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.. Je vous prête mes lunettes

Couverture du livre Je vous prête mes lunettes

Auteur : Anna Rozen

Date de saisie : 24/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782842636814

GENCOD : 9782842636814

Sorti le : 14/09/2011

Trois actes pour cet ouvrage remarquable qui fait sourire puis rire à cause de tant d'ironie...

Amoureuse

Une fuite d'eau dans la salle de bain et la narratrice s'émerveille des rencontres qu'elle va être amenée à faire... Sauf que, comme elle le dit si bien : "Curieux comme les gens ne ressemblent jamais à ce que j'imagine." Le voisin du dessus n'est pas du tout charmeur, c'est une voisine acariâtre qui la recevra, peut-être aura-t-elle plus de chance avec le type du syndicat, le peintre ou encore la dame de l'assurance ?

Une éternelle rêveuse qui nous rappelle toujours quelqu'un : nous, une amie, la petite soeur...

Jalouse

Dans ce second acte, la narratrice développe une pathologie maladive qui l'invite à critiquer ses contemporaines, toutes ces "allumeuses"... "moi je vous vois toutes. Et vous me faites du mal. Vous qui êtes d'ores et déjà une rivale, d'avance et pour toujours." Et si consulter un médecin pouvait transformer se vision des choses ? Pourrait-elle vivre avec ce parasite singulier ?

On adore sa langue de vipère et ses remarques acerbes, qu'on se surprend à attendre au détour de chaque situation !

Agueusique

Cette fois-ci, un narrateur, qui ne souffre pas de son agueusie (NB : absence de la sensation du goût), mais vit à son rythme placide, contrant avec nonchalance les réactions sensitives de son entourage. Encore une fois, le ton décalé attire le lecteur : "Ça dérange tout le monde, mon truc, mais je n'y mets aucune mauvaise volonté. Manger, pour moi, c'est comme baiser avec une vieille maîtresse, ça fait du bien, mais je ne sens pas les nuances."

Les phrases bien senties sont certes faciles, mais tellement cocasses qu'on plonge jusqu'à la fin de ce très bon recueil !


  • Les présentations des éditeurs : 04/07/2011

Acte I : «Ploc» fait la goutte, tombant du plafond piqué de rouille. Et le mal d'entrer dans le monde, entendons l'appartement d'Anna Rozen, sujet désormais à un dégât des eaux. Et les mâles d'entrer dans la ronde (il s'agit d'une danse) : syndic agacé, peintres version cool ou balourds, experts pointus en goutte-qui-perle-au-plafond. Chassée de chez elle par la réfection, notre narratrice passe au cinéma où l'accoste un tousseur en manque de lien. Retour at hommes où la salle de bains prend des airs d'Éden, quand «Scroutch»... fait le bruit. Retour à la case angoisse.

Acte II : Qu'est-ce qu'elles ont toutes : la blonde en noir du RER, la fausse maigre en jersey. Elles sont là, toutes, à m'assaillir, à tenter de ravager, de séduire. Hantise, obsession, vertige : elle consulte. Une bête, une bête qui rôde dans les mystères du corps, telle est la cause de tout ce barouf intérieur. Ouf, le mal a un visage, et plus celui d'une goutte, celui d'un fennec mignon. Ledit intrus résistera-t-il à une mise à contribution très directe du médecin ? Oui. Allergologue, traitement, rien n'y fera. Et puis, après tout, ma bête, elle est moi, je me la garde.

Acte III : «Je n'aime rien mais j'aime bien la vie» nous dit l'homme agueusique, privé de sens du goût. Cela dit tous m'étouffent, tous ! Sauf peut-être Georges avec qui je me restaure une fois par semaine, et Bernard qui me fait les honneurs et le bilan de ses amours (et qui finira suicidé), et Annie chez qui je suis client et Florence, une vieille copine, et d'autres, d'autres encore, vus, entendus, croisés, frôlés. Lui, l'homme agueusique, au regard de «vieil or terne», il est pour toujours de l'autre côté de la vitre. En transit.

En trois temps, un petit périple dans le monde vu par le regard déformant d'Anna Rozen : «Je vous prête mes lunettes ?» Allons.

Les yeux grands ouverts depuis un demi-siècle déjà, Anna Rozen ne goûte les plaisirs comateux et oniriques de la myopie que depuis quelques années. Loin de se désoler de ce handicap qui, sans doute, n'est que le prélude à d'autres maux, elle en profite pour porter sur ses contemporains un regard ébahi et sur ses pages une acuité accrue (pas encore presbyte !) Soucieuse de vous faire partager cette vision fraîche, c'est avec une générosité teintée de malice qu'elle vous invite à ouvrir l'oeil sur trois nouveaux personnages.


  • Les courts extraits de livres : 04/07/2011

D'abord j'ai entendu la goutte. Ploc ! J'étais debout dans la baignoire sabot, propre, humide, prête à m'essuyer, immobile dans le silence. Ploc ! J'ai vérifié que le robinet était correctement vissé. Ce ne sont pas les gouttes qui manquent dans une pièce où on vient de prendre une douche. Minute entre deux impacts, le temps que la goutte se gorge et se laisse tomber. J'ai fini par me résoudre à regarder en l'air, scruter le plafond. Là, une brillance ponctuelle qui s'arrondit, s'accentue, se décide, se décroche. Ploc ! Une goutte claire et froide pleut de là-haut, de mon ciel bleu glycérophtalique sans nuages.
J'habite au deuxième étage d'un immeuble de cinq. Que des studios empilés les uns sur les autres, deux colonnes. Je ne connais aucun de mes voisins. Il va falloir surveiller cette goutte qui vient visiblement de chez l'un de ces inconnus. Ce ne sera peut-être rien. Une baignoire qui déborde, ça n'arrive pas que dans les films catastrophe.
Me dégoûte, cette goutte, limpide pourtant. Elle a dû traverser plusieurs couches de matériaux. Et j'imagine qu'avant de commencer son périple plafonnier, elle a ruisselé sur un corps humain plus ou moins crasseux... Ce ne sera peut-être rien.
Je vais mettre de la musique pour couvrir le ploc.
Et entre deux disques, ploc ! Bien obligée de retourner voir ce qui se passe dans la salle de bains.

La goutte qui tombait droit de la surface horizontale s'est enhardie, généralisée en une traînée, une trace d'escargot lourde de gouttes plus pressées, une veine transparente enflée sur le front de mon plafond. Les ploc se sont rapprochés. Si ça ne se calme pas, j'irai signaler l'anomalie à l'étage au-dessus.
«Bonsoir, excusez-moi de vous déranger, je suis votre voisine du deuxième, ma salle de bains doit être juste sous la vôtre et j'ai une fuite au plafond... Est-ce que vous voulez bien vérifier...» Quelque chose dans ce genre, et pendant que je débiterai ma tirade, je verrai les yeux du type s'agrandir. Beaux yeux déjà à leur taille naturelle, le gars a mon âge ou un peu plus, l'air sympathique et las, il vient de rentrer de son boulot, il s'ébouriffe les cheveux en m'écoutant et s'intéresse plus à ma bouche qu'à ce qu'elle dit. Il sourit, s'efface pour me laisser entrer. «On ne se connaît pas, je peux vous offrir quelque chose ? Vous êtes charmante, comment est-il possible que je ne vous aie jamais croisée dans l'entrée ? Pas les mêmes horaires je suppose... Qu'est-ce que vous faites dans la vie à part ne pas fréquenter vos voisins ?»


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