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.. La belle amour humaine

Couverture du livre La belle amour humaine

Auteur : Lyonel Trouillot

Date de saisie : 25/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782742799206

GENCOD : 9782742799206

Sorti le : 17/08/2011

La belle amour humaine. En revanche, si c'est ce genre d'aventure, de quête, que vous aimez lire, c'est bien dommage, car le propos de ce livre est complètement différent.
Durant le long trajet en voiture qui amènera la jeune femme à destination, son guide, Thomas, parle inlassablement de son pays et de ses coutumes, de sa vie et des touristes qu'il accompagne. Ceux-ci seront d'ailleurs mis à l'honneur avec des anecdotes aussi drôles et décevantes les unes que les autres. Dans un grand cri de «ras-le-bol», le chauffeur nous racontera ses petites vengeances personnelles comme la fois où il donna des fruits d'importation à une femme qui rêvait de manger ceux qui provenaient de la terre même d'Haïti et qui s'avérèrent être les meilleurs qu'elle ait goutés de toute sa vie.
Habituée de la capitale qui est éclairée de jour comme de nuit et où le bruit est incessant, Anaïse va découvrir une autre manière de vivre, certainement plus primitive mais bien plus bénéfique. À Anse-à-Fôleur il n'y a pas de galeries commerciales, mais on ne laisse pas un proche ou un voisin mourir seul dans un hôpital. Bien au contraire, une fête - où l'on danse, chante et joue - accompagne le défunt jusqu'à sa dernière demeure. C'est dans cet univers à la fois simple et humain que la jeune femme va découvrir le véritable sens du mot solidarité.
Avec humour et passion, Lyonel Trouillot nous lance comme un avertissement, à savoir se demander quelle est la place de l'être humain sur cette Terre et ce qu'il peut y faire avant qu'il ne soit trop tard et que l'égoïsme et/ou l'égocentrisme ne le contrôle. Avec La belle amour humaine, l'auteur de Yanvalou pour Charlie (prix Wepler 2009) remporte encore une belle victoire pour l'humanité.


À Anse-à-Fôleur, un petit village haïtien, il est doux de vivre. Pourtant, derrière les sourires et la gentillesse des habitants se cache un drame qui a coûté la vie à deux hommes. Quelques années après cet épisode, la petite-fille de l'un de ces hommes séjourne à Haïti pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. Mais parfois, ce qui compte, ce ne sont pas les réponses mais plutôt le cheminement des questions. La magnifique écriture poétique de Lyonel Trouillot sublime cette fable douloureusement humaine...


Anaïse et Thomas se partagent la narration de ce voyage qu'Anaïse qui vit en Europe effectue à Haïti. Elle vient sur les traces de son père mort quand elle était petite et Thomas jeune autochtone sera son guide particulièrement disert. Elle et sa mère ne connaissent que le nom d'un village et elle a décidé de s'y rendre. Son grand-père aidé de son complice «le Colonel» se sont comportés ici en despotes, en tyrans, elle ne saura rien des vraies raisons de leur mort, la solidarité et le silence l'emporteront. Sa remontée vers le passé justifie une série de portraits de personnages haut en couleur, des hommes et des femmes vivant de peu mais avec une lumière, une intensité peu communes. Anaïse cherche à comprendre, à savoir mais Thomas la prévient : «- c'est qu'ils souhaitent que tu comprennes que peu de choses méritent qu'on en saisisse les origines, les pourquoi et les conséquences. Qu'il est des faits sans importance qui ne valent pas de bavardage, et d'autres dont les causes sont d'une telle profondeur qu'elles échappent à toute analyse et qu'il convient pour être heureux de les laisser à leur mystère.» La vraie question n'est-elle pas plutôt «Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ?». Pourtant Anaïse poursuivra son chemin sur les traces de son passé préférant peut-être d'abord se trouver, atteindre une forme de sérénité, puis donner un sens à sa vie. Un flamboyant conte philosophique coloré et odorant qui explore avec une écriture belle et riche le hasard des destinées et le rapport à l'autre.


Au cours du trajet qui la mène de la grande ville vers un petit village côtier d'Haïti, Anaïse, une jeune femme occidentale qui cherche à résoudre l'énigme fondatrice de son roman familial, écoute le long monologue entrepris par Thomas, son guide, pour éviter de répondre directement à ses interrogations et «laisser les choses à leur mystère». Durant ces «sept heures de route entre le bruit et le silence», d'anecdote en digression, se dessine peu à peu une galerie de portraits sensibles et hauts en couleurs des habitants d'Anse-à-Fôleur.
De sa belle langue, riche d'images et de poésie, Lyonel Trouillot nous offre un voyage inoubliable, à l'instar de cette question, la seule question qui compte et qui résonnera longtemps après avoir fermé le livre : «Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ?»


