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.. Le moment philosophique des années 1960 en France

Couverture du livre Le moment philosophique des années 1960 en France

Auteur : Patrice Maniglier

Préface : Frédéric Worms

Date de saisie : 31/10/2011

Genre : Philosophie

Editeur : PUF, Paris, France

Collection : Phillosophie française contemporaine

Prix : 35.00 € / 229.58 F

ISBN : 978-2-13-058206-9

GENCOD : 9782130582069

Sorti le : 20/04/2011

  • Les présentations des éditeurs : 31/10/2011

Les années 1960 furent le théâtre de l'un des épisodes les plus brillants de l'histoire de la pensée philosophique en France. Elles s'ouvrirent sur le triomphe public du structuralisme, avec La Pensée sauvage de Lévi-Strauss, se continuèrent par le renouvellement du marxisme proposé par Althusser et de la psychanalyse par Lacan, et s'achevèrent avec une série d'oeuvres comme celles de Foucault, Deleuze, Derrida et Lyotard, qui ont décidé du visage de la philosophie contemporaine.
L'héritage de cette période a néanmoins été difficile, suscitant tantôt une fascination mimétique, tantôt un rejet caricatural. Depuis quelques années, les auteurs qui l'ont marquée font individuellement l'objet d'une réception savante plus mesurée et plus profonde, au risque cependant de perdre la dimension collective et transversale qui la caractérisait. Le but de cet ouvrage est de réunir certains des meilleurs spécialistes pour prendre toute la mesure de ce qui a constitué, par son intensité et son ampleur, un «moment philosophique» exceptionnel.
Il offre à la fois une traversée de quatre dimensions transversales (épistémologique, politique, esthétique et philosophique) et une relecture de quatre livres singuliers : La Pensée sauvage de Lévi-Strauss (1962), Lire Le Capital et Pour Marx d'Althusser (1965), les livres de Derrida autour de De la grammatologie (1967), et Discours, Figure de Lyotard (1971). Traversant aussi bien les mathématiques de Bourbaki que la linguistique structurale, l'anthropologie de Lévi-Strauss que la psychanalyse freudienne, le marxisme d'Althusser que celui d'Adorno, le théâtre de Brecht que le cinéma de Godard, ce livre invite à redécouvrir ce moment non pas comme un objet historique à circonscrire, mais comme un mouvement ouvert où se sont décidées certaines des tâches qui nous incombent encore, aujourd'hui.

Patrice Maniglier est maître de conférences à l'Université d'Essex (Royaume-Uni). Il est notamment l'auteur de La Vie énigmatique des signes : Saussure et la naissance du structuralisme (Léo Scheer, 2006) et codirige la collection «Métaphysiques» aux PUF.

Philosophie française contemporaine une série de recherches singulières et collectives
Moments - Relations - Problèmes



  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 16 juin 2011

Des figures remarquables de la pensée française, de Bergson à Bachelard, de Sartre à Merleau-Ponty, de Jankélévitch à Levinas ou Ricoeur, ont certes jalonné tout le XXe siècle. Mais quelles conjonctions, quelles conjonctures, quels héritages, quels croisements de biographies et de formations, quel terreau universitaire, quelles transformations socio-politiques ont fait que, dans la décennie 60-70, se produise en France «l'un des épisodes les plus brillants de l'histoire de la pensée philosophique» ?...
Le Moment philosophique des années 60 en France, dirigé par Patrice Maniglier - et cosigné, entre autres, par Pierre Macherey, Etienne Balibar, Jean-Claude Milner, Jean-Clet Martin, Guillaume Sibertin-Blanc, Jean-Michel Salanskis, David Rabouin, Mathieu Potte-Bonneville, Stefano Franchi, Alan D. Schrift... - fait plus que répondre à ces questions. Il est lui-même un «moment» exemplaire d'une réflexion philosophique en acte qui incite des penseurs d'aujourd'hui, paradoxalement réunis par leurs différences d'orientations et de génération, non pas à regarder le passé - pour s'esbaudir, lui ajouter une patine nostalgique, le déclarer mort (comme le firent dans la Pensée 68 Luc Ferry et Alain Renaut), le renier ou le maudire - ni à le traiter en «objet» désormais entré dans l'histoire de la philosophie, mais à y repérer des problèmes encore irrésolus, radio-actifs, dont la reprise est exigée parce qu'ils interrogent, configurent, ou font trembler, comme dirait Deleuze, notre présent.


