Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Theodor Wiesengrund Adorno
Préface : Axel Honneth
Traducteur : Pierre Arnoux | Julia Christ | Georges Felten | Florian Nicodème
Date de saisie : 24/07/2011
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Critique de la politique
Prix : 27.50 € / 180.39 F
ISBN : 978-2-228-90653-1
GENCOD : 9782228906531
Sorti le : 18/05/2011
Sous la direction de Miguel Abensour
Selon Herbert Marcuse dans Raison et Révolution, ce qui pour Hegel concernait encore la philosophie incombe désormais à la théorie sociale. C'est à partir de cette transition qu'il convient d'aborder les écrits sociologiques d'Adorno, où l'auteur explore les possibilités d'une théorie critique de la société s'élaborant à partir du matériau empirique. Trois dimensions sont essentielles pour l'intelligence critique de la réalité sociale :
- L'insistance sur l'expérience d'un pouvoir anonyme de l'objectif qui pèse sur les hommes vivants. Nul doute que ce pouvoir ne prenne son origine dans le fait que les entrepreneurs disposent de l'appareil de production. Dorénavant société et domination sont inextricablement liées.
- L'hypothèse du monde administré a pour effet de mettre en lumière le primat du Tout sur les parties, l'impuissance désespérante de l'existence individuelle qui paraît être un rouage dans un engrenage au service de fins irrationnelles, combiné, avec l'investissement pulsionnel de ces mêmes individus, à une réalité sous le signe de la déraison.
- S'il y a transformation anthropologique des individus singuliers, il faut se garder de poser un dualisme entre l'objectif et l'intériorité. Plutôt que de mythifier des essences immuables, il convient de rapporter les contradictions du social à la dynamique historique, afin de percevoir les passages possibles de l'impuissance à la résistance.
La réalité sociale qu'Adorno prend pour objet, quoique historiquement déterminée, ressemble étrangement à la nôtre ; cela seul suffirait à assurer l'intérêt et la pertinence de ces textes. Mais c'est aussi leur dimension politique qui retient aujourd'hui l'attention. L'air de l'utopie - la démocratie des conseil - souffle sur ces écrits, en ce qu'ils dénoncent l'éclipsé de l'imagination exacte et rappellent qu'une société émancipée est possible. Un mot d'ordre pour cette sociologie : comprendre l'incompréhensible. Une question préalable à la transformation du réel : pourquoi l'humanité entre-t-elle au pas de charge dans l'inhumanité ?
Bien sûr, ces textes écrits il y a plus de cinquante ans paraîtront à certains trop alarmistes. L'"effroyable" beauté des stars s'affiche toujours à nos frontons sans que toute notre "vie sensible" en ait été défigurée. La "diffusion guillerette de la culture" dans les magazines n'a provoqué jusqu'à aujourd'hui aucun "anéantissement" de l'espèce humaine. Des phrases arides et fulgurantes d'Adorno, sourd pourtant à une question : l'angoisse (celle de l'horoscope comme celle qui pousse à vérifier chaque jour le nombre de ses "amis" sur Facebook) ne nous empêche-t-elle pas, dorénavant, d'avoir ne serait-ce que conscience de notre impuissance à vivre ? Adorno en faisait le constat amer : la spontanéité qui seule pourrait conduire les hommes vers l'émancipation et la liberté appartient désormais au passé.
Extrait de la préface d'Axel Honneth
Publier les écrits sociologiques d'Adorno quarante ans après sa mort, alors que notre quotidien a été profondément restructuré par des transformations de la société capitaliste qui ne débutèrent qu'au moment de la disparition de ce dernier : voilà un projet plutôt intempestif. N'est-ce pas nous replonger dans les conflits et les débats révolus des années 1950 et 1960, que de mettre à la disposition du public français, après tant d'années, des textes qui, à en croire l'auteur lui-même, n'acquièrent leur signification que du fait qu'ils sont en phase avec leur temps ? Ne transforme-t-on pas inéluctablement Adorno, ce grand critique de son époque, en document historique, en présentant au public ses études consacrées à la réalité concrète ? Ne risque-t-on pas enfin de faire apparaître la caducité de ses catégories, y compris philosophiques, si inextricablement liées à l'analyse qu'il fit de cette société qui fut la sienne ?
Qu'il me soit permis, au vu de ces questions, d'accompagner ce livre de quelques remarques préliminaires sur l'actualité dont dispose la sociologie d'Adorno aux yeux de quelqu'un qui a grandi dans un contexte intellectuel où elle a longtemps connu une éclipse. Ceci non pour vous convaincre de sa pertinence pour aujourd'hui mais pour la situer dans le contexte des problématiques actuelles, telles qu'elles m'apparaissent.
Juste après la disparition d'Adorno, son oeuvre dut faire face à une évolution intellectuelle qui se produisit à l'échelle internationale et ne lui fut pas vraiment favorable. Sous la pression de plus en plus marquée de la philosophie anglo-saxonne, la réception de ses écrits a été confinée dans un isolement grandissant ; et le fait que les théories critiques de la société se sont de plus en plus détachées de leur héritage marxiste amplifia certainement cette tendance. À l'exception de la Théorie esthétique qui - creuset de multiples débats sur la prétention de l'art moderne à l'actualité et sur sa teneur en actualité - continua à avoir des effets dans le paysage intellectuel, le reste de l'oeuvre extrêmement riche et diversifiée d'Adorno se trouva, en grande partie, réduit au silence. À la fin des années 1980 déjà, c'est à peine si l'on trouvait encore des traces de sa pensée dans les courants principaux de la philosophie ; au sein des sciences sociales, on perdit même tout intérêt pour cette manière de faire de la théorie critique, au moment où l'on découvrit dans les théories de Foucault, de Bourdieu ou de Giddens des instruments nouveaux pour analyser le capitalisme contemporain. Les cercles où l'on continua, avec un courage intellectuel certain, à s'opposer à ces évolutions en s'appuyant sur la théorie d'Adorno se trouvèrent souvent de ce fait dans un isolement théorique qu'on les accusa d'avoir librement choisi.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia