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.. Les villes de la plaine

Couverture du livre Les villes de la plaine

Auteur : Diane Meur

Date de saisie : 23/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Collection : Littérature

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 9782848050997

GENCOD : 9782848050997

Sorti le : 25/08/2011

J'ai aimé :

Sans être ni ennuyeux, ni moralisateur, à la manière du beau récit antique, ce livre reprend tous les ressorts profonds d'une organisation sociale : Les rapports de pouvoir, ce qui est dit ou caché aux peuples, et qui est le peuple ? Qu'est-ce qui fait tenir une société, et comment elle se dissout ? A la manière de tous les auteurs préférant prendre de la distance avec leur récit, Diane Meur, nous parle très intelligemment de notre époque.

Anne, les passeurs de mots

J'ai aimé :
Diane Meur s'amuse à écrire dans un style contemporain une histoire se déroulant sous une Antiquité imaginaire. Elle peint des personnages singuliers et modestes, épris d'indépendance comme le montagnard Ordjéneb ou le scribe Asral chargé de la réécriture des lois sacrées.
La façon de raconter nous plonge dans une civilisation où l'individu n'a d'existence que par son appartenance au groupe et où il est difficile de remettre en question l'ordre établi. Mais les lois d'Anouher ont pu, au fil du temps être dénaturée et Asral veut se mettre en quête de la vérité.
C'est un roman passionnant, à la fois consistant et léger ; on sent que l'auteure a pris plaisir à l'exercice.

Annie, les passeurs de mots


Le lieu : Une cité antique. Les personnages : Le scribe Asral, le montagnard Ordjéneb, la courageuse Djili. L'action : La rencontre du sage, du brave naïf et de la belle, les chamboulements qui en résultent...

Asral le scribe est chargé par les juges de la majestueuse ville de Sir, de fournir une nouvelle copie des lois qui régissent l'ensemble de la société. Mais, lorsque Ordjéneb, fraîchement descendu de sa montagne, devient son garde du corps et se met à l'assaillir de questions «en apparence bien naïves» le doute s'insinue dans l'esprit du sage : les mots qu'il copie sont-ils les bons ? Le sens que l'on a donné aux textes fondateurs est-il correct ? La langue doit-elle rester la même ou est-il nécessaire qu'elle évolue avec son temps ?
«Nous pensions être fidèles à Anouher en conservant ses mots, mais c'est lui être plus fidèle que de changer ses mots pour garder sa pensée». Les hésitations du lettré gagneront peu à peu la cité toute entière ; les conséquences pourraient s'avérer terribles, non seulement pour les institutions, mais aussi et surtout pour le peuple.

Diane Meur, dans ce quatrième roman, publié chez Sabine Wespieser Éditeur, nous propose un récit haletant, un drame, une satire, mais aussi une histoire d'amour et un essai ! Elle force le lecteur, grâce à ses personnages complexes et à l'influence qu'ils exercent les uns sur les autres, à s'interroger, à réfléchir aux lois qui ont cours dans nos sociétés, en politique, mais également en religion. Elle évoque en finesse les questions de traduction et d'interprétation des textes, ainsi que les codes qui dictent et encadrent nos comportements... La romancière nous entraîne habilement dans un univers sur le point de basculer, auprès de personnages rebelles qui s'émancipent peu à peu du joug des traditions pour décider eux-mêmes de leur destin... Elle nous propulse - pour notre plus grand plaisir - dans une cité à l'aube de sa Révolution !


