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Auteur : Nathalie Rheims
Date de saisie : 21/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Léo Scheer, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7561-0327-3
GENCOD : 9782756103273
Sorti le : 01/06/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Nathalie Rheims, Écrivain
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un Mystère sous la coupole de l'Académie Française
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'étais partagée entre le désir d'entendre cet hommage, le roulement des tambours sous la Coupole, je me disais que Maurice pourrait qu'en être fier, et son désir profond, celui qui me faisait agir : que personne puisse s'asseoir sur ce fauteuil 32, qu'il n'y ait pas d'éloge puisque les deux choses étaient liées.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Requiem de Mozart
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'amusement et le goût du secret.
Stupeur et chuchotements sous la Coupole.
Une malédiction pèse sur le fauteuil 32 de l'Académie française. Cet énigmatique mauvais sort, vérifié par de nombreux historiens depuis l'origine, fut le sujet, en 1910, d'un roman fameux : Le Fauteuil hanté. Son auteur, le célèbre feuilletoniste Gaston Leroux, avait résolu l'énigme et en avait dissimulé les clefs dans son manuscrit.
Le destin voulut que ce soit Maurice Rheims, titulaire du fauteuil 32 de 1976 à 2003, qui devienne l'expert de la succession Leroux. Il reçut, pour rémunération de son travail, le mystérieux manuscrit. Au moment de mourir, il le transmit à sa fille pour l'aider à exécuter sa dernière volonté : que jamais personne ne s'assoie sur son fauteuil. Si elle parvenait à accomplir cette mission, malgré le déchaînement des ambitions et les sombres tractations des candidats, son père pourrait goûter à la vraie immortalité, celle des fantômes.
Dans son treizième roman, Nathalie Rheims tourne une page. C'est avec une légèreté, un humour, une ironie mêlés de tendresse qu'elle fait revivre tous ceux qui entouraient son père afin qu'il n'attende plus que son éloge soit prononcé.
Sa manière ? Drôle, pleine de grigris, de bagues signées Codognato, de magie noire ou rose, d'exorcistes, de revenants, de décadents. Avec, en fond de décor, une foule de pontifes sous pseudonymes parmi lesquels il sera facile d'identifier François Nourissier, Marc Fumaroli, Pierre Combescot, Erik Orsenna, Houellebecq - alias "Chouchou" - et plusieurs autres premiers ou seconds couteaux de la comédie littéraire. L'intrigue se déploie entre Venise et le cap Corse. On y croise le Sâr Péladan, Jean-Luc Delarue, une beauté hispanique, quelques momies à peine libérées par Adèle Blanc-Sec et, bien sûr, le cher Gaston Leroux - dont Maurice Rheims expertisa la succession. L'ensemble se savoure comme on dîne en ville : entre bonnes manières, babils, coups bas et grincements de dents. Puisqu'il serait indécent de dévoiler le fin mot de cette intrigue délicieusement improbable, signalons seulement sa morale : ce Fantôme du fauteuil 32 raconte l'histoire d'une jeune femme, Nathalie, qui adorait son père, qui est inconsolable de leurs jolies promenades vénitiennes et qui ne se refuse rien pour prolonger son immortalité avec l'allégresse d'une Indiana Jones égarée entre grimoires, codex et petits-fours.
Oscillant entre roman à clefs très parisien - on croise des clones d'Amélie Nothomb, de François Nourissier ou de Robbe-Grillet - et quête ésotérique d'un manuscrit-palimpseste, Nathalie Rheims rend un double hommage enlevé à son père adoré et à Gaston Leroux, jadis auteur du Fauteuil hanté, roman ayant pour cadre le Quai Conti...
Nathalie Rheims, ou Adèle Blanc-Sec sous la Coupole.
Premier épisode
UN NOËL À VENISE
J'avançais à tâtons dans les lueurs de Venise, engourdie par le froid humide et pénétrant de cette veille de Noël. Une brume épaisse restait depuis l'aurore accrochée à la lagune. À la recherche d'un cadeau pour mon père, j'avais fini par me perdre dans l'enchevêtrement des ruelles, et je rentrais bredouille.
Avançant à pas lents sur la place San Giovanni e Paolo qui me terrifiait depuis l'enfance, je finis par voir surgir l'impressionnante statue du Colleone de Verrocchio, perché sur son cheval, prêt à conquérir le monde. Il me renvoyait à la vision minuscule que j'avais de moi-même durant ces années où, invariablement, le rituel de Noël recommençait, entre mon père et ses confrères de l'Académie.
Ils étaient là tous ses «chers amis», exactement les mêmes que ceux qui se précipitaient chaque (dimanche soir dans le salon de Maurice, faubourg Saint-Honoré ; mais à Venise, disait-il, ce n'était pas pareil.
Mon père adorait l'Académie française comme un enfant aime ses jouets, et la régression propre aux réjouissances de fin d'année lui permettait de profiter pleinement de ce penchant puéril. J'avoue que pour ma part je ne voyais pas bien la différence, et je subissais, à la fois amusée et stoïque, ce scénario répétitif d'un jour sans fin, cette sorte de fête de la marmotte.
Quand je passais en revue l'aréopage de membres éminents de l'Institut et de redoutables jurés des principaux prix littéraires réunis par Maurice, j'étais prête à me laisser décourager, à prendre la fuite, mais pour aller où ?
J'aimais mon père plus que tout, et l'idée d'accompagner ses jours suffisait à me rendre heureuse.
Je repris des forces en prononçant à voix basse le titre d'un livre d'un de ses illustres copains qui me donnait à chaque fois envie d'éclater de rire - mais je me reprenais toujours : En avant, calme et droit.
Sans chercher plus loin, j'entrai d'un pas décidé dans la première boutique venue, où j'achetai un de ces cahiers à la couverture mordorée, avec un beau papier, qui se fermaient à l'aide d'une lanière de cuir.
Mon père, qui écrivait à la main, m'avait confié la veille avoir du mal à commencer son nouveau livre.
Je lui offrirais donc ce cahier comme un talisman propre à conjurer l'angoisse de la page blanche.
(...)
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