  • Les présentations des éditeurs : 02/09/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

A bord de la voiture de Thomas, son guide, une jeune occidentale, Anaïse, se dirige vers un petit village côtier d'Haïti où elle espère retrouver les traces d'un père qu'elle a à peine connu et éclaircir l'énigme aux allures de règlement de comptes qui fonde son roman familial. Le caractère particulier de ce voyage encourage bientôt Thomas à prévenir la jeune femme qu'il lui faudra très probablement renoncer à une telle enquête pour faire l'expérience, dans ce village de pêcheurs dont il est lui-même issu, d'un véritable territoire de l'altérité où les lois sont amicales et flexibles, les morts joyeux, et où l'humaine condition se réinvente sans cesse face aux appétits féroces de ceux qui, à la manière du grand-père d'Anaïse et de son complice en exactions, le "colonel" - tous deux jadis mystérieusement disparus dans un incendie -, cherchent à s'octroyer un monde qui appartient à tous.
Dans ce roman qui prône un exercice inédit de la justice et une fraternité sensible entre les hommes sous l'égide de la question : "Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?", Lyonel Trouillot, au sommet de son art, interroge le hasard des destinées qui vous font naître blanc ou noir, puissant ou misérable, ici ou ailleurs - au Nord ou au Sud. S'il est vrai qu'on est toujours "l'autre de quelqu'un", comment et avec qui se lier, comment construire son vivre-ensemble sinon par le geste - plus que jamais indispensable en des temps égarés - d'accueillir, de comprendre ?

Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd'hui. Son oeuvre est publiée chez Actes Sud, et son précédent roman, Yanvalou pour Charlie, a obtenu le prix Wepler 2009.



  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 27 octobre 2011

Le roman de Lyonel Trouillot s'enracine une nouvelle fois dans le terreau haïtien. Moins cependant pour en écrire l'histoire, ou même le présent tourmenté, que pour mettre au jour les germes de ce qui pourrait bien constituer un avenir possible...
Le «réalisme magique» haïtien, dont Lyonel Trouillot est l'un des plus talentueux représentants, trouve ici un nouveau terrain à sa mesure. Non seulement il interroge, mais il désigne un possible chemin. C'est incontestablement un jalon essentiel dans l'oeuvre, qui se donne aujourd'hui à lire.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 17 novembre 2011

La Belle Amour humaine se présente comme le monologue d'un guide de 35 ans, qui conduit une jeune fille jusqu'au lieudit côtier d'Anse-à-Fôleur, à six heures de route des bruits de la grande ville. La voix acerbe du guide cède la place de temps à autre au ton anonyme de la chronique...
La Belle Amour humaine vise la condescendance du monde riche, autant que la cupidité des profiteurs locaux. Au terme du voyage de la jeune fille, il y a une crapule. Est-ce une pierre dans le jardin du roman contemporain, amateur de quêtes familiales ? «Tu viens te construire une famille. Méfie-toi. Les familles, ça ne suit pas toujours les rêves.»


  • La revue de presse Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 16 octobre 2011

Qu'on me dise dans quel autre livre on parle aussi bien du bruit d'une ville ? Le bruit de la misère, du désordre, de la nonchalance, de la colère, du temps perdu quand il n'y a plus rien d'autre à perdre. Dans quel autre roman que La Belle Amour humaine, de Lyonel Trouillot, on évoque mieux, à Port-au-Prince, "les bruits de la vie qui se moque de la vie" ? À sept heures de voiture, l'écrivain haïtien nous emmène aussi dans le village côtier d'Anse-à-Fôleur, où la seule agitation est créée par le vent et la mer. Ici, on n'a pas peur du silence. Celui que l'on produit et celui que l'on écoute. Mais il y a aussi de lointaines rumeurs, le sourd grondement d'un mystère...
Réels ou inventés, les personnages de Lyonel Trouillot sont d'une densité ou d'une fantaisie qui donnent à son livre tantôt une épaisseur romanesque, tantôt une vibration poétique. Son écriture est d'une troublante efficacité.


  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 13 octobre 2011

Ce livre profond est un hymne à "l'art de la route et de la rencontre", où naissent les vraies questions. Le titre est emprunté au romancier Jacques Stephen Alexis, maître de l'auteur, et si son décor est haïtien, ce roman s'ouvre vraiment à l'universel. Car la belle amour humaine, comme son contraire, la cruauté prédatrice, est également partagée, partout.


  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 13 octobre 2011

De l'adversité à l'altérité, de la confrontation au partage, ainsi se déploie cette fable porteuse de vie et d'utopie où revient une interrogation lancinante, entêtante : "Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?" Lyonel Trouillot y répond, à sa manière, sensible, élégante et quelque peu inquiétante.