  • Les courts extraits de livres : 31/10/2011

Extrait de l'introduction de Patrice Maniglier

Les années 1960 aujourd'hui

«On n'entre pas au Panthéon des philosophes pour s'être appliqué à n'avoir que des pensées éternelles [...]. Il n'y a pas une philosophie qui contienne toutes les philosophies ; la philosophie tout entière est, à certains moments, en chacune. Pour reprendre le mot fameux, son centre est partout, sa circonférence nulle part» (Maurice Merleau-Ponty, 1960).

Les années 1960 furent le théâtre d'un des épisodes les plus brillants de l'histoire intellectuelle de France. Le rideau se lève sur le triomphe public du structuralisme avec La Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss (1962) ; la pièce se continue avec la redéfinition du marxisme par Louis Althusser en 1965 (dans Pour Marx et Lire Le Capital), puis par la réorientation de la psychanalyse freudienne à travers les Écrits de Lacan (1966); elle accède à sa maturité spéculative avec la publication de Les Mots et les Choses de Michel Foucault (1966), livre qui se présente lui-même comme une archéologie du structuralisme ; et elle connaît son extraordinaire bouquet final avec les premiers grands livres de Jacques Derrida en 1967 {La Voix et le Phénomène, L'Écriture et la Différence, De la grammatologie), de Gilles Deleuze {Différence et répétition en 1968 et Logique du sens en 1969) et de Jean-François Lyotard {Discours, figure en 1971). Entre les premiers et les derniers ouvrages, tout se passe comme si les dés étaient retirés, et que toute la décennie se rejouait et se relançait vers de nouvelles directions, qui jusqu'à aujourd'hui déterminent les orientations encore énigmatiques de la philosophie contemporaine. Encore ne sont-ce là que quelques phares, quelques repères commodes, qui ne rendent pas justice à l'extraordinaire densité de la création intellectuelle de ces années.
Un demi-siècle exactement nous sépare de cette décennie. Mais peut-on compter ainsi, en plates unités calendaires, le temps qui nous éloigne d'une époque qui s'ouvrit sur une remise en question radicale de la chronologie ? Car c'était bien l'enjeu du livre qui, il y a presque cinquante ans exactement, sonna le gong de ce que Deleuze a appelé un «air du temps» : je veux parler du chapitre conclusif de La Pensée sauvage, qui montrait le caractère relatif et contingent de P«histoire», celle-ci n'étant jamais qu'une manière parmi d'autres de donner sens à l'existence, rien d'autre qu'une forme particulière du mythe. De même, disait Lévi-Strauss, que certains peuples interprètent les événements de leur existence quotidienne par leurs corrélations avec des phénomènes astronomiques, des aspérités géographiques, des morphologies botaniques ou des étiologies animales, de même nous interprétons la nôtre par analogie avec d'autres temps, mythifiant notre vie au miroir d'autres époques. Ainsi, on peut être tenté de trouver significatif le fait qu'il y ait la même distance chronologique entre, d'un côté, le livre que nous publions aujourd'hui et La Pensée sauvage, et, de l'autre, ce dernier ouvrage et, disons, L'Évolution créatrice (1907). Ainsi donnerions-nous sens à notre existence, en nous constituant comme «descendants», «héritiers», traîtres ou fidèles, nostalgiques ou soulagés, jouant les temps les uns contre les autres, les générations les unes contre les autres, venant à l'être dans une certaine case de ce tableau imaginaire que nous appelons histoire. Mais, dira-t-on, n'est-ce pas là justement une idée datée, une idée d'il y a cinquante ans, une idée de 1960 ? L'histoire n'aurait-elle pas rattrapé une pensée qui se voulait contre l'histoire ?
Telle n'est pas la conviction des différents auteurs de cet ouvrage. Si nous jugeons utile de publier aujourd'hui un ouvrage sur le moment philosophique des années 1960, c'est que nous croyons qu'il y a une actualité, et même une certaine urgence, à se poser la question simple : que s'est-il donc passé, pour la pensée, en France, pendant les années 1960 ? Cette question n'est donc pas pour nous une question historique : il ne s'agit pas d'une simple curiosité pour une période antérieure de la vie intellectuelle de l'Hexagone ; il s'agit d'une question qui engage notre situation la plus immédiate, et qui nous concerne, nous, aujourd'hui - qui concerne ce que veut dire «nous» et ce que veut dire «aujourd'hui». Si les auteurs ici réunis sont convaincus qu'il vaut la peine de rouvrir les livres les plus marquants de cette décennie, c'est parce qu'ils partagent le sentiment que ces livres élaborent un ou plusieurs problèmes qui ne sont pas réglés encore aujourd'hui, et dont le suspens détermine la forme propre de notre aujourd'hui, c'est-à-dire la tâche qui nous incombe.


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