Voilà, avec ce roman, je pense qu'il va falloir que j'allonge (encore) la liste de mes auteurs préférés ! ! Et croyez moi, je suis très difficile quant aux critères d'entrée ; on ne fait pas partie comme ça de cette liste prestigieuse.
Mais là, impossible de faire autrement : le roman se déroule dans une antiquité non située, ni temporellement, ni géographiquement, sur une plaine qui semble désertique et au sein de laquelle se dressent deux villes rivales : Sir la fière et Hénab l'accueillante. Dans Sir, l'heure est à la production d'une nouvelle copie de Lois d'Anouher. Cette tâche hautement symbolique est confiée au scribe Asral, dont personne ne peut mettre en doute le respect et la fidélité qu'il voue à Anouher, père des lois. Mais Asral est minutieux, exigeant et commence, sans le vouloir vraiment et dans son envie de coller au plus près de la volonté d'Anouer, à "traduire" les lois. Il entame alors la rédaction d'une "seconde copie", différente de celle demandée par les juges.
Le grand talent de Diane Meur est ainsi à plusieurs niveaux : tout d'abord, on a l'impression en lisant ce récit, de part sa construction, son style, sa façon d'exposer les événements et de les lier entre eux, de lire réellement un texte antique : la façon de raconter, le choix des ellipses, tout nous plonge au coeur d'une autre civilisation, dont les référents culturels nous sont complètement étrangers et où l'individu n'a d'existence que par sa place au sein du groupe. L'auteur a su se départir complètement de cette vision d'occidental qui place la personne au centre de tout.
Mais, et c'est là que le tour de force est impressionnant, elle rompt son contrat narratif en étoffant les personnages d'Asral et d'Ordjéneb, sans "abîmer" cet effet de texte antique. Elle réussi ainsi à introduire dans son récit des histoires d'amour, au sens moderne mais aussi médiéval du terme et des évolutions dans la psychologie des personnages.
Voilà pour le style. Quant à l'histoire, elle est tout simplement fabuleuse. Je ne vous la raconterai pas mais je peux vous dire que cette "traduction" cache un mystère haletant !
Alors n'hésitez pas à découvrir ce formidable auteur.


Un moyen orient antique : Israël, Mésopotamie, Turquie, Irak, difficile de situer l'intrigue de ce grand roman. Une vaste ville et de vieilles lois, tellement vieilles qu'on a oublié pourquoi elles étaient faîtes et ce qu'elles signifiaient vraiment, alors on a brodé ? Jusqu'au jour où... A la façon d'Amin Maalouf ou de Jean-Christophe Rufin, Diane Meur sait nous emmener loin d'ici, tout en parodiant notre société.


Les talents de conteuse de Diane Meur ne sont plus à démontrer. Pour autant ils ont quelque chose de fascinants. A l'instar de ce récit qui, bien qu'enraciné en des temps antiques, se déploie avec une aisance et une simplicité remarquable. Quelle interprétation donner à des textes sacrés ? Telle est l'une des questions qui traverse ce récit où la transgression des lois a valeur de symbole.


Voilà un roman qui a pour thème son propre signifiant : le langage. Dans une ville antique, un scribe se voit confier la tâche de recopier les règles religieuses strictes qui dictent leurs quotidiens. La présence d'un "étranger" qui l'assiste au quotidien va lui ouvrir les portes de la linguistique, de l'interprétation des mots, des multiples sens du langage. Les répercussions en seront multiples, terribles, au point de semer le chaos, la mort mais aussi l'amour et l'Histoire. Servi par une langue étonnamment claire et simple pour un sujet de cette envergure, ce roman donne à réfléchir sur ce qui a fait nos civilisations d'aujourd'hui : la Bible, le Coran, la politique, la frontière des langues étrangères. Un livre inhabituel dans cette production de rentrée littéraire 2011 et donc bienvenu !


  • Les présentations des éditeurs : 29/09/2011

LES VILLES DE LA PLAINE. Dans une civilisation antique imaginaire, mais qui éveille en nous un curieux sentiment de familiarité, le scribe Asral se voit chargé de produire une copie neuve des lois. Grâce aux questions naïves de son garde Ordjéneb, il s'avise bientôt que la langue sacrée qu'il transcrit est vieillie et que la vraie fidélité à l'esprit du texte consisterait à le reformuler, afin qu'il soit à nouveau compris tel qu'il avait été pensé quatre ou cinq siècles plus tôt.
Peu à peu, cependant, le doute s'installe. Qui était Anouher, législateur mythique dont on a presque fait un dieu ? Ces lois qui soumettent à un contrôle de chaque instant la vie publique, les relations privées et jusqu'au corps des femmes, sont-elles toutes de sa main ? Et Asral a-t-il plus de chances de le savoir un jour que de se faire aimer de Djinnet, un jeune chanteur du faubourg des vanniers ?
C'est tout le talent de Diane Meur que de nous faire réfléchir aux grandes questions de la religion et de nos systèmes politiques par le biais de ce récit haletant, où souffle un vent de liberté jubilatoire et contagieux. Nous suivons Asral dans sa quête, et Ordjéneb dans sa progressive initiation, avec le même plaisir que nous voyons se déliter l'un après l'autre les traditions et les rituels de cet ordre social rigide. Les suivrons-nous jusqu'au bout ? Ou préférerons-nous retomber en proie à la fascination du mythe, comme ces archéologues prussiens que nous découvrons, vers 1840, en train d'exhumer les premiers vestiges de la ville disparue ?
Entre drame et satire, roman d'amour et fable rationaliste un peu folle, se trouve ici campé un univers qu'on quitte à regret, et qui ne dépaysera pas trop les lecteurs de La We de Mardochée et des Vivants et les Ombres.

