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Auteur : Olivier Sillig
Date de saisie : 23/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Buchet Chastel, Paris, France
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-283-02522-2
GENCOD : 9782283025222
Sorti le : 18/08/2011
Dans un pays inconnu, un jeune homme reprend conscience. Il est seul, ses camarades, à ses côtés, sont décédés. Un obus, certainement. L'homme se lève puis croise une voiture elle aussi détruite. Deux adultes encore au volant sont morts pourtant un bébé continue de vivre. Stejpan passe son chemin, puis revient sur ses pas pour prendre dans ses bras ce petit bout de chair. Au milieu de la guerre, sur la route, un lien indéfectible se soude, Stejpan découvre la vie, l'amour, un amour qui fait face à l'horreur et la haine, affrontement inégal, mais la vie incarnée par ce bébé sera plus forte que tout, le lecteur l'espère tout du moins !
Un jeune homme reprend conscience. Autour de lui gisent ses camarades d'infortune. L'histoire se passe de nos jours, dans un pays qui n'est pas nommé.
A quelques mètres, une voiture, une Skoda - elle aussi victime du raid aérien. A l'intérieur, un bébé respire encore. Après quelques hésitations, l'homme prend l'enfant dans ses bras et part sur la route.
Notre monde et sa violence. Mais aussi, le lien qui se crée entre un jeune homme et un enfant. La beauté de la vie contre l'absurdité de la mort.
Olivier Sillig vit en Suisse. Il a publié, entre autres ouvrages, Bzjeurd, aux éditions de l'Atalante.
Artiste peintre, scénariste et réalisateur (il a signé un scénario, trois courts-métrages et un documentaire entre 1994 et 1999), avant de privilégier à l'engagement littéraire, Olivier Sillig affirme un talent de conteur repéré dès son premier roman, Bzjeurd (L'Atalante, 1995, repris en Folio-Gallimard, 2000). Science-fiction, fantastique, prose poétique, Sillig s'essaie moins à tous les genres qu'il n'en joue, toujours mu par un projet d'écriture qui se moque des classifications...
L'écrivain vaudois, dont le site personnel et le blog livrent le goût pour les aventures implacables, les initiations et les transgressions qui maintiennent l'homme dans sa stature première, pas nécessairement héroïque, dit avec Skoda qu'il faut continuer à croire que "le bonheur, ou quelque chose d'approchant (...), peut ou doit exister." Sans plus. Puisque, comme la foi dans le salut, celle dans le bonheur ne se prouve pas. De ces "leçons de ténèbres", qui rythment le roman comme une parodique semaine sainte, ne sourd aucune morale. Juste le récit d'un acte d'amour sans concession dont le pari tient l'homme debout.
Après le coucher du soleil, le bruit des cigales couvre tout. La chaleur, au lieu de descendre, écrasante, s'inverse rapidement et monte du sol, étouffante. Partout, à perte de vue, c'est la garrigue ; de la bruyère, rase mais dense, parsemée d'herbes aromatiques sauvages et vivaces ; quelques arbres, petits et trapus, essentiellement des arbousiers ou des chênes de différentes espèces. Il y a une route. C'est une piste de terre battue. Stjepan est juste au-dessus, étendu de tout son long sur le ventre. Dans un geste apparemment machinal, sa main se promène sur le sommet de son crâne. Ses cheveux et sa barbe sont courts, le barbier de la troupe les a récemment rasés. Ses doigts suivent un sillon assez long, large de presque un centimètre, mou, humide et chaud, mais parfaitement indolore. Ensuite ils descendent vers le visage et s'arrêtent sur le nez. Mais Stjepan ne sent rien, son odorat est encore tout envahi par le parfum du serpolet. Ce parfum domine les odeurs, comme le chant des cigales domine les sons. Stjepan ouvre les yeux. Il voit le rouge, écarlate, sur ses doigts. C'est du sang. Il se met mollement sur le dos. Il fixe le ciel, maintenant plus bleu. Après un instant de flottement, il s'assied et regarde autour de lui.
Dragan, Milivoj, Ivan et Ljubo sont là, près de lui, couchés, immobiles. Morts. Ljubo a l'air le moins mort des quatre mais, comme il ne bouge absolument pas, Stjepan suppose qu'il est mort lui aussi. Une petite source rouge bouillonne irrégulièrement, avec des à-coups; elle sort du corps de Milivoj. Milivoj est éventré. Stjepan ne connaît pas grand-chose au sang et à la circulation sanguine mais si le débit est toujours en saccades, c'est que Milivoj a été tué il y a très peu de temps. En même temps que les autres.
Stjepan n'a perdu connaissance qu'un instant minuscule, insignifiant. Malgré ça, il ne se souvient de rien. Ni d'un sifflement ni d'une explosion. Pourtant ça ne peut être que le fruit, la moisson d'un obus. Tiré d'où ? Du ciel bleu, ou de la terre chaude et bruyante du crépitement fou des cigales ? Stjepan l'a appris : le soldat tué n'entend pas la balle qui le tue. Ni l'obus. Encore moins le missile.
Stjepan regarde devant lui, les collines à perte de vue, molles, désertes, exactement comme elles étaient avant - avant, c'était quelques minutes plus tôt. Aucun arbre haut, aucune maison n'accroche son regard.
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