  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 16 septembre 2011

Le récit s'ouvre comme un vieux conte local, par le souvenir d'un jour où «la mer avait été plus généreuse que d'ordinaire». Le lendemain, Anse-à-Fôleur comptait deux habitants de moins, leurs maisons n'étaient plus que «deux petits tas de cendres identiques». Personne n'avait rien vu, l'enquête policière avait échoué. Un conte local, c'est ce qui reste d'un fait divers quand les années ont passé. Un conte peut cacher un roman noir...
En réfutant l'humanisme béat qui prétend gommer les différences entre les êtres, Trouillot utilise la parole pour les rapprocher autant qu'il est possible. Et rend ainsi le lecteur complice de ses personnages en envisageant, à la fois, la cruauté et la bonté des hommes.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express, septembre 2011

En compagnie de l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot, un voyage aux confins du bien et du mal. Envoûtant...
Ainsi défilent sous la plume lyrique de l'auteur haïtien de Yanvalou pour Charlie les hommes de bien et les forces du mal. "Quand viendra l'heure, posez-vous la question qui compte : "Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ?"" conseille l'oncle mourant. Lyonel Trouillot y répond en beauté, avec ce superbe hymne au petit peuple de son pays maudit.


  • Les courts extraits de livres : 30/06/2011

La mer avait été plus généreuse que d'ordinaire, et les pêcheurs avaient fait dans la journée une telle provision de sardes et de langoustes que, le soir venu, de retour au village, après avoir rangé leurs barques et rassuré leurs compagnes, ils consacrèrent leur temps à des chansons de mer, et, le regard levé vers les constellations, ils ne virent pas brûler les flammes de l'incendie. De mémoire de villageois, jamais ils ne vécurent meilleur matin ni meilleure nuit, et, n'était le souvenir charnel des mets et des baisers, ils pourraient croire avoir rêvé. Voilà ce que les hommes te diront. Les femmes ajouteront pour leur part qu'il ventait ce soir-là un air de parfum frais, mélange de petit baume, de jasmin et d'ilang-ilang. Heureuses, elles redevinrent petites filles et s'endormirent fenêtres ouvertes en rêvant de beaux capitaines. De mémoire de femmes de marins, jamais elles ne voyagèrent aussi loin, ne touchèrent plus beaux paysages, ne partagèrent plus tendres étreintes et ne firent plus belles rencontres. Nulle odeur de brûlé ne vint troubler leurs songes. Voilà ce qu'elles te diront. S'il faut aller dans le détail de ce que firent ceux qui ne sont ni marins ni femmes de marins, ni réductibles à cette première fonction, le métier de marin n'interdisant point d'être par ailleurs tambourineur, joueur de dés ou philosophe, tu apprendras que Justin, le législateur bénévole et autodidacte, avait travaillé jusqu'à l'aurore sur son code des nouvelles lois usuelles au service du bonheur, au chapitre essentiel portant sur l'union libre, le don, la réciprocité et autres vertus quotidiennes. Tout excité et fier de ses propositions, il avait installé sa chaise devant la mer pour attendre le lever du jour en buvant du thé de corossol, et ne fut témoin que d'une chose : le feu doux du soleil levant. Le peintre Frantz Jacob, son neveu et Solène, la jeune fille à la beauté sauvage, avaient passé une partie de la nuit à parler de peinture, des forces et des faiblesses des lignes et des couleurs, de leur pouvoir et de leur impuissance à rendre les choses à la fois telles qu'elles sont et telles qu'elles ne sont pas, et, passant de l'art à la vie, la conversation porta sur l'arrogance de celui ou de celle prétendant pouvoir établir en toutes circonstances la différence entre l'action et la pensée, le rêve et la réalité, le mensonge et la vérité. Les oiseaux de nuit avaient beaucoup chanté, improvisant à l'occasion, ajoutant ainsi leur quote-part à la conversation. S'il faut revenir au général, tenter de décrire l'atmosphère et donner une vision d'ensemble, tu sauras que l'eau était calme, les esprits apaisés, aucun signe d'agitation, ni migraine ni rage de dents, n'était venu troubler le sommeil des enfants, qui laissèrent leurs mères à leurs rêves et attendirent le matin pour formuler leurs demandes de tendresse et de lait. Malgré la pauvreté et l'isolement, la ville côtière d'Anse-à-Fôleur avait vécu un jour et une nuit au plus près de la perfection, et nul ne pouvait apporter le moindre renseignement sur les causes et les circonstances de l'incendie. Le lendemain du drame, si drame il y eut, à huit heures, après avoir bu le café préparé par sa compagne et embrassé sa chérie en signe de remerciement, un rituel invariable en vingt ans de concubinage, le chef de section, l'unique représentant de la force publique dans le village, constata en effectuant sa ronde que l'emplacement des maisons était vide, mis à part deux petits tas de cendres identiques, et que le colonel et l'homme d'affaires ne s'adonnaient pas à leur habituelle marche triomphale sur la plage. Sans consulter sa concubine - elle n'eût pas manqué de lui déconseiller d'entreprendre une démarche ne présentant nul intérêt pour la communauté, et de le mettre en garde contre tout appel à des forces extérieures pour résoudre un problème local -, il s'en alla alors à vélo au village voisin, attendit une heure pour avoir une ligne avec la capitale et avisa les autorités.


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