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.. Le Turquetto

Couverture du livre Le Turquetto

Auteur : Metin Arditi

Date de saisie : 25/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 19.50 € / 127.91 F

ISBN : 9782742799190

GENCOD : 9782742799190

Sorti le : 24/08/2011

Metin Arditi nous offre à nouveau un magnifique roman, que l'on peut rapprocher par le style de «Parles leur de batailles, de roi et d'éléphants» de M. Enard : son obsession pour la peinture, poussera le héros à renier sa religion et les siens.
Splendide !


A Constantinople, en 1519, naît Elie Soriano doté d'un don extraordinaire : celui de peindre. Très vite, il devra fuir vers Venise pour se livrer à son art, avec pour tout bagage une nouvelle identité. Il devient très vite un peintre reconnu, dit le Turquetto. Mais le passé va ressurgir, car perdre son identité et mentir au nom de l'art commence à être un prix trop élevé à payer. Les conséquences vont se révéler funestes !


Le point de départ du roman c'est «L'homme au gant», une peinture exposée au Louvre attribuée au Titien. Ce tableau ne serait pas l'oeuvre du célèbre maître mais d'un peintre inconnu ? C'est donc le destin de cet homme que l'on suit. Un enfant puis un jeune homme qui a fui son pays et sa religion qui lui interdisait de peindre. Il vivra sa passion en cachant ses origines... Une plongée dans la renaissance qui nous transporte de Constantinople à Venise... plongée dans l'histoire de l'art, l'histoire tout court, l'intolérance et le dogmatisme des religions. Quant à savoir si le Turquetto a vraiment existé ?...


Le petit Elie Soriano n'a pas connu sa mère, il vit avec son père et Arsinée sa compagne qui vendent des esclaves. La famille juive vit à Constantinople aux environs de 1520, en terre musulmane. Elie peint, dessine, littéralement habité par la passion de représenter ce qui est formellement interdit par sa religion. Mais il persévère et se rapproche également de Djelal Baba musulman fabricant d'encres (sacrées) et calligraphe. Il ne sait faire que ça, et s'en satisfait pleinement au grand désespoir de son père et d'Arsinée. A la mort de son père, il émigre à Venise, la ville des peintres, devient alors Ilas Troyanos, et se dit converti à l'église grecque, franchissant ainsi la dernière passerelle entre les trois religions monothéistes. Il apprend au côté du grand maître, Titien, progresse vers la perfection. Ilas Troyanos maintenant surnommé le Turquetto éblouit rapidement les amateurs d'art et les religieux : «Mais chacun s'accordait à dire que ses tableaux provoquaient des émotions choisies, qui donnaient envie de silence. Que de tous les peintres de la ville, il était le plus grand. Supérieur à Titien et au Véronais. Et qu'il était le seul à avoir réussi la fusion miraculeuse du disegno et du colorito, de la précision florentine et de la douceur vénitienne». Les commandes de toiles, de fresques, s'enchaînent, ascension rapide, le Turquetto en oublierait quasiment son histoire, mais le passé même à cette époque et surtout parmi les ambitieux ne peut demeurer éternellement tu... et le Turquetto ou plutôt Elie se dévoilera au grand jour dans une toile confessionnelle. De l'histoire picaresque d'un tableau, Metin Arditi tire le portrait coloré et attachant d'un peintre de la Renaissance que seul l'art intéresse. Le roman est rythmé, vivant, intrigant, emprunt de suspense et étayé par de superbes portraits dans le Bazar de Constantinople, d'une description des querelles de pouvoir, des ambitions, de la puissance des religions, des relations entre l'art et le pouvoir. De nombreux thèmes abordés avec réalisme et simplicité parcourent donc cette fresque éblouissante.


"Il existe au musée du Louvre un portrait attribué à Titien, intitulé L'homme au gant, qui présente une curiosité." Suite à différentes analyses effectuées sur le tableau, il semblerait que celui-ci ne soit pas l'oeuvre du célèbre peintre mais la seule restante d'un des plus grands artistes de la Renaissance Vénitienne...

