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Auteur : Clara Dupond-Monod
Date de saisie : 03/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782848051000
GENCOD : 9782848051000
Sorti le : 25/08/2011
Dans les turbulences d'une rentrée que l'on pourrait baptiser cette année «Big is beautiful» étant donné la taille moyenne des nouveautés, il serait dommage de passer à côté d'une petite merveille d'une centaine de pages signée par Clara Dupont-Monod. Avec son titre à la Léo Malet, Nestor rend les armes (éditions Sabine Wespieser) met en scène en homme qui a choisi de se calfeutrer dans une carapace de chair qu'il s'est méthodiquement forgée au fil de repas excessivement copieux. Pourtant, chaque matin, cet homme qui ne redoute rien autant que les agressions du monde extérieur se fait violence et sort dans la rue pour aller rendre visite à sa femme. Allongée sous un drap blanc dans un lit d'hôpital, inconsciente, Melina est entre la vie et la mort. Délicat sujet que celui de l'obésité, mêlé à l'exil et au décès imminent de sa compagne de toujours ! C'est ainsi que Clara Dupont-Monod réalise un portrait remarquable dans lequel elle met délicatement à nu la personnalité d'un homme emmuré dans sa solitude, réfractaire à toute forme d'émotion ou de sentiment. Sa femme n'est pas encore morte que Nestor commence déjà à mettre de l'ordre dans ses affaires, pressé d'en finir et indifférent au deuil à venir. Contre toute attente, c'est la découverte des carnets intimes de Melina et de sa correspondance avec sa meilleure amie, restée en Argentine, qui ébranlera sa petite vie en apparence si parfaitement maîtrisée. Peu enclin à faire le bilan de sa propre existence, notre triste héros n'aura finalement de cesse de prolonger la vie de Melina. Servi par une écriture soignée empreinte de poésie, ce petit roman impressionniste permet à son auteur de poursuivre le fil d'une oeuvre aussi forte que singulière, déjà très remarquée avec La passion selon Juette.
Nestor est obèse, son corps à lui seul est une honte, une négligence, une mollesse. Une monstrueuse masse de solitude qui ne peut plus lacer ses chaussures. Mélina, sa femme, accidentée, murée dans le coma. Au fil de ce court roman, Clara Dupont-Monod, nous mène dans les replis d'une chair forteresse blessée, enflée pour mieux s'isoler, faire barrage à la souffrance. «Il avait grossi comme on suit une feuille de route». Le drame, le désamour, des souvenirs en forme de phare lointain, rouge et blanc.
L'Après, érigé dans un monument de silence gavé à heures fixes qui rendra peu à peu les armes dans une improbable rencontre.
Un très beau texte, subtil et en finesse, sur un homme de l'excès, dans la marge à qui l'auteur restitue toute son humanité.
Nestor est obèse et solitaire, différent, en marge. Seul dans sa maison, son seul horizon de survie est la photographie d'un phare rayé de rouge et blanc du bout du monde, icône de son enfance, de son passé. Argentin, la dictature l'a poussé à l'exil («Partir, c'était moins douloureux qu'être parti»). Il retrouve en France Mélina avec laquelle il se marie, a une fille, une vie douce que viendra achever un drame terrible. Mélina est maintenant à l'hôpital où se rend chaque jour Nestor. Chaque visite est une incursion dans le monde des vivants avec son corps comme frontière, forteresse, barrière et refuge, ce corps à la fois enveloppant et à côté de sa vie. Une jeune femme médecin terriblement seule l'aide et tente d'apaiser tous ses moments douloureux, entraide de deux êtres différents face au monde, à la norme, toujours entre la vie et la mort. Avec patience, un lien se crée entre eux, deux errances qui s'unissent face au monde des vivants. Clara Dupont-Monod dresse le port rait attachant et inachevé d'un homme en marge en laissant singulièrement le lecteur responsable de sa fin.
NESTOR REND LES ARMES. Lui, c'était un homme d'excès. Un homme qui n'avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier.
