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Auteur : Anne Percin
Date de saisie : 01/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rouergue, Arles, France
Collection : La brune
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 9782812602498
GENCOD : 9782812602498
Sorti le : 24/08/2011
"Les leçons de courage sont des leçons de cruauté."
Anne Percin est un auteur que j'apprécie beaucoup. J'avais déjà beaucoup aimé Bonheur Fantôme, ainsi que son roman pour adolescents, Comme des trains dans la nuit.
Et Le premier été m'a tout autant plu, car j'y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans l'univers d'Anne Percin : une certaine mélancolie ou nostalgie, une écriture douce-amère, des personnages dont on se sent tout de suite très proches...
Deux soeurs se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents, aujourd'hui décédés. C'est le moment pour elles de se partager les objets souvenirs et aussi le moment de faire un bond en arrière, surtout pour la narratrice, la plus jeune des deux soeurs.
Elle nous fait vite comprendre qu'elle vit avec un très lourd secret, depuis l'été de ses seize ans... Nous plongeons donc dans ses souvenirs, dans les années 80. Les deux soeurs passent tous les étés chez leurs grands-parents, en Haute-Saône. Tous les ans, elles réapprivoisent les gamins du village, et elles retrouvent les autres enfants de la colonie de vacances voisine.
Mais cet été-là, tout est un peu différent, car l'amour va s'en mêler...
Le lecteur pourrait alors s'attendre à une histoire assez classique, qui sent bon les souvenirs de vacances et des premières amours, mais Anne Percin arrive à nous surprendre via un retournement de situation dans l'intrigue.
L'apprentissage de la vie d'adulte nous apprend aussi la honte et la cruauté... C'est la terrible leçon qu'apprendra l'héroïne de sa mésaventure, et c'est ce qui fait toute la force du roman d'Anne Percin.
Catherine se souvient. Dans la maison de vacances de son enfance, elle raconte à sa soeur ainée ce qu'elle a vécu durant cet été là. Elle lui raconte ce que personne n'a jamais su et qu'elle n'avait jamais raconté. L'année de ses 16 ans il s'est passé quelque chose. Un événement inoubliable. En tant que lecteur on n'oublie pas non plus et on est touché en plein coeur. Une écriture juste. Un roman vraiment bouleversant.
Deux soeurs qui se retrouvent pour vider la maison familiale dans laquelle elle passèrent toutes leurs vacances. Et l'une d'entre elle nous raconte un été bien particulier, un été qui aurait pu être beau, tout simplement beau... mais qui va sombrer dans l'atroce.
Une écriture d'une grande limpidité qui nous amène, sans heurts, mais sans nous laisser reprendre notre souffle, jusqu'au dénouement final.
Extrait : "Les branches basses et dénudées m'effleurent sans me griffer, elles se cassent sur mon passage. Les sapins sont des arbres étrangement accueillants. Ils creusent entre eux des trous couverts d'épines grises et odorantes, aussi douces que la mousse. On croit marcher sur de la feutrine." [p89]
1) Qui êtes-vous ? !
Une eau qui dort.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'opposition entre normalité et anormalité, entre société et sauvagerie.
C'est aussi l'adolescence vécue comme un renoncement, un deuil. Une faute.
Mais la faute originelle n'est pas là où on l'imagine...
On peut voir ça comme une relecture du mythe du jardin d'Éden, où le pêché n'est pas d'avoir croqué la pomme, ni d'aller nu, ni d'avoir désobéi : le péché, c'est de croire que tout cela était mauvais, et d'en avoir eu honte...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"La vie est là, sous mes fenêtres, dans les prés, dans les bois. Une vie impensable, inacceptable, qui n'attend que moi, et dont je n'ai pas voulu."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'album "In praise of dreams", de Jan Garbarek (saxophoniste de jazz norvégien), d'une grande lenteur, d'une infinie sensibilité - un lyrisme ténu, qui emprunte parfois au folklore, mais se joue des silences, des respirations - l'écouter, c'est rêver, voyager dans le passé.