DIANE MEUR, née à Bruxelles en 1970, est traductrice et romancière. La fantaisie, l'intelligence, l'érudition et la feinte désinvolture de ce quatrième roman publié chez Sabine Wespieser éditeur confirment un éblouissant talent d'écrivain.



  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 5 octobre 2011

Limpide et enjouée, la langue de Diane Meur donne une verve à ces combats personnels qui prennent une seule et même source : le refus de se soumettre. La naïveté n'est toujours qu'apparente, et la parole sans cesse remise en question, dans ce livre aussi consistant que léger.


  • Les courts extraits de livres : 29/09/2011

Il avait soif, il était fatigué, ses pieds lui faisaient mal dans leurs sandales. A gauche une lanière s'était rompue et la semelle, à chaque pas, traînait. On lui avait dit : pour trouver du travail il fallait aller à la porte des Buffles, au milieu du marché. Oui, mais le marché ici était presque une ville, pleine de cris et de gens, avec des dizaines de vendeurs pour chaque spécialité, les pots de terre, les pots de fer, les tapis, la vannerie... C'était au point qu'il avait vu, côte à côte, un étal d'oeufs blancs et un étal d'oeufs bruns ! Les deux marchands se tournaient le dos, comme s'ils ne faisaient pas le même métier, et leurs clients ne s'adressaient pas la parole. Une véritable ville, immense, un labyrinthe à ciel ouvert dont il ne voyait pas le bout et trouvait encore moins le centre, sans doute parce que, sans s'en rendre compte, il devait tourner en rond.
Chez lui à Jaïneh c'était simple, les marchands il les connaissait tous, d'ailleurs aucun n'était vraiment marchand : c'étaient ceux des villages hauts qui, à chaque lune, descendaient avec leur laine, leurs fromages, des figues et des raisins qui venaient mieux chez eux qu'au fond de la vallée. A Jaïneh il serait allé vers l'un ou l'autre, lui aurait demandé : «Cousin, dis-moi où on embauche ?», et le cousin - ils l'étaient tous, de près ou de loin - aurait fait lever son fils qui jouait par terre, pour qu'il lui serve de guide.
Ici, il ne savait pas comment s'y prendre. Les gens comprenaient mal son parler des montagnes, ils lui faisaient tout répéter, et lui comprenait encore moins leurs façons de dire, à eux. Ils appelaient beaucoup de choses par d'autres noms, ou peut-être donnaient des noms à des choses qu'il n'avait jamais vues, ça faisait comme des trous dans leur parole, des bouts entiers qui n'avaient pas de sens, qui n'étaient que du bruit. Et quand les gens d'ici voyaient que vous ne compreniez pas, au lieu de se donner un peu de mal, ou alors de s'esclaffer gaiement comme auraient fait ceux de Jaïahin le village de sa mère - «ceux de Jaïahin qui rient toujours», disait-on -, ils haussaient les épaules et vous tournaient le dos.
Ils n'étaient pas hospitaliers.
Chez lui, quelqu'un qui se serait conduit comme ça avec un étranger, on lui aurait fait des remontrances, ses oncles seraient venus lui lancer : «Tu nous déshonores !», tout net, devant sa femme et ses enfants. Ici on trouvait ça normal, normal aussi de vous bousculer quand vous étiez dans le chemin, de vous marcher sur les pieds sans même un mot d'excuse.
«Et moi qui suis né dans une maison à deux étages, la plus belle de Jaïneh !» pensa-t-il douloureusement. Il fit plus que le penser : il le dit à voix haute, tout en remontant la courroie de son sac qui pesait, et un instant il resta là à se frotter l'épaule, comme pour s'assurer qu'il existait encore, qu'il n'était pas devenu, dans la cohue de Sir, un courant d'air, une chose sans substance ni forme, une âme qui n'aurait pas encore retrouvé de corps.


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