours ? Je pencherais pour la mémoire. J'ai eu 65 ans, il y a neuf jours.
Je n'écris que dans l'urgence, quand je sens qu'un danger me guette, pour me sauver. L'essentiel est de survivre, de durer. L'été, je parcours des centaines de kilomètres à vélo et je bois du vin blanc frais, très frais. J'enferme ainsi pour un temps mes chagrins. Cette fois, la méthode a montré ses limites. Il me fallait autre chose. Dimanche, en traversant Huelgoat, au sein d'un joyeux peloton de cyclotouristes brestois, j'ai éprouvé un semblant d'illumination en songeant que Victor Segalen était mort dans la forêt toute proche, le 21 mai 1919. Il avait 41 ans. Rien ne m'est plus étranger que cet auteur qui a cherché sa vérité en Chine. Je ne suis pas un voyageur. Je ne suis pas un intellectuel non plus. Les barrières de l'hermétisme me sont infranchissables et mes réflexions m'apparaissent souvent clochardes, même si j'essaie de les embellir avec des mots trempés dans l'eau claire. Mais Victor Segalen est presqu'un voisin. J'habite à quelques rues de la maison où il est né. Voilà une raison suffisante, et je n'en ai pas trouvé d'autre, pour utiliser le patronage de ce prestigieux écrivain brestois avant d'entreprendre un nouveau vagabondage dans des paysages qui me sont familiers.
Le téléphone m'interrompt tandis que j'achève cette première page. J'ai mis quelques longues secondes à reconnaître la voix d'Émile. Et pourtant nous avons effectué 400 kilomètres ensemble, le week-end dernier. Il m'annonce qu'untel ne m'aime pas beaucoup. Je suis presque rassuré. Le désamour convient au troisième âge, quand il n'est plus l'heure où l'on cherche à être aimé.