Je l'ai écouté en boucle quand j'écrivais.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Par définition, c'est une chose difficile à exprimer : l'ineffable. Un mot bien poétique et oublié, qui recouvre les sentiments complexes qu'on ne sait pas nommer, les secrets étouffés, les remords lancinants, les cris retenus.
Tout ce dont on ne dit jamais rien à personne.
En fait, je veux parler aux silencieux.
Deux soeurs se retrouvent une fin d'été en Haute-Saône, afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Depuis longtemps, Catherine, la benjamine, se tient loin de ce village... Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé font surgir en elle des souvenirs précis et douloureux. Sa soeur aînée a fondé une famille, elle, non. Devenue libraire, c'est une femme solitaire.
À l'adolescence déjà, elle passait ses heures dans les livres. Mais pour ce qu'elle a vécu ici, l'été de ses seize ans, l'été de sa lecture du Grand Meaulnes, «il n'y a pas eu de mots. Il n'y en a jamais eu, ni avant, ni après. C'est quelque chose qui ne ressemble à rien d'écrit.» Quinze années ont passé, et personne n'a jamais su quel secret la tenaillait depuis tout ce temps, le drame dont elle a peut-être été coupable.
C'est une histoire d'innocence et de cruauté que nous raconte Anne Percin. Sensuelle et implacable à la fois, douce-amère comme tous les crève-coeurs de l'enfance.
Née en 1970 a Épinal, Anne Percin grandit à Strasbourg qu'elle quitte à 25 ans pour Paris, où elle comment à enseigner le français en collège. Marquée dans l'enfance par la lecture de Colette, elle cherche à revenir vivre à la campagne, un rêve accompli en 2003 ou elle s'installe en Bourgogne avec son compagnon, l'écrivain Christophe Spielberger et leur enfant. Ellle vit actuellement en Saône et Loire. Son premier roman pour adultes, Bonheur fantôme (la brune, 2009) a reçu le Prix Jean Monnet des jeunes lycéens européens.
C'est une croix, plantée à la sortie du village. Je l'ai encore vue ce matin, en allant à la déchetterie. Elle est toujours là, au bord de la route. Longtemps, je n'ai pas osé tourner la tête de ce côté-là de la départementale. Lorsqu'on arrivait au village, je fixais les champs, la montagne un peu plus loin, le ciel, la vieille publicité Dubo, Dubon, Dubonnet peinte en bleu sur le pignon d'une maison.
Cette fois, je me suis arrêtée tout près d'elle, sans sortir toutefois de la voiture, laissant le moteur tourner.
J'ai regardé les fleurs, toujours les mêmes à en juger par leur usure. Ce sont des fleurs en plastique aux couleurs fanées qui tirent toutes vers le rose, exactement comme les photos qui restent trop longtemps au soleil, à croire que le rose est la couleur originelle de toute chose. On devine ce qu'elles ont été : des bouquets serrés de faux lys, d'orchidées, de freesias, le tout en nylon, noué contre le bois de la croix. Certains pétales sont déchirés, mangés par des bêtes ou par l'humidité.
La croix est surmontée d'un toit fait de deux planchettes. Le tout est couvert de mousse. Au sommet, pend une pochette en plastique qui a contenu une photographie. Le plastique a moisi, la photo est probablement décolorée comme les fleurs. Je n'ai pas eu le courage de l'extraire de la pochette. Je connais le visage qu'elle montre, mais le regarder est au-dessus de mes forces. Je préfère penser qu'elle est trop délavée pour qu'il soit reconnaissable.
Des coquelicots poussent dans les ornières, derrière la croix. Ce n'est pas une tombe. Pas plus que ne le sont, sur le bord des nationales, les silhouettes noires découpées dans le métal, sur les sites des accidents meurtriers. C'est vide, ça ne contient rien, ça ne protège rien. C'est juste un lieu, une borne, un espace délimité pour fixer le souvenir du drame qui s'est joué là, il y a quinze ans. Un drame auquel je n'ai pas assisté. Un drame dont je ne suis peut-être pas responsable.
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