C. D.-M.
Clara Dupont-Monod, avec ce nouveau portrait d'un être des marges, poursuit une oeuvre forte et singulière. Nestor est obèse. De cet homme désigné au regard des autres comme un monstre, elle tente, avec une paradoxale économie de mots, de saisir le mystère.
Au fil des pages, et comme à l'insu du lecteur, le gros père prend la dimension d'un être humain riche de son histoire. Celui dont le seul horizon est la photo d'un phare du bout du monde devient sous nos yeux un personnage : argentin, arrivé en France pendant la dictature, il y a retrouvé une jeune femme qu'il a épousée et avec qui la vie était douce. Jusqu'au drame qui inexorablement les a éloignés l'un de l'autre, au point qu'il finisse enfermé dans la rassurante forteresse de sa propre chair.
A force de patience et de tendresse, une jeune femme médecin parviendra peut-être à conjuguer sa propre solitude à celle de ce patient peu ordinaire. La langue riche et précise de Clara Dupont-Monod agit comme un charme puissant pour suggérer l'indéfinissable attachement qui naît entre ces deux-là.
L'écrivain se garde bien de conclure : trois issues s'offrent au lecteur, comme s'il était impossible qu'une histoire aussi improbable et bouleversante finisse mal.
CLARA DUPONT-MONOD est née en 1973. Elle est journaliste et écrivain. Nestor rend les armes est son sixième livre, après le très remarqué La Passion selon Juette (Grasset, 2007).
C'est un petit roman sur un homme à l'obésité démesurée. Une écriture svelte, mais pourtant bien en chair humaine. Dans ce grand écart entre la pesanteur de l'existence et la grâce du style réside la singulière beauté du sixième livre de Clara Dupont-Monod...
L'écrivaine dresse ici le portrait tout en émotion retenue et en finesse d'un embastillé volontaire au sein de son propre corps
Chaque matin, Nestor restait assis au bord de son lit. Il caressait doucement ses cuisses, les yeux fixés sur la moquette beige. Les grains de laine saillaient comme de minuscules têtes d'écume. Puis son cauchemar remontait. Il fallait marcher à contre-courant d'une rivière. Elle charriait de grands cercueils remplis de livres qui filaient droit sur lui. Alors Nestor pataugeait, de toutes ses forces, pour gagner la rive.
Il se réveillait en sueur. La maison était calme. Lui non plus ne bougeait pas. Il respirait à peine. Il sentait, sous sa peau, les battements de son coeur. Son corps palpitait au rythme tranquille de la panique. Mais il restait allongé. Dans cette chambre, Nestor était un objet de plus.
Il écartait sa main sur le lit. Il tendait son bras. Sur cet axe, il pivotait doucement jusqu'au bord. C'était son premier geste de vivant, le matin. Il remuait ses orteils comme lorsque, des années auparavant, il avait réellement les pieds dans l'eau, assis sur un rocher. Le souvenir du cauchemar se dissipait. Il se redressait. Descendre l'escalier, ouvrir les placards, préparer le café : ses gestes étaient pleins d'une solennité inquiète, comme lorsqu'un malade dort dans une pièce. Il ménageait son corps lourd. Il ne lui demandait jamais d'effort superflu. Peut-être l'aimait-il quand même, cette masse de plis et de rebonds. Avec elle, Nestor se montrait charitable.
Il se méfiait des débordements. Longtemps, il avait pensé que la solitude était un sentiment. Maintenant il l'apparentait aux branches nues des arbres ou au sang qui coule dans les veines. La solitude n'était pas une inclination du coeur mais un élément organique, inscrit dans les lois du monde. Nestor s'était résigné à cet ensemble de règles qui verdit les feuilles, dicte les rencontres, massacre des vies pour en épargner d'autres. Ni l'origine, ni l'aisance, et encore moins la volonté d'en découdre ne pouvaient espérer, une seconde, enrayer ces règles. Il fallait s'y plier. Il n'y avait là rien à chercher, rien à comprendre, et la meilleure parade était encore d'ouvrir un réfrigérateur.
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