C'est à partir de ce postulat que Metin Arditi a construit son nouveau roman, nous entrainant sur les pas de ce peintre mystérieux.

Constantinople, 1531. Elie est un jeune garçon juif possédant un réel don pour le dessin. Sans cesse en train de croquer tout ce qu'il voit, il ne peut s'empêcher de coucher sur le papier chaque nouveau visage rencontré. Mais son don artistique est considéré comme un pêché par sa communauté où toutes formes de représentations et d'images sont interdites.

A la mort de son père il s'enfuit pour Venise où il sera apprenti dans l'atelier de Titien. A cette époque en Italie les juifs vivent en ghettos et ne peuvent exercer de travail. Pour accéder à la notoriété, Elie a donc du cacher sa judéité et se prétendre chrétien.

Mais c'est ce même mensonge qui après lui avoir ouvert les portes des plus éminents ateliers de la ville, les lui fermera à tout jamais, causant sa perte.


Metin Arditi est un grand monsieur : à travers le Titien, il nous fait connaître un peintre inconnu qui aurait vécu dans les années 1570 à Venise.

Qui est ce Turquetto ?

Né à Constantinople, juif, il fuit sa ville natale, mais avec de l'or au bout des doigts : il peint de façon sublime, et immortalise sur la toile ses semblables. Mais juif, il ne doit pas reproduire d'êtres humains et la fuite en Italie est obligatoire. Changeant de nom, il devient célèbre... jusqu'à la chute...

Peinture sociale de Venise, de ses moeurs, de ses turpitudes, Le Turquetto se déguste et se savoure en deux soirs.

Ne résistez pas, vous le trouverez trop court.


  • Le courrier des auteurs : 25/01/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Écrivain francophone d'origine turque.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le microcosme carcéral que décrit Arguedas est à l'image de la société qui l'entoure et du Tiers-Monde tout entier. Une stratification très rigide oppose les crève-la-faim, majoritaires, les classes moyennes appauvries par la corruption, la cohorte des nervis, les puissants invisibles et les élites politisées engluées dans leurs combats partisans. Comment rompre le cercle ? La problématique de la violence, massive ou symbolique, est au coeur du texte.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" Mais ce procès était stupide. L'homme qui avait donné au christianisme ses plus grands chefs-d'oeuvre d'art sacré allai mourir pour le seul crime de ne pas être chrétien ".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Shéhérazade, de Rimsky Korsakov

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ce livre dit, j'espère, combien l'art est irremplaçable. Qu'il nous console et nous apaise plus que toute autre chose.


  • Les présentations des éditeurs : 11/09/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Se pourrait-il qu'un tableau célèbre - dont la signature présente une anomalie chromatique - soit l'unique oeuvre qui nous reste d'un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait "le Turquetto" (le petit Turc) ?
Metin Arditi s'est intéressé à ce personnage. Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d'un employé du marché aux esclaves s'exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d'emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une oeuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d'art sacré byzantin. Il est au sommet de sa gloire lorsqu'une liaison le dévoile et l'amène à comparaître devant les tribunaux de Venise...
Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d'images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l'âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s'accomplissent son ascension puis sa chute.
Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature, le livre de Metin Arditi convoque les thèmes de la filiation, des rapports de l'art avec le pouvoir, et de la synthèse des influences religieuses qui est la marque particulière du Turquetto.
Né en Turquie, familier de l'Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d'inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni à l'histoire de l'art. Car pour incarner ce peintre d'exception, il fallait d'abord toute l'empathie - et le regard - d'un romancier à sa mesure.

Metin Arditi habite la Suisse, où il enseigne à l'École polytechnique et préside l'Orchestre de la Suisse romande. Toute son oeuvre romanesque est publiée chez Actes Sud.



