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Auteur : Clarisse Lucas
Date de saisie : 08/07/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Collection : Les enquêteurs associés
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782847366112
GENCOD : 9782847366112
Sorti le : 16/06/2011
Le lobby breton (Lobi Breizh) n'a pas son pareil en France. Clarisse Lucas lève pour la première fois le voile sur cet ensemble protéiforme composé aussi bien de capitaines d'industrie (Le Duff, Pinault, Leclerc, Yves Rocher, Bolloré, Hénaff, les frères Guillemot, etc.) que d'hommes et de femmes d'influence persuadés qu'une identité forte de la Bretagne va en retour dynamiser un élan collectif à visée économique, culturelle et politique.
Qui sont-ils, ces décideurs du Club des Trente ou de l'Institut de Locarn ? Quel rôle jouent les Dîners celtiques ? Les clubs bretons à Paris ? Et tant de structures plus informelles encore...
Lobby comme aucun autre, innervé par des réseaux multiples, à tel point que les divisions gauche/droite, laïcs/religieux passent au second plan face à la cause commune à défendre. En témoignent les batailles pour l'indemnisation des communes souillées par la marée noire de l'Amoco-Cadiz, la lutte victorieuse contre le projet d'une centrale nucléaire à Plogoff, les campagnes pour la réintégration de la Loire-Atlantique en Bretagne, prévue par certains en 2014, le combat pour la sauvegarde de la langue bretonne...
C'est encore l'épopée de la Brittany Ferries, la bataille des labels " Produit en Bretagne ", réseau hors norme en Europe. Et parfois un " lobby écartelé " entre associations pour la défense de l'environnement et tenants de l'agriculture intensive. Voici enfin au grand jour les " réseaux partagés " des Bretons au coeur des administrations françaises d'État (police, armée, diplomatie, services secrets).
En France, mais aussi partout dans le monde avec la diaspora de la Breizh Connection. Un pan du lobby plonge ses racines dans l'associatif, le monde de la culture, des arts, de la musique et de la danse, par exemple grâce aux cercles celtiques et aux bagadoù. Pourquoi la Bretagne de 2011 a-t-elle tellement le vent en poupe ? Les ramifications multiples du lobby breton entendent-elles s'engager à l'avenir dans la voie tracée par d'autres grandes régions européennes, Écosse ou Catalogne ? Telles sont les questions que pose l'enquête pionnière de Clarisse Lucas.
Tour à tour journaliste en Afrique, dans le monde arabe et dans sa Bretagne natale, Clarisse Lucas est actuellement correspondante de l'Agence France-Presse à Rennes.
Cet ouvrage est publié dans la collection «Les Enquêteurs associés», dirigée par Roger Faligot et Rémi Kauffer.
Extrait de l'introduction
Le stade de France, capitale de la Bretagne
Le 2 mai 2009, les amateurs de football de la France entière n'en croient pas leurs yeux. Dans les kiosques, s'ils veulent acheter leur journal préféré, ils devraient, pour bien faire, parler en breton et demander :
«Ar Skipailb, mar plij !» «L'Équipe, s'il vous plaît !»
En effet, la rédaction en chef du grand quotidien sportif a décidé de traduire son titre en langue bretonne en hommage aux deux équipes qui vont s'affronter en ce jour de finale de coupe de France : Guingamp et Rennes. Même chose pour le titre qui barre la «une» du journal : «Gouelar Gelted», la fête des Celtes ! Et ce n'est pas tout. Le «chapeau» de l'article est également écrit en breton sur fond de l'emblème d'Armorique le drapeau blanc et noir, le Gwenn ha Du'. Pris au jeu, les journalistes ont même poussé le souci du détail jusqu'à donner en langue bretonne les «crédits-photos» publiés en Une !
Il est un aficionado du foot que cette facétie n'amuse pas. Mais pas du tout. Il s'appelle Nicolas Sarkozy. Il est «président de tous les Français». Mais pas des Bretons, pourrait-on croire. Son aversion, inexplicable, pour cette fraction de la communauté nationale, s'est déjà manifestée à plusieurs reprises.
Une anecdote relatée par l'écrivain Yasmina Reza a souligné cet étrange ressentiment. Elle a raconté dans son livre L'aube le soir ou la nuit, comment elle a suivi au jour le jour le futur président lors de sa campagne électorale en 2007. Et sa réaction lorsque ses conseillers ont amené le ministre de l'Intérieur candidat à visiter le centre maritime du Cross Corsen dans le Finistère, où l'on coordonne le sauvetage de marins ou plaisanciers en péril. Y compris son ami Bolloré - bien qu'il soit breton - si, par malheur, son yacht venait à sombrer...
La romancière rapporte les dires du candidat : «Qu'est-ce qu'on va foutre dans un centre opérationnel sinistre à regarder un radar ? Qui a eu cette idée de demeuré ?... Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte !»
La formule n'est pas tombée dans l'oreille de sourds. Des éditorialistes des grands quotidiens bretons - Ouest-France et Le Télégramme - ne sont pas les derniers à fustiger le président. Il leur revaudra cela et ce 2 mai, ce passionné de foot a décidé de boycotter une finale «historique». Car, c'est - une première depuis 1948 - la première fois que la Coupe de France se dispute entre deux équipes de la même région, en l'occurrence la Bretagne, terre de football par excellence.
A vrai dire, que le président se distingue par son absence ou pas, importe peu. Pour ces Bretons, quelque soit le vainqueur, ils seront gagnants. Cette rencontre sportive au Stade de France est avant tout une fête partagée dans la joie et le respect mutuel, un moment d'intense communion où même les non-sportifs ont ressenti la puissance et la magie de l'instant.
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