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Auteur : Mary Wesley
Traducteur : Michèle Albaret
Date de saisie : 19/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-35087-169-1
GENCOD : 9782350871691
Sorti le : 01/06/2011
Matilda, la cinquantaine, a soigneusement préparé son coup. Elle a arrosé une dernière fois son jardin, laissé un intérieur propre et bien rangé, réduit en cendres la correspondance qu'elle entretenait avec son mari. «Maintenant que Tom n'est plus là, rien ne m'attache plus à la vie. Les enfants ne veulent pas de moi. Je me suis retrouvée seule avec mon chien, le chat et Gus. Le chien est mort, il y a quatre mois, la chatte s'est prise dans un piège et a été victime d'un empoisonnement de sang. Gus aurait pu durer encore vingt ans. Je lui ai déniché une bonne maison, tranquille, où il y a une flopée d'oies. J'ai tout prévu, tout est en ordre. Je n'ai plus rien à faire ici-bas. Je m'en vais.»
Sans regrets envers sa progéniture : Louise vit à Paris, Marc à Paris, Claud aux États-Unis et Anabel toujours par monts et par vaux. «Ils m'appellent de temps à autre. Ils n'ont pas vraiment envie de discuter avec moi, ni moi avec eux. Que pourrions-nous nous dire ? (...)» J'aurais aimé qu'ils se posent des questions sur nous - Tom et Matilda - «mais ils ne s'intéressent qu'à eux.»
Sur le pont dominant l'endroit du village où le fleuve se précipite dans la mer, elle s'apprête donc à se bourrer les poches de pierres avant de se jeter à l'eau comme Virginia Woolf, mais sur le point de tirer sa révérence en beauté, son destin est contrarié par la rencontre de Hugh sur la falaise, un trentenaire recherché par la police après avoir bousillé sa mère avec un plateau à thé. «Les articulations qui craquent, la fatigue, le dentier qui bringuebale, les taches brunes, le derrière fripé : vous lui avez évité cela...»
Entre notre morte en sursis et Hugh vont se nouer des liens doux-amers, prétextes à laisser craquer le vernis des apparences - même celui des souvenirs - avec un humour caustique qui, de même que dans les précédents romans de Mary Wesley, La pelouse de Camomille, Rose sainte-nitouche et Les raisons du coeur - chez le même éditeur - ouvre à des dialogues truffés d'une délicieuse malice à l'anglaise. Un des passages les plus drôles du roman met en scène le postier, pas même joli garçon, aujourd'hui marié comme tous les autres gars et qui à la vue de l'écriture de Claud, se rappelle des choses... Claud, gay dans tous les sens du terme - le préféré de Matilda - qui a chipé en son temps tous les petits amis de ces demoiselles !
Baissant peu à peu sa garde, Matilda avouera à Hugh bien des secrets gardés tout au long de ces années, dont celui d'un meurtre commis autrefois, en toute impunité : une oeuvre de salubrité publique dit-elle, envers toutes les femmes trompées, écornant l'image de son premier et unique amour, Tom.
Outre une évocation subtile de la vieillesse, cette bonne dame indigne réglant ses comptes avec le passé, laisse s'épanouir un savoureux parfum de liberté, de tendresse et d'insoumission que même la fin de l'histoire - que je vous laisse découvrir - ne ternit pas. On prendrait bien la place de Gus, le jard : un esprit drôle, fidèle, indépendant, voué à sa maîtresse qui lui témoigne en retour une affection dont aucun humain n'aura été - sans déception aucune - l'heureux bénéficiaire...
Dans ces colonnes - sous catégories/Mary Wesley - vous pouvez retrouver, à propos du même auteur, les notices consacrées à Rose sainte-nitouche et Les raisons du coeur.
Elle a réglé ses factures (inhabituel), rangé son bureau (extravagant) et détruit toutes les toiles d'araignées (surprenant). Matilda s'apprête à filer à l'anglaise. Plus rien ne la retient à la vie : son mari est mort, leur chien et leur chatte aussi. Mais elle se heurte à un empêcheur de se suicider en rond.
Grand-mère indigne, sa philosophie fera rougir. De plaisir ou de jalousie ? La belle n'en a cure.
Née en 1912 près de Windsor, Mary Wesley, cosmopolite et bohème, a vécu en France, en Italie et en Allemagne. C'est à l'âge de soixante-dix ans qu'elle publie son premier roman, entamant une carrière aussi féconde que tardive. Elle est décédée en 2002.
Un zeste d'impertinence, un soupçon d'indécence, des trésors de malice.
Depuis le début de la semaine, Gus était perturbé par l'activité inhabituelle de Matilda. Il contourna le cottage d'un pas lourd, marqua une pause devant la porte-fenêtre et, l'oeil vif, la tête penchée, tendit le cou pour suivre ce qui se passait dans la cuisine. Puis il quitta son poste d'observation et fila vers la fenêtre; Matilda entendit ses pattes palmées résonner contre les briques de l'allée. D'ici peu, il allait sauter sur la table de jardin afin de surprendre le regard de sa maîtresse. Pour réussir cette performance inélégante, il battit des ailes, sauta et buta contre une chaise. Ses yeux bleus croisèrent ceux de Matilda.
- Gus, il faut que je finisse ce récapitulatif, c'est important. Le jars émit de drôles de bruits de gorge inquiets, haussa le col, jargonna.
- Tais-toi.
Elle essaya de l'ignorer, se concentra sur son texte : Si la pompe a des problèmes, voir le garage Peake, elle est capricieuse, ils la connaissent. Pour les travaux d'électricité courants, Emersons dans la grand-rue, les numéros de téléphone sont dans le calepin du tiroir de la table de cuisine.
Cette fois, Gus criailla et martela la table en bois à coups de pattes.
- Tais-toi ! cria Matilda sans relever la tête.
Le boucher, le boulanger, la poste, le garage, le médecin, le dentiste. Ça ne les intéressera pas. Le vétérinaire... Ils n'en auront pas besoin. Notaire, banque, police... Peut-être ces coordonnées leur suffiront-elles ? Elle vérifia les numéros de téléphone, posa son stylo et s'approcha de la fenêtre.
- Oh, Gus !
Il lui mordilla l'oreille et poussa une série de petits cris plaintifs lorsqu'elle lui caressa le cou, glissa la main sur son jabot, tâta l'épaisseur de ses plumes, leur beauté et leur force, les écarta du bout des doigts pour lui cajoler le bréchet. Ému par ces manifestations d'affection, Gus se soulagea sur la table.
- Quelle façon d'exprimer son amour !
Matilda lui tourna le dos. Le jars, qui connaissait ses habitudes, sauta de la table et fonça, moitié en courant, moitié en marchant, pour se mettre en faction devant la porte de la cuisine, car il savait très bien qu'il n'avait pas le droit d'entrer.
Matilda remplissait un seau d'eau quand le téléphone se mit à sonner, et Gus à criailler.
- Allô, allô, je n'entends rien.
- C'est Piers.
- Oui, John, comment vas-tu ?
- Tu n'as pas encore fait réparer cet appareil ?
- Non.
- Tu devrais. Il y a des mois que ton chien l'a abîmé.
- Pardon ?
- J'ai dit qu'il y avait des mois que...
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