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Auteur : Wade Davis
Traducteur : Marie-France Girod
Date de saisie : 23/07/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Latitudes
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-22142-1
GENCOD : 9782226221421
Sorti le : 04/05/2011
«Avant de mourir, l'anthropologue Margaret Mead a exprimé la crainte qu'en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d'une culture moderne générique et informe, qui n'aurait pas de concurrente. Elle redoutait que toute l'imagination humaine ne soit contenue à l'intérieur des limites d'une unique modalité intellectuelle et spirituelle. Son pire cauchemar, c'était que nous nous réveillions un jour sans même nous souvenir de ce que nous avons perdu.»
Ainsi s'exprime l'anthropologue canadien Wade Davis qui, après avoir sillonné la planète pendant plus de quarante ans, confirme dans ce livre la réalité des menaces qui pèsent aujourd'hui non seulement sur la biodiversité mais aussi sur la diversité humaine et culturelle. Dans un avenir proche, de nombreuses cultures, parmi les plus fragiles, sont vouées à disparaître. Et avec elles, des connaissances, des modes de pensée, des arts et des spiritualités : toute une mémoire ancienne qui représenterait une perte considérable pour la planète.
De la Polynésie aux Andes, du Mali au Groenland, du Tibet à l'Australie, Wade Davis nous entraîne dans un voyage qui est tout autant un plaidoyer en faveur des cultures anciennes qu'une invitation à repenser notre monde avant qu'il ne soit trop tard.
Explorateur en résidence à Washington de la National Géographie Society, diplômé de Harvard en anthropologie, ethnobotanique et biologie, l'anthropologue canadien Wade Davis sillonne la planète depuis plus de quarante ans.
Avec son premier livre traduit en français, «Pour ne pas disparaître», il nous entraîne dans ses voyages de la Polynésie aux Andes, du Mali au Groenland, de la Nouvelle-Zélande au Canada, du Tibet à l'Australie,...
Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale, n'est pas un plaidoyer pour la biodiversité, mais la magnifique (et amère, parfois) plongée dans des cultures en voie de disparition que Davis a eu la chance d'observer longuement, lentement, dans ses enquêtes de terrain.
Au départ de sa vocation, une hésitation. En 1981, étudiant à l'université de Harvard, il peut aller suivre une série de conférences faite par le dalaï-lama, ou bien assister aux cours du fondateur de la sociobiologie, Edward Wilson. Entre la spiritualité exotique et la science réductionniste, Wade Davis choisit l'anthropologie de David Maybury-Lewis (1929-2007), qui défend la cause des Indiens d'Amazonie et polémique avec Claude Lévi-Strauss (1908-2009) sur l'organisation de leur mythologie...
Lorsqu'on lui fait l'objection (défendue par le biologiste américain Jared Diamond) selon laquelle les sociétés autochtones détruisent l'environnement autant qu'elles le préservent, il s'emporte : "C'est un raisonnement déterministe qui ne prend pas en compte le rôle des idées !" A ses yeux, la disparition de ces sociétés n'est pas seulement une atteinte aux droits des hommes à la vie, mais la perte d'une possibilité de choisir un autre rapport à l'environnement. C'est pourquoi la curiosité qu'il veut susciter pour ces sociétés est le point de départ d'une conversion intellectuelle, voire spirituelle, conduisant à voir autrement nos problèmes écologiques.
La saison de la Hyène brune
«Je tiens à ce que le vent de toutes les cultures puisse circuler librement dans ma maison, mais je refuse que l'une d'elles m'emporte.»
Gandhi
Entre tous les plaisirs du voyage, l'un des plus intenses est de pouvoir partager la vie de peuples qui n'ont pas oublié les anciennes coutumes et sont toujours en contact avec leur passé dans le souffle du vent, la texture de pierres polies par la pluie, le goût des feuilles amères. Il suffit de savoir qu'en Amazonie, les chamans jaguar continuent à se déplacer sous la Voie lactée, que chez les Inuit, les mythes des anciens ont encore un sens, qu'au Tibet, les bouddhistes sont encore en quête du souffle du Dharma, pour retrouver la leçon essentielle de l'anthropologie : l'univers social dans lequel nous évoluons n'existe pas dans l'absolu, il est un simple modèle de réalité, la conséquence d'un certain éventail de choix intellectuels et spirituels effectués avec succès par notre lignée culturelle de nombreuses générations auparavant.
Que nous cheminions en compagnie des Penan nomades dans les forêts de Bornéo, d'un prêtre vaudou en Haïti, d'un curandero dans les Andes péruviennes, d'un méhariste tamachek dans les sables rouges du Sahara, ou encore d'un berger conduisant son troupeau de yaks sur les pentes du Chomolungma, l'enseignement est le même. Ces peuples nous apprennent tous qu'il existe d'autres options, d'autres possibilités, d'autres façons de penser et d'interagir avec la planète. Et cette idée ne peut que nous remplir d'espoir.
Ensemble, ces innombrables cultures tissent autour de notre Terre une toile de vie intellectuelle et spirituelle aussi importante pour sa santé que le réseau de vie biologique que nous connaissons sous le nom de biosphère. Il s'agit là d'une sorte d'ethnosphère, la somme des pensées et des intuitions, des mythes et des croyances, des idées et des inspirations auxquels l'imagination des hommes a donné vie depuis qu'ils sont doués de conscience. L'ethnosphère est le plus beau patrimoine de l'humanité. Elle est le produit de nos rêves, l'incarnation de nos espérances, le symbole de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons créé en tant qu'espèce dotée d'une curiosité et d'une capacité d'adaptation étonnantes.
Et de même que la biosphère, cette matrice biologique de la vie, est gravement érodée par la destruction de l'habitat et par la disparition d'espèces végétales et animales qui en résulte, l'ethnosphère souffre, mais à un rythme bien pire encore. Aucun biologiste, par exemple, n'avancerait que 50 % de la totalité des espèces sont moribondes. Et pourtant, ce scénario catastrophe pour la biodiversité est largement dépassé par l'hypothèse la plus optimiste en matière de diversité culturelle.
Ce qui l'atteste, c'est la disparition des langues. Car une langue, bien entendu, n'est pas uniquement un ensemble de règles grammaticales ou un vocabulaire. C'est une étincelle de l'esprit humain, le véhicule grâce auquel l'âme de chaque culture parvient au monde matériel. Chaque langue est une forêt ancienne de l'intelligence, une cascade de pensées, un écosystème de possibilités spirituelles.
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