  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 15 septembre 2011

Roman historique, roman d'aventures, impeccablement construit en quatre périodes et sur deux lieux, Le Turquetto file à toute allure au gré des péripéties et, pourtant, chacune de ses vives et courtes scènes installe posément, comme en miniature dans l'immensité du décor, une ambiance, un personnage, un enjeu...
Avec la sensibilité qu'on lui connaît, Metin Arditi donne à voir avec ses mots l'intimité de l'artiste et l'amour de la création.


  • La revue de presse François Lestavel - Paris-Match du 8 septembre 2011

L'écrivain brosse le portrait d'un prodigieux peintre vénitien, «Le Turquetto». C'est Byzance !...
Un conseil : ne cherchez pas les traces de ce peintre injustement oublié, il est sorti tout droit de l'imagination de Metin Arditi qui navigue avec grâce dans les eaux de la Renaissance, retissant finement les liens qui unissaient l'Occident à l'Orient. «L'intelligence et l'ouverture d'esprit des Ottomans étaient fantastiques, explique l'écrivain. J'ai d'ailleurs découvert que «Le guide des égarés» de Maïmonide, le plus grand penseur juif, a été écrit... en arabe. C'est sublime !»


  • Les courts extraits de livres : 30/06/2011

- Elie ! Ton père s'est arrêté !
Cette manie qu'avait Arsinée de crier, alors qu'il était sous ses yeux !
Il se tourna vers son père. Le front baigné de transpiration, celui-ci pressait sur sa vessie et urinait en pleine rue, comme les portefaix et les mendiants... Depuis qu'ils avaient pris le chemin du Bazar, c'était la troisième fois.
Elie baissa les yeux, vit de petits jets rosâtres s'échapper de la verge de son père, par intermittence, et observa les gouttelettes se perdre dans la terre battue. Soudain, il leva son regard. Ses yeux se firent durs comme deux billes noires, ses traits se tendirent et durant une dizaine de secondes il scruta son père avec férocité. Il vit un homme maigre, voûté, mal soigné...
Il le dessinerait de face. Et il tricherait. Comme chaque fois qu'il faisait un portrait de lui. Il ajouterait de la force dans le regard, ou rehausserait le port de tête, ou donnerait un peu de dignité à la posture.
Comme presque tous les dessins d'Elie, celui-ci serait "pour la pile". Elie s'asseyait en tailleur, fermait les yeux, cachait son visage de ses mains et, tout à l'intérieur de lui-même, s'imaginait en train de dessiner. Une mine de plomb à la main, il traçait un premier trait, par exemple un ovale de visage ou une ligne d'épaule, puis un deuxième, comme s'il dessinait vraiment, et ainsi de suite jusqu'à ce que le dessin soit en place. Il le regardait alors avec intensité, ajoutait ici une ombre, là un dégradé, fronçait un regard, marquait une tension sur un muscle, exactement comme si tout ce qu'il faisait était réel. Après quoi il regardait le dessin en y mettant toutes ses forces, s'en imprégnait jusqu'au plus infime détail, et le déposait sur le haut d'une pile, imaginaire elle aussi, dans un coin précis de la pièce minuscule qu'il partageait avec son père.
Le plus étrange, lorsqu'il dessinait pour la pile, touchait à la violence des émotions qui le traversaient. Dans de tels instants, un sentiment de suprématie le portait tout entier. Rien ne lui semblait impossible. Il travaillait à la plume, au pinceau, ou à la mine d'argent, utilisait mille couleurs, donnait des effets d'ombre ou de clair-obscur, en un mot, il dessinait selon son bon vouloir. Il était, enfin, maître de sa vie.
- Toi, reprit Arsinée, il faut toujours tout te répéter ! Et regarde-moi quand je te parle !
D'un coup l'envie le prit de l'énerver, et il se remit à marcher.
- Elie !
Une voix de moineau en train de piailler... Il haussa les épaules et s'arrêta. De toute façon, il n'allait pas tarder à la faire enrager.
- Pardonnez-moi, dit à cet instant son père en se tournant vers Arsinée et Roza, la Géorgienne qu'ils allaient vendre.
- Sami... fit Arsinée en secouant la tête comme pour un reproche, tu aurais dû rester